Watcha Clan

La formation underground marseillaise vient de signer Diaspora Hi-Fi, un album électro-world en forme de travelling sonore méditerranéen. A cette occasion, Watcha Clan va quitter le Vieux Port pour transmettre son nomadisme à travers l’Europe.

Les nomades de la Méditerranée

La formation underground marseillaise vient de signer Diaspora Hi-Fi, un album électro-world en forme de travelling sonore méditerranéen. A cette occasion, Watcha Clan va quitter le Vieux Port pour transmettre son nomadisme à travers l’Europe.

Après dix ans d’expérience et quatre albums autoproduits, le collectif phocéen vient d’enregistrer avec la maison de disque allemande Piranha un cinquième opus : Diaspora Hi-Fi. Une reconnaissance méritée pour Watcha Clan qui, humblement, ne cache pas sa satisfaction. "Cette signature avec l’un des derniers labels européens indépendants marque un tournant décisif pour nous. D’abord, l’orientation artistique de ce label nous correspond. Ensuite, cela va nous donner une force de frappe plus importante, car nous sommes bien distribués dans les bacs", explique Sista  K, la chanteuse.

Avec cette nouvelle production, les jeunes Marseillais prouvent que leur identité multicolore est arrivée à maturité. Sous-titré Caravane méditerranéenne, leur opus défend le nomadisme musical. Un style où les parfums du Maghreb, les essences d’Europe de l’Est et les saveurs espagnoles sont passés à la moulinette des sons électroniques. Une mixture pimentée, sans collages artificiels, qui réveille les tympans. "Pour nous, le nomadisme est une manière de rester libre. Notre musique est une recherche permanente. C’est un peu comme un laboratoire. On essaye d’être cohérents dans la combinaison des ingrédients, qui ne sont pas toujours faits pour aller ensemble", précise Suprem Clem, le "sorcier" des machines.

Fusions improbables

Pour concocter cette alchimie sonore débridée, les membres du Clan ont mis en place des résidences de création en Algérie, au Maroc et en Espagne, avant de finaliser leur disque en studio. Cela a donné naissance à des rencontres fructueuses, notamment avec les musiciens traditionnels et les rappeurs basés au Maghreb, qui donnent une dimension humaine à ces fusions improbables. L’occasion aussi pour Sista K - fille d’une mère juive polonaise et d’un père berbère -, de découvrir Bab El Oued, la ville de son paternel, militant indépendantiste : "j’avais beaucoup entendu parler de l’Algérie par mes grands-parents. Mais ce contact avec le bled m’a marquée. J’avais l’impression d’y  être née, cela m’a fait avancer en tant qu’individu".

Parmi les quinze titres de Diaspora Hi-Fi, quelques pépites émergent du lot, comme Les hommes libres. Sur un beat drum & bass et des chœurs féminins endiablés, la voix samplée de Théodore Monod donne une dimension politique à ce titre. Le discours de ce célèbre naturaliste et savant français, disparu en 2000, est un extrait du documentaire Désert Rebel. Il met en exergue le problème que posent les nomades vis-à-vis du pouvoir central, qui se méfie des peuples non-sédentaires. Un morceau très explicite qui traduit toute la philosophie du Watcha Clan.

Citoyens du monde

Autre perle, Mean Diaspora. Dans une multitude de langues aux accents affirmés, ce morceau - certes un peu moralisateur - prône, sur fond de musique yiddish enivrante, le bienfait qu’apportent les diasporas dans les sociétés. "Si on examine la politique française en matière de flux migratoires, on se rend compte du déséquilibre entre les pays du Nord et du Sud. Lorsque nous étions en Algérie, par exemple, le public, après cette chanson, gueulait : les visas ! Les visas ! Là-bas, nous pouvons séjourner avec un projet artistique sans grandes difficultés administratives. Alors que si nous voulons amener des musiciens locaux pour tourner en Europe dans le cadre de nos concerts, c’est le parcours du combattant", s’insurge Sista K.

Rebelle, la meneuse du Clan est une pure citoyenne du monde. Polyglotte, elle chante en arabe, en hébreu, en anglais, en espagnol et en français. Une diversité linguistique que l’algéro-polonaise façonne au grès de son timbre ample, allant de la gouaille rageuse aux fines ornementations arabisantes. Des types de langage et des sonorités vocales dans lesquels la chanteuse marseillaise a baigné. Née dans les quartiers Nord, elle reste très attachée (comme le groupe), à la cité phocéenne : "C’est une ville qui nous inspire, car elle est une mosaïque culturelle. Historiquement, Marseille a toujours été un lieu où les immigrés savaient vivre ensemble, qu’ils soient juifs, musulmans ou autres. Malheureusement, aujourd’hui, cette cohabitation harmonieuse est en train de devenir un problème".

Militant et engagé, ce groupe de trentenaires du Vieux Port constitue une vraie famille qui a su résister au temps. Malgré leurs galères d'artistes insoumis et voyageurs, leur seul but est d’abolir, à l'aide de leur idéologie, les barrières culturelles, sociales et générationnelles. Comme Lo’Jo ou Orange Blossom en France, Transglobal Underground, Asian Dub Fondation outre-Manche, Watcha Clan fait partie de ces collectifs qui ont su insuffler une nouvelle énergie, en apportant une pulsion ethno-urbaine salvatrice.

 Ecoutez un extrait de

- 08/09/2016

Ecouter des extraits de l'interview du groupe Watcha clan par Daniel Lieuze du Service Culture de RFI.

- 08/09/2016

- 08/09/2016

- 08/09/2016

Watcha Clan Diaspora Hi-Fi (Piranha/Discograph) 2008

En concerts le 3 avril à Marseille, à l’Espace Julien, le 11 avril à Lyon, au Marche Gare, le 12 avril à Genève (Suisse), le 16 avril à Paris, à la Maroquinerie.