L'Eurovision pour Sébastien Tellier ?

Jamais le concours de l’Eurovision n’aura autant déchaîné les passions. Tout ça à cause d’un jeune hurluberlu, Sébastien Tellier, désigné pour défendre les couleurs de la France avec Divine, chanson majoritairement en anglais. Scandale dans les travées de l’Assemblée Nationale, c’est Molière qu’on assassine ! Tempête dans un verre d’eau, Tellier boit du petit lait.

Bataille de langue

Jamais le concours de l’Eurovision n’aura autant déchaîné les passions. Tout ça à cause d’un jeune hurluberlu, Sébastien Tellier, désigné pour défendre les couleurs de la France avec Divine, chanson majoritairement en anglais. Scandale dans les travées de l’Assemblée Nationale, c’est Molière qu’on assassine ! Tempête dans un verre d’eau, Tellier boit du petit lait.

Qui se souvient de Sofia Mestari, Louisa Baileche ou Virginie Pouchain, toutes trois représentantes de la France à l’Eurovision ces dernières années ? Personne ?! Depuis L’oiseau et l’enfant de Marie Myriam, lauréate en 1977, la France n’a guère brillé dans la compétition. On peut comprendre… Entre l’empilement de chansons paillettes à la guimauve et le fastidieux décompte des votes par pays, ce concours musical tenait davantage de la publicité déguisée pour médicaments anti-migraineux.

Jusqu’au coup d’éclat de 2006 où la Finlande remporte la compétition avec Lordi, groupe de métal déguisé en monstres extraterrestres. Enfin, on pouvait se marrer, la France s’engouffrait dans la brèche. Après les Fatals Picards l’année dernière, France Télévision (qui désigne chaque année le candidat national) choisit Sébastien Tellier. L’artiste, branché, vient de sortir Sexuality, son troisième album, tendance électro-pop, co-produit par un membre de Daft Punk. Divine, un des meilleurs titres de ce disque par ailleurs assez moyen, défendra nos couleurs. Tout le monde applaudit. Enfin de l’audace.

Un mois plus tard, un député français, en mal de notoriété, se réveille. Pour François Michel-Gonnot, la chanson sélectionnée est un affront national. Pensez donc, elle est majoritairement en langue anglaise. La première fois en 52 ans d’Eurovision. Une révolution ! Le gouvernement s’empare de l’affaire. Ce concours, dont tout le monde se gaussait il y a peu, devient le centre névralgique du rayonnement culturel français.  Christine Albanel, ministre de la culture est prise à parti. Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Francophonie tance France Télévision. Le producteur exécutif de l’Eurovision, Svante Stockselius, est même saisi pour que la chanson soit modifiée. En vain.

Divine reste en l’état mais promis, juré, craché, le règlement sera modifié l’année prochaine. Sébastien Tellier, lui, rigole. Un jour, il promet d’essayer d’inclure plus de français dans sa chanson pour satisfaire ses concitoyens, un autre, il explique hilare, qu’il se produira "nu avec une plume dans le cul" ou entouré de bimbos en bikini. L’artiste se félicite de cette promotion nationale gratuite : "Ça me fait connaître. Plus on fait un art exposé, plus les gens retiennent ce qu'on fait. Devenir populaire, c'est s'acheter 20, 70 ou 150 ans de vie en plus.", déclarait-il récemment à l’AFP. Quitte à devenir immortel s’il remporte le concours le 24 mai prochain… Tout le monde est prévenu, le grand n’importe quoi est en marche… France, douze points !

 Ecoutez un extrait de

Sébastien Tellier Sexuality (Record makers) 2008