Zita Swoon, les rois des Belges

Méconnue voire mésestimée hors de ses frontières, Zita Swoon est une des formations qui compte le plus dans la production musicale belge de ces dernières années. A l’occasion de la sortie de leur nouvel album, Big Blueville, rencontre avec Stef Kamil Carlens, leader et fondateur du groupe

Neuvième album

Méconnue voire mésestimée hors de ses frontières, Zita Swoon est une des formations qui compte le plus dans la production musicale belge de ces dernières années. A l’occasion de la sortie de leur nouvel album, Big Blueville, rencontre avec Stef Kamil Carlens, leader et fondateur du groupe

Miossec l’encense, Arno le sanctifie. Stef Kamil Carlens est le fondateur, le leader, le chanteur, l’auteur et le compositeur de Zita Swoon. Ce groupe est son groupe. Depuis 1996 et son départ de Deus, formation de rock belge dans laquelle il occupait le rôle de bassiste, Stef Kamil Carlens a tout tenté, ou presque, pour imposer Zita Swoon sur les scènes européennes. De nombreux projets artistiques aussi bien musicaux que pluridisciplinaires, des musiques de film, des collaborations avec des compagnies de danse et de théâtre, Zita Swoon se retrouve aujourd’hui à la tête d’une discographie conséquente, riche et fournie dont Big Blueville est le neuvième épisode.

Particularité de cet album ? Il a été en partie réalisé pour la France, et uniquement pour elle. "Nous avons besoin d’y connaître le succès pour continuer à nous développer. Cela fonctionne bien pour nous en Belgique et aux Pays-Bas, mais ce n’est pas suffisant." Et l’annulation de la sortie française de leur précédent Big City en 2007, en raison de la disparition de leur maison de disque, a obligé Zita Swoon à penser ce Big Blueville pour enfin s’imposer dans l’Hexagone.

Equilibre et homogénéité

Sur cet album, on retrouve évidemment des titres de Big City, cinq au total, dans une forme différente, dont Infinite down écrit pour Jane Birkin mais jamais chanté par elle. "Ces titres ont évolué au cours de la tournée européenne qui a suivi la sortie de l’album, nous les avons réenregistrés de façon plus directe pour ce disque." A leurs côtés figurent aussi deux autres anciens titres, passés à la moulinette de la relecture : People can’t stand the Truth et Giving up the Hero. Tous ces morceaux réenregistrés en studio en 2007 épousent parfaitement les nouvelles compositions du groupe. Au travers de ces dix chansons, Zita Swoon semble avoir trouvé l'équilibre et l'homogénéité qu'il cherchait depuis le très personnel A Song About a Girl paru en 2004. Mélangeant ambiances acoustiques et velléités amplifiées, titres en anglais et en français, l’univers de Zita Swoon apparaît toujours plus lumineux et enlevé.

Très riche rythmiquement, le disque alterne les plages à l’instrumentation resserrée et les titres orchestrés. A la manière de leurs cousins bataves des Nits ou américains de Lambchop, les cordes en moins, Zita Swoon réunit avec Big Blueville des mondes a priori antagonistes : celui de la chanson, du rock, de la soul, du rythm’n blues et de la musique des îles. Parce que le cœur de Zita Swoon bat au rythme chaloupé du piano (bastringue, classique ou synthé), des percussions (cubaines), des guitares (acoustiques ou électriques) et des harmonies vocales. Voilà déjà quatre ans que Stef Kamil Carlens collabore avec des voix féminines. Aujourd’hui, elles ne sont plus simplement des soutiens. Certaines chansons sont quasiment interprétées en duo, rajoutant encore un supplément d’âme à sa voix si particulière et doucettement éraillée.

Avec les plus grands

Pour lui qui se considère comme un mélancolique, les textes alternent eux-aussi les thèmes et les ambiances. Les chansons de Zita Swoon parlent de femmes, de ville, d’amitié, d’amours perdus et retrouvés, de famille. Des optimistes I Feel Alive in the City ou Quand même content aux plus réalistes et froids L’Opaque paradis ou Je range, Big Blueville place Stef Kamil Carlens sur le chemin de ces singer-songwriters dont il dit admirer le travail. "J’aime le côté écrivain philosophe que l’on peut apercevoir chez Leonard Cohen, Bob Dylan ou Nick Cave. J’aime leur liberté et leur travail."

Mais celui qui lui a donné envie de faire de la musique est à chercher de son coté de la frontière. Un Belge lui aussi. Arno. "Avec son titre Putain Putain, j’ai compris que je pouvais être Belge et faire du rock sans penser en permanence à copier ce que faisaient les Anglais. Il est comme un oncle bienfaiteur." Et cet oncle le lui rend bien, déclarant après avoir écouté Big Blueville que "si Dieu est chanteur de rock, alors son fils s’appelle Stef Kamil ".

Autre personnalité à être tombée sous le charme de Zita Swoon, française celle-ci, Christophe Miossec. "Il m’a aidé dans l’écriture des chansons en français de l’album. C’est une chance pour moi de travailler avec Christophe, de lui faire relire et corriger mes textes. Le français n’est pas ma langue maternelle. Elle est plus difficile à manier que l’anglais." Quand on connaît Christophe Miossec, on imagine que Zita Swoon doit vraiment avoir quelque chose de singulier et d’unique pour qu’il scande à la ronde que "Zita doit être énorme en France, [que] ce ne serait que justice".

Et ce quelque chose qui fait la différence dans la musique de Zita Swoon a toujours trouvé sa véritable dimension sur scène. Cela a longtemps été un problème pour le groupe, qui n’arrivait pas à retrouver cette alchimie des concerts lors de l’enregistrement de ses albums. Avec Big Blueville, Zita Swoon semble avoir enfin réussi. Il n’a jamais été aussi proche de sa réalité. Il ne lui reste plus maintenant qu’à conquérir les oreilles et les cœurs des Français.

 Ecoutez un extrait de

Zita Swoon Big Blueville (Chikaree / Discograph) 2008