Le Sacre du Tympan

Avec La Grande Ouverture, son troisième opus en dix ans, Le Sacre du Tympan confirme ses géniales fulgurances, et s’approprie les univers de chanteurs tels que M, Sébastien Tellier ou Sanseverino. Collection de morceaux déjà joués sur scène avec les invités et à la lisière entre jazz, rock et chanson, l’album place un peu en retrait l’orchestre et sa tête pensante, le bassiste et arrangeur Fred Pallem. Une manière douce de signer la fin de l’aventure. 

Orchestre ouvert à tous vents

Avec La Grande Ouverture, son troisième opus en dix ans, Le Sacre du Tympan confirme ses géniales fulgurances, et s’approprie les univers de chanteurs tels que M, Sébastien Tellier ou Sanseverino. Collection de morceaux déjà joués sur scène avec les invités et à la lisière entre jazz, rock et chanson, l’album place un peu en retrait l’orchestre et sa tête pensante, le bassiste et arrangeur Fred Pallem. Une manière douce de signer la fin de l’aventure. 

Clown virtuose et funambule de l’orchestration : voici une dizaine d’années que le bassiste Fred Pallem et son sacré Sacre du Tympan se jouent de nos oreilles en de délicieux pieds de nez. A l’équilibre entre airs savants et art populaire, entre rock et jazz, cet orchestre formé au Conservatoire de Paris passe du drame à la comédie, tâte de la série Z, du cartoon, du comics, des westerns spaghetti et manie, avec brio, l’humour et la brillance. Une équation pertinente, qui résout la quadrature du cercle : marier le kitsch à la virtuosité, unir la vanité du sérieux à l’intelligence de la pitrerie.

Sous le ciel des idoles - Nino Rota, Charles Ives, Ennio Morricone, André Popp - ses solistes hors pair explorent des territoires foutraques, à la recherche de la note parfaite et inattendue.  Affublé de l’étiquette "jazz", et traînant la lourdeur d’une hydre à dix-sept têtes, le Sacre du Tympan - baptisé ainsi en référence au Sacre du Printemps, ballet russe d'Igor Stravinski - est devenu l'emblème hexagonal d’un art de l’improvisation vivace. C'est ce qui lui a permis de tirer son épingle du jeu parmi ses homologues. "Je suis parti de rien, tout seul dans ma chambre avec des timbres et des enveloppes", note Fred Pallem. "Je tire un bilan très positif de cette décennie."

Après un premier disque éponyme en 2002, puis Le retour ! trois ans plus tard, le Sacre du Tympan revient sur le devant de la scène avec La Grande Ouverture, réalisé par Bertrand Fresel (Kent). Preuve d’un art anthropophage, qui digère les genres - rock,  variété - et leur donne des couleurs. Car si Fred fantasmait d’être aux manettes d’un grand format, il a, comme ses comparses, ouvert ses "feuilles" à tous les styles. Surtout, cet album constitue une "collection" de morceaux déjà joués sur scène avec des artistes aussi divers que Sanseverino, Piers Faccini, André Minvielle, Sébastien Tellier, M, Marcel Kanche ou encore Julien Lourau.

Décloisonner les genres

"Comme dans un jeu d’acteur, l’orchestre devait s’adapter à l’univers de l’invité, et lui-même se rapprocher de notre timbre", explique Fred. Cet opus (constitué de chansons des invités ou de reprises) a donc placé la formation en retrait, et éloigné Fred de sa fonction de compositeur : "Nous nous sommes mis au service de l’émotion en rangeant nos egos au placard". En résulte une Grande Ouverture hétéroclite, où se distinguent les paysages si reconnaissables de chacun des interprètes : l’explosion d’un M ou d’un Seb Tellier, le recueillement et l’introspection d’un Marcel Kanche, la suavité de Juliette Paquereau (Diving with Andy). "Chaque morceau du disque évoque un mood (une humeur, ndlr) différent. Je conseille d’écouter un titre par jour." Une disparité pourtant reliée par la signature sans ambivalence du Sacre : cet amour extrême de la belle note, dénichée dans un recoin, celle qui procure "l’émotion, la joie, la tristesse ou  le désir sexuel", l’efficacité des lignes de basse, et la puissance sonore. Surtout, comme l’indique Fred Pallem, le disque possède deux niveaux d’écoute : l’un facile à savourer "dans la voiture, ou sur son vélo, en chantant", et l’autre plus ardu "où tu te poses, comme pour lire un livre ; un degré d’attention où tu trippes à fond, qui permet de se couper du monde, de s’évader et contribue au bonheur".

Voici peut-être la clé du succès du Sacre et celle de sa pérennité : cette "volonté de public" et ce décloisonnement des genres. "En France, aujourd’hui, le jazz souffre énormément", note Fred. "A New York, il reste omniprésent, et populaire. Ici, il s’abrite à l’ombre des institutions. Certes, elles apportent un confort, et beaucoup d’éléments positifs, comme les subventions, mais le jazz en perd son côté rock’n roll. Il devient "pépère". Et puis, il y a une certaine aristocratie du jazz hexagonal, qui joue souvent pour elle, sans se préoccuper du public. Alors que le challenge et l’équilibre se situent justement là : savoir répondre aux attentes des spectateurs, et en même temps, les surprendre. Nul musicien n’est obligé d’être entendu. Il peut jouer chez lui. Mais lorsqu’il fait un disque ou monte sur scène, il doit faire gaffe à son discours."

Pour autant, après trois albums ("Pas assez, mais c’est la dure loi financière de la musique!"), Fred Pallem s’avoue las de "traîner vingt personnes", et pense être arrivé au bout de l’aventure du Sacre, du moins sous cette forme. Il s’agirait alors de la dernière tournée. Moralité du leader énoncée non sans humour : "Si vous aimez le Sacre du Tympan, il est temps pour vous d’en profiter, car ce sera votre dernière chance !"

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Le Sacre du Tympan La Grande Ouverture (Atmosphériques/Wagram) 2008
En concert à Paris les 5 et 6 mai à la Maroquinerie et le 26 juin à la salle Pleyel.