Les artistes québécois, entre culture française et américaine

Le Québec est francophone et en même temps très proche géographiquement des Etats-Unis. Les jeunes artistes québécois vivent fort bien cette double influence et s’approprient avec aisance ce qui les fait vibrer d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. De la tradition du folk singer à la musique country, des artistes comme Moran, Magnolia ou le groupe Madame Moustache, proposent sur des textes en français une musique très américaine.

Festival de Tadoussac

Le Québec est francophone et en même temps très proche géographiquement des Etats-Unis. Les jeunes artistes québécois vivent fort bien cette double influence et s’approprient avec aisance ce qui les fait vibrer d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. De la tradition du folk singer à la musique country, des artistes comme Moran, Magnolia ou le groupe Madame Moustache, proposent sur des textes en français une musique très américaine.

Le festival de Tadoussac, "le plus petit des grands festivals" comme on dit ici,  est un rendez-vous incontournable de la chanson québécoise et plus largement francophone au Canada. Un bon endroit pour repérer de jeunes talents et pour apprécier les nouvelles tendances. Jean-François Moran, Magnolia et Madame Moustache ont en commun la volonté de chanter en français tout en assumant leur influence nord-américaine, folk et/ou country.

Jean-François Moran, auteur en 2006 d’un album intitulé Tabac a une voix de velours, profonde et légèrement éraillée qui accroche immédiatement l’oreille. Une heureuse porte d’entrée pour l’univers du jeune chanteur. Accompagné par un guitariste, Moran a besoin de peu d’effets pour emmener son public vers le rêve. Autodidacte, la musique ne fut pas un chemin évident pour lui. " Mon père est sourd d’une oreille. A la maison, il n’y avait pas de musique, de disque. Il y avait de temps en temps Johnny Cash dans la voiture. Mais je n’avais aucun lien avec la musique ".

C’est l’écriture qui va le mener à la chanson et donc à la musique. A trente ans, il apprend de manière intensive la guitare, poussé par quelques amis, qui d’ailleurs lui offrent l’instrument. Moran se réfère à un des monuments de la chanson française comme point d’encrage de son travail. " Honnêtement, la première chanson qui m’a marqué, j’avais quinze ou seize ans, c’est celle de Leo Ferré, C’est extra. Je m’apercevais tout d’un coup qu’on pouvait chanter autre chose que : ‘ne me quitte pas’ ou ‘je t’aime’, etc. Leo Ferré avait ce langage pas nécessairement direct mais plus poétique. Cette approche-là m’a touchée". Musicalement, Moran se réclame de la tradition des folksingers américains. La référence indiscutable est bien sûr celle de Bob Dylan. "Rythmiquement, c’est une autre approche, ça ne respire pas de la même façon, ça me parle plus. En m’autoanalysant, après avoir écrit mes premières chansons, j’ai constaté que c’était vraiment mes influences musicales américaines qui rencontraient la chanson française". Entre Ferré et Dylan, Moran n’a pas choisi. Il a juste su tirer le meilleur parti de ses différentes influences que l’on pourrait croire incompatibles.

L’esprit country est de retour

Mélanie Auclair, plus connue sous le nom de Magnolia, joue du violoncelle depuis l'âge de trois ans. Pourtant, aujourd’hui, on la connaît dans un registre folk et country. Depuis dix ans et après avoir fait ses preuves dans le domaine de la musique classique, Magnolia accompagne des artistes, notamment Lhasa avec qui elle a fait le tour du monde en tournée. Lors de ses pérégrinations, l'envie d'écrire se présente à elle. "Je n'ai jamais eu le désir de devenir chanteuse ou auteure, compositrice interprète". Devant un besoin de créer qui la taraude alors qu'elle interprète les chansons de la chanteuse américano-mexicaine, elle débute dans l'écriture et à l'arrivée, sort un album (éponyme) de chansons originales, avec notamment le très beau single Mexico City.

En concert à Tadoussac, les guitares et les banjos sont de sortie ! La jeune québécoise est entourée d'un contrebassiste et d'un guitariste joueur de banjo, Rick Haworth, à qui l’on doit la réalisation de son album. Ce dernier, accompagnateur de Lhasa, lui a fait découvrir au gré des voyages les fondamentaux de la musique nord-américaine et en particulier de la country. "J'avais une espèce d'a priori contre cette musique country, des préjugés défavorables. Je riais beaucoup de lui, car il était à fond là-dedans. Il me disait : attends, tu ne connais pas cette musique ! Tranquillement, on a commencé avec des trucs très accessibles et maintenant je suis capable d'aller très très loin ! Je pense qu'avec cette musique, on est beaucoup dans la spontanéité, dans la convivialité, dans le rapport très direct avec les gens." Effectivement, le public chante et tape des mains avec facilité. Nourrie de ses nombreux voyages, la jeune femme interprète même une chanson inattendue, Tranquille, expression marseillaise bien connue dans cette région, qu'elle reprend à son compte, avec force banjo et accent des plaines du far West. Une vraie performance ! 

Autre vision de la musique et de la country, Madame Moustache, groupe de cinq jeunes gens emmené par la charismatique Geneviève Neron, Calamity Gen ! Au départ de l’aventure, le quintette se nommait le All Brand Flaky Pussy Band et leur Helping Men. En faisant plus simple, ils prennent le nom d'un personnage de la BD Lucky Luke. Pas mal pour un groupe où l'humour ne fait pas défaut. "Tous les Québécois ont le cœur country et mon père me berçait avec la musique country. Il m'a fait connaitre les grands comme Johnny Cash ou Patsy Cline" déclare Geneviève qui avoue pourtant avoir mis quelques temps avant d'avouer à son amie Julie, son alter ego au sein du groupe, son amour pour un genre quelque peu passé de mode.

Pour autant, le groupe ne se cantonne pas à une vision passéiste du genre. "Avec Madame Moustache, on peut se permettre d'aller dans différents styles musicaux. Il y a certains morceaux qui vont jusqu'au death metal. Nous finalement, on fait du rock agricole. Même si nous sommes des cow boys de papier car on habite en ville. On ne peut pas parler de nos beaux grands bœufs parce qu'on n'en a pas !" Geneviève, puisque c'est elle qui écrit les textes, sait raconter des histoires, des histoires de cœurs brisés ("Mon chum est parti avec les speakers/ je me retrouve avec mon vieux mac.."), de rencontre sur les bords de la route, de légende western comme Madame Moustache, une Européenne débarquée à Nevada City au XIXe siècle. Entre le public familial de l'après midi et le public beaucoup plus jeune des clubs le soir à Tadoussac, les cinq de Madame Moustache s'amusent et déclinent un genre toujours d'actualité.

Ecouter des extraits des interviews enregistrées par Valérie Passelègue de RFI Musique.