La Cameroon Music Corporation en crise

Cinq ans seulement après sa création, la Cameroon Music Corporation, société qui gère les droits d’auteurs des musiciens camerounais est en crise. Exposé des faits.

Les gestionnaires attaqués

Cinq ans seulement après sa création, la Cameroon Music Corporation, société qui gère les droits d’auteurs des musiciens camerounais est en crise. Exposé des faits.

Rien ne va plus pour la Cameroon Music Corporation (CMC) : depuis plusieurs jours, cette société, créée en 2003 sous l’impulsion des autorités camerounaises pour gérer les droits d’auteurs des musiciens camerounais, est au centre d’un feuilleton politico-judiciaire riche en rebondissements.

Le dernier épisode en date est celui du retrait, le 12 mai, de son agrément par la ministre de la Culture Ama Tutu Muna qui a fait immédiatement poser des scellés sur son siège de Yaoundé, la capitale camerounaise. Pour assurer l’intérim jusqu’à la tenue, le 7 juin, d’une assemblée générale extraordinaire, elle a désigné une équipe de gestion provisoire.

Ce sont des "malversations financières" présumées qui ont valu à l’équipe dirigeante de la CMC cette punition. Ama Tutu Muna invoque ainsi une "situation financière déplorable", des "salaires du personnel et de nombreux créanciers non payés", un "passif (…) de 567 millions de francs CFA" (864.000 euros), et la "non communication du bilan et des comptes annuels de 2007".

Peu avant, la ministre avait annulé la réélection, le 10 mai, lors d’une assemblée générale mouvementée, du chanteur Sam Mbende à la tête du conseil d’administration de la CMC. Elle le soupçonne d’avoir détourné en partie une redevance de 100 millions de francs CFA (150.000 euros) versée par une entreprise à la CMC, au lieu de la partager selon la réglementation avec les trois autres sociétés de droits d’auteurs du pays (arts audiovisuels et photographiques, plasticiens, littérature et arts dramatiques).

Cette affaire a conduit la police judiciaire de Yaoundé à entendre Sam Mbende ainsi que Magloire Ondoa, l'ancien patron de la Commission permanente de médiation et de contrôle des organismes de gestion collective du droit d'auteur et des droits voisins (CPMC), limogé en mars par la ministre.

Le dossier est "vide" et comporte de nombreuses erreurs de procédure, plaident les proches des deux hommes. Pour soutenir Sam Mbende, des musiciens se sont allongés sur la chaussée pendant son audition dans les bâtiments de la police judiciaire à Yaoundé. Ils ont également manifesté peu après devant le ministère de la Culture.

Cet imbroglio rappelle étrangement celui qui avait entraîné la colère et le départ du Cameroun, en 2005, de Manu Dibango. Deux ans auparavant, le saxophoniste avait accepté de prendre les rênes de la CMC alors nouvellement créée. Mais, rapidement, les relations entre le musicien et le ministre de la Culture de l’époque, Ferdinand Oyono, se sont dégradées. Pendant plusieurs semaines, les deux hommes avaient eu des échanges houleux via des articles de presse.

Ferdinand Oyono avait mis fin à la querelle par le même procédé utilisé par Ama Tutu Muna : il avait retiré son agrément à la CMC, pour le rétablir un mois plus tard avec l’élection d’un nouveau conseil d’administration. Manu Dibango, qui vit en France, avait alors déclaré qu’il ne remettrait plus jamais les pieds au Cameroun. Aujourd'hui, il ne veut même plus aborder le sujet.

"La CMC est-elle ingérable ?", s’interroge aujourd’hui le quotidien d’Etat Cameroon Tribune. Pourtant, elle avait été créée pour remplacer la Société civile nationale du droit d'auteur (Socinada), victime elle aussi de problèmes de gestion et de règlements de compte : selon certaines sources, des détournements de fonds d’environ un milliard de francs CFA (1,5 million d'euros) y avaient été relevés, sans que les coupables ne soient poursuivis ni sanctionnés, comme c’est souvent le cas au Cameroun, l’un des pays les plus corrompus du monde.