L'Université Musicale Africaine à Ouaga

Une initiative de Ray Lema

Début novembre, pour la troisième fois à Ouagadougou, au Burkina Faso, le doyen Ray Lema, le bassiste Etienne Mbappé et le batteur Francis Lassus ont dispensé des sessions de formation aux jeunes musiciens de la sous-région. Ces master class, les Universités Musicales Africaines, placent les musiques traditionnelles au centre du dispositif de formation.

Par petites grappes, ils se retrouvent à la buvette de la salle Reemdogo, à un quart d'heure de mobylette du Rond Point des Nations-Unies, centre névralgique de la ville de Ouagadougou.

L'un a amené son balafon, l'autre sa guitare, tandis que celui-là a emprunté la basse de son frère pour participer aux master class de l'Université Musicale Africaine.

Bientôt, les musiciens Ray Léma, Etienne Mbappé et Francis Lassus arrivent, fraîchement débarqués de Paris, dans un tourbillon de salutations, de mains qui se serrent et d'éclats de rire. On les connaît bien ici. L'Université Musicale Africaine a déjà dispensé deux sessions de formation au Jardin de la Musique Reemdoogo, en 2005. Le lieu, unique en Afrique de l'Ouest, regroupe salle de répétitions, instruments à disposition, studios d'enregistrement et scène de spectacle : idéal pour une initiative comme l'UMA.

Groupes de travail

Ray Léma regroupe les élèves et leur explique brièvement : "Cette fois-ci, il y a un atelier guitare/basse avec Etienne, un atelier batterie/ percussions avec Francis, un atelier pour les groupe avec moi-même. Vous vous répartissez donc devant chaque salle". Dans l'atelier guitare/basse, le Camerounais Etienne Mbappe fait les présentations, détaille les objectifs de la formation, jauge le niveau de ses élèves et constitue deux groupes de travail. Les guitaristes, bassistes, ainsi qu'un joueur de ngoni travailleront ensemble le matin, tandis que les moins avancés travailleront leurs bases dans l'après midi. Tous sont musiciens professionnels ou semi-professionnels, beaucoup n'ont pas d'instrument. En cas de répétition ou de concert, ils s'arrangent pour trouver auprès d'un frère, cousin ou ami, la basse ou la guitare dont ils ont besoin. Pour les batteries, c'est encore pire.

Lors de la pause, Etienne Mbappe explique : "Les UMA ont été mises en place par Ray Lema pour pouvoir distiller en Afrique une formation aux musiciens d'ici, souvent faite par des musiciens africains évoluant déjà à Paris et aux Etats-Unis. Il s'agit de revenir aux sources pour pouvoir redonner à l'Afrique ce qu'elle nous a donné et procurer en même temps à cette jeune génération de musiciens des connaissances qu'ils n'ont pas par manque d'infrastructures".

Rapprochement

En effet, il n'y a que peu d'écoles de musique en Afrique, et les musiciens apprennent majoritairement à jouer sur le tas. "Les musiciens apprennent sur des livres occidentaux, des œuvres de Beethoven de Bach, et quand ils sortent du conservatoire, ils sont inutilisables pour nos vedettes" insiste Ray Lema, initiateur de l'UMA…A terme, son objectif serait de pouvoir éditer une méthode d'instruments traditionnels.

Transmettre son savoir, partager son expérience de la musique est devenu pour Ray Lema indissociable de sa carrière d'artiste…Les objectifs de ces dix jours de formation sont simples  pour Ray Léma: "Les instrumentistes de haut niveau viennent rencontrer les musiciens qui font les musiques populaires d'ici, et nous essayons de mettre les musiciens traditionnels au centre du dispositif. Les musiciens modernes jouent, ça swingue et nous mettons dans leurs pattes des musiciens traditionnels. J'essaie en fait d'amener un niveau technique avec les instruments modernes et un rapprochement entre tradition et modernité".

Ainsi, un joueur de ngoni, des djumbés, un balafon, et des voix plutôt traditionnelles se mêlent aux guitares/basses/batteries traditionnelles du jeu occidental. Mais les rythmes se mélangent aussi, et on joue à la guitare ou à la basse des "boucles" mandingues…Il s'agit d'apprivoiser les univers, les instruments, les notes, mais aussi les autres. Le résultat, forcément sans filet, est parfois stupéfiant. 

Pour bénéficier des master class "high class" de l'aîné des musiciens africains, du bassiste camerounais et du batteur français, les élèves ont accouru de toute la sous-région : Bénin, Niger, Côte d'Ivoire et bien sûr du Burkina Faso. En pays mandingue, la majorité des musiciens place leur tradition au cœur de leur approche de la musique. Pourtant, dans le cours d'Etienne Mbappé, Ernest, un guitariste, raconte qu'il "déteste jouer le mandingue". Un peu plus tard, lorsqu'il accompagne un très bon musicien dans le pur style traditionnel, on comprend qu'il ne maîtrise pas naturellement le jeu mandingue, et qu'il s'en écarte par fierté. Les dix jours de formation de l'Université Musicale Africaine serviront, entre autres, à le réconcilier avec les rythmes du Mandé…

Eglantine Chabasseur