Ibrahim Maalouf entre Orient et Occident

Considéré comme la sensation de ces derniers mois, Ibrahim Maalouf donne une nouvelle impulsion dans l’univers jazzistique avec sa trompette aux sonorités jazz-orientale teintées de musiques électroniques. Instrumentiste tout-terrain, il se produit un peu partout depuis la parution de Diasporas, son premier opus. A chacun de ses concerts, l’univers voyageur de ce musicien franco-libanais captive le public.

Trompettiste sans frontières

Considéré comme la sensation de ces derniers mois, Ibrahim Maalouf donne une nouvelle impulsion dans l’univers jazzistique avec sa trompette aux sonorités jazz-orientale teintées de musiques électroniques. Instrumentiste tout-terrain, il se produit un peu partout depuis la parution de Diasporas, son premier opus. A chacun de ses concerts, l’univers voyageur de ce musicien franco-libanais captive le public.

Cheveux très courts, barbe de huit jours et regard sombre. Ibrahim Maalouf intrigue. Avec cette allure de "brute", il n’a pas la "gueule" d’un jazzman. En fait, le musicien semble brouiller les pistes. Car force est de constater que ce trompettiste franco-libanais propose réellement un souffle sans frontières.

De formation classique -premier Prix de conservatoire de Paris-, il s’est d’abord fait remarquer en accompagnant les poids lourds de la chanson française comme Mathieu Chedid, Vincent Delerm ou Arthur H. A l’aise dans ces collaborations, l’instrumentiste manifeste cependant l’envie de changer de registre et décide de s’aventurer en solo afin d’explorer son propre style, étiqueté électro-jazz-oriental.

Une identité musicale protéiforme qu’il défend sur son premier album Diasporas paru il y a quelques mois. Un opus autoproduit qu’Ibrahim Maalouf a mis quatre ans à écrire afin d’obtenir sa propre alchimie sonore. "Je suis convaincu qu’un premier disque est souvent autobiographique. Dans mon cas, ce CD témoigne d’un certain nombre de choses que j’ai vécu ou que je ressens dans ma vie". Et d’ajouter : "les producteurs des majors compagnies qui m’avaient approché, souhaitaient que je fasse une version arabe du Gotan Project (célèbre formation franco-argentino-helvète d’électro-tango, ndlr). Moi, je voulais enregistrer quelque chose de plus personnel, de plus authentique qui me ressemble". Aujourd’hui, les multinationales du disque doivent regretter de ne pas avoir signé ce prodige de 27 ans dont la critique est très élogieuse et que les programmateurs de festivals s’arrachent.

Double approche artistique

La clef de ce succès tiens à son jeu de trompette qui est un subtil alliage entre académisme et improvisation, Orient et Occident. Une double approche de la matière musicale liée à son parcours et à son héritage. Né sous les bombes à Beyrouth en 1980, il n’a pas un mois quand ses parents s’exilent en France pour fuir la guerre du Liban : "J’appartiens à une génération qui a eu la chance de voyager, d’être né quelque part et de grandir ailleurs. Pour moi, ça a été enrichissant de vivre cette double culture. Même s’il y a parfois des déchirures et des moments de nostalgie". A l’âge de 7 ans, le jeune Maalouf découvre la trompette grâce à son père Nassim Maalouf. Ancien élève de Maurice André au Conservatoire supérieur de musique de Paris, il est l’inventeur, à la fin des années soixante, de la trompette à quatre pistons qui permet de jouer les quarts de tons. Une révolution dans le domaine des cuivres !

Malgré son jeune âge, le garçon donne, à 9 ans, son premier concert en soliste avec des œuvres de Vivaldi. Huit ans plus tard, le jeune homme interprète le 2e concerto Brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach, partition réputée difficile par un bon nombre de trompettistes. Le fils prodige ne s’arrête pas là. Il devient une bête à concours et décroche pas moins de 15 prix internationaux. "J’ai passé tous mes examens de conservatoire avec une trompette munie d’un quatrième piston que je n’utilisais pas pour interpréter les œuvres occidentales", se souvient Ibrahim Maalouf. Aujourd’hui affranchi de toute école, il reconnait être arrivé à se sentir lui-même avec son instrument. Une trompette que le souffleur promène au grès de ses rêves comme le laisse entendre les différents univers de Diasporas.

Des ombres et des voix

Parmi les onze pièces de cet album, Shadows reflète, par exemple, sa quête d’identité : "Ma démarche a été un peu celle d’un psychothérapeute. J’ai essayé de comprendre ce que je ressentais à l’intérieur de moi. Dans Shadows, je vois des ombres, j’entends des voix liées à la guerre du Liban".  Mais il laisse, tout de même une grande place à l’imaginaire de celui qui l’écoute : "Je n’aime pas tout dessiner. C’est un croquis, on met les couleurs que l’on veut dedans". Ce coloriste des sons affirme aussi naturellement son empreinte jazz sur une reprise audacieuse de Dizzy Gillespie intitulée Night in Tunisia rebaptisée pour l’occasion Missin’Ya. Pour lui, ce trompettiste, disparu en 1993, est l’un des rares musiciens américains de jazz à avoir dédié un morceau à un pays arabe. "Dans cette réinterprétation très personnelle, j’ai tenté de me plonger dans les origines possibles de ce standard".

Musicien instinctif, il aime également bousculer les cultures en reliant le passé avec le présent, comme en témoigne le titre 1925. Un voyage digne d’une série de science fiction où l’enfant de Beyrouth imagine son grand-père, paysan dans les montagnes libanaises en 1925, se retrouvant du jour au lendemain dans le Paris d’aujourd’hui. En fait, le trompettiste a réalisé son album comme une bande originale de film. D’ailleurs, le jeune maître avoue avoir un goût pour l’image et caresse l’idée de composer pour le cinéma. Décidemment, Ibrahim Maalouf n’a pas finit de nous étonner…

Ecouter des extraits de l'interview d'Ibrahim Maalouf par Daniel Lieuze du service Culture de RFI.

Ibrahim Maalouf Diasporas (Mi’ster Productions/Discograph) 2007

En concerts le 13 mai à Paris (festival l’esprit jazz à Saint-Germain des Près), le 14 et 18 mai à Bruxelles (festival des Nuits Botanique), le 23 mai au festival de musiques d’Hagondange