Star Ac’ d’Afrique

Ils s’appellent Poon, Marguerite, Dabara, Hajer. A Madagascar, au Cameroun, au Mali et dans les pays du Maghreb, ces jeunes artistes se sont fait connaître du public sur le petit écran en remportant des tremplins inspirés de la Star Academy. Tour d’horizon de ces émissions de plus en plus présentes dans le paysage télé-musical de l’Afrique francophone.

Un concept qui s’exporte bien

Ils s’appellent Poon, Marguerite, Dabara, Hajer. A Madagascar, au Cameroun, au Mali et dans les pays du Maghreb, ces jeunes artistes se sont fait connaître du public sur le petit écran en remportant des tremplins inspirés de la Star Academy. Tour d’horizon de ces émissions de plus en plus présentes dans le paysage télé-musical de l’Afrique francophone.

Le suspense était au rendez-vous ce samedi 27 octobre 2007 : tout au long de soirée, les téléspectateurs malgaches ont eu du mal à départager les deux finalistes, qui se sont retrouvés tour à tour en position de l’emporter. Et puis, peu après minuit et quelques 70.000 SMS envoyés, le verdict est tombé : avec 51,96 % des votes, Poon est devenu le gagnant de la cinquième édition de Pazzapa, après treize semaines de compétition. Le jeune chanteur de 24 ans empoche au passage un chèque de 20 millions d’ariary (soit environ 7500 euros) et espère lancer sa carrière avec le même succès que Firmin, vainqueur en 2006. Depuis que la téléréalité leur a permis de se faire un (pré)nom, deux autres anciens élèves sont venus grossir les rangs de la variété locale. "Melky était arrivée en seconde position et commence à percer. Elle a joué dans les moindres recoins de Madagascar et intéresse la diaspora en France où elle va retourner en avril. Et il y a surtout Aina Cook, la gagnante de la première édition. Elle a déjà sorti deux albums et son concert en décembre dernier à Antananarivo était à guichets fermés »précise Christian Ravonony, l’un des concepteurs de Pazzapa diffusée sur RTA depuis 2003. "Au tout début, c’était un simple radio crochet, une sorte de pilote qui a suscité un réel engouement dans la capitale comme en province", rappelle-t-il. L’émission s’est progressivement rapprochée du concept de la Star Academy : logés dans une grande villa, filmés au quotidien, encadrés par des professeurs et évalués par un jury de professionnels, les candidats se produisent le samedi en prime-time. Présentés par Rija Tahiana, l’inévitable animateur vedette, ces shows rythmés et très modernes dans leurs formes télévisuelles n’ont eu aucun mal à séduire le public, ravi de découvrir enfin de tels spectacles sur les chaînes de la Grande Ile de l’océan Indien. En mai, les castings reprendront à travers tout le territoire. Le chiffre de 6000 inscrits, atteint l’an dernier, sera à coup sûr dépassé, d’autant que les producteurs envisagent sérieusement d’organiser en outre des sélections à Paris et à Toulouse pour leurs compatriotes vivant en France.

Au Cameroun comme au Mali

Sur le continent africain, les déclinaisons de la Star Ac’ font elles aussi recette. Au Cameroun, ils sont 7500 à avoir tenté leur chance pour participer à la troisième saison de Stars 2 Demain qui a débuté fin janvier sur Canal2 International. Dans un premier temps, 35 d’entre eux ont été retenus. Mais au terme d’une série de prime hebdomadaires au cours desquels ils seront soumis au vote du public, ils ne seront plus que douze à intégrer le "village" pour six semaines à partir du 15 mars. En 2007, le trophée est revenu à Marguerite Goufack, une étudiante de 19 ans, "fan de Coco Mbassi et de Céline Dion" selon sa fiche sur le site Internet de l’émission.Conscient du potentiel de ce type de programme, le Mali s’est également mis à l’heure de la téléréalité avec Case Sanga – "la case du succès" en bambara. Oumou Sangaré, marraine de la première édition l’an dernier, a apporté sa caution à ce tremplin musical, tout comme le vétéran Idrissa Soumaoro, prix RFI Musiques du Monde en 2004, qui a été sollicité pour siéger au sein du jury. A l’instar de Pazzapa à Madagascar, Case Sanga a rapidement attiré les téléspectateurs avec ses résumés quotidiens sur Africable durant les deux mois de résidence précédant la finale. Les concerts organisés chaque vendredi soir au Palais de la Culture de Bamako ont fait salle comble. Pour accompagner les élèves lors des live, un orchestre constitué de musiciens expérimentés avait été monté pour l’occasion, capable de jouer des titres de Salif Keita, Abdoulaye Diabate, Tiken Jah Fakoly, Africando… Le lauréat Dabara, âgé de 22 ans, aurait dû toucher 3 millions FCFA, mais le jeune homme n’a pas accepté de signer le contrat de production d’un album conditionnant le versement de son gain, quitte à se passer aussi de la tournée promise dans la sous-région ainsi qu’en Europe. 

… Comme au Maghreb

Le choix, courageux et risqué, qu’a fait Dabara est à mettre en parallèle avec celui d’Hajer Adnane, gagnante quelques mois plus tôt de la première Star Academy Maghreb diffusé par Nesma TV, réplique légitime du programme conçu par la société Endémol France. Sélectionnée avec treize autres candidats maghrébins venus de Tunisie, d’Algérie, de Lybie et de France qui ont tous été logés pendant plus de trois mois dans un "château" construit à proximité de Tunis, cette Marocaine de 20 ans devance de justesse son concurrent Ahmed lors d’une finale marquée par la présence d’une multitude de vedettes : Khaled, Faudel, Zahouania, Rim K… Dans les jours suivants, un parfum de scandale vient ternir le bilan très positif de l’émission : ne voulant pas être liée aux producteurs par un contrat qu’elle juge trop contraignant pour la suite de sa carrière, la star académicienne refuse de le signer. La sanction est immédiate : privée de la récompense qu’elle devait percevoir, elle ne participe pas à la tournée d’été avec les anciens élèves et devra trouver d’autres partenaires pour son album. Ainsi fonctionne le monde parfois cruel de la téléréalité, en Afrique comme ailleurs.