Saez, trois disques plutôt qu’un

Trois ans après Debbie, Damien Saez sort du silence de manière spectaculaire : Varsovie-L’Alhambra-Paris est un album triple, torrent de vingt-neuf chansons qui commence par deux CDs absolument autarciques – guitare-voix ou piano-voix. Ton grave, poésie sombre, chant d’amour souvent désespéré… Rencontre avec un chanteur qui s’insurge au quotidien contre "le fascisme ambiant de l’image" en se faisant rare dans les médias.

Un chanteur qui fuit l’exposition mais pas le danger

Trois ans après Debbie, Damien Saez sort du silence de manière spectaculaire : Varsovie-L’Alhambra-Paris est un album triple, torrent de vingt-neuf chansons qui commence par deux CDs absolument autarciques – guitare-voix ou piano-voix. Ton grave, poésie sombre, chant d’amour souvent désespéré… Rencontre avec un chanteur qui s’insurge au quotidien contre "le fascisme ambiant de l’image" en se faisant rare dans les médias.

RFI Musique : A part les chansons Jeunesse lève-toi et On a pas la thune, cet album est moins politique que les précédents…
Damien Saez : On fait vite le deuil de la précision politique. J’ai souvent repris ceux qui me disaient que je faisais de la chanson engagée. Je pense plutôt être dans une écriture réaliste. Le seul engagement que j’ai pu avoir en chanson, c’est Fils de France, parce qu’il y a la gratuité, parce qu’il y a l’instantané dans l’écriture et la sortie – là, il y avait un acte posé. Mais l’engagement… On ne s’engage pas dans une chanson : on affirme, on questionne, on donne son point de vue.
Or, très vite, on se rend compte qu’il y a plus fort à écrire que ce qui nous semble fort à l’instant, qu’il y a peut-être plus de perspective à mettre aux choses. Qu’est-ce qui reste le plus longtemps, une chanson ou un gouvernement ? Alors, il faut faire attention quand on passe trop de temps à parler du gouvernement. On peut se tromper de sujet.

Vous sortez à la fois Paris en un seul CD et Varsovie-L’Alhambra-Paris en trois CDs. Lequel est l’œuvre, le "vrai" projet ?
Au départ, l’œuvre est en deux CDs : Varsovie et Paris. Dans la production et le son, ils sont très différents. Paris est beaucoup plus traité, plus étudié. Varsovie est plus déclamé. Je voulais faire de Paris un album de rock et je me suis rendu compte que certaines des chansons étaient vraiment bien en acoustique, alors elles se sont faites comme ça. Puis la densité de l’album Varvovie est devenue trop importante, avec dix-sept chansons. Paris, à côté, semblait trop léger. En plus, l’écriture allait de Varsovie vers le Sud en parlant de quelqu’un qui vient de cette ville que j’ai pas mal connue ces sept dernières années. Et je savais dès le début que la dernière serait Tango, qui parle de l’Andalousie où sont mes origines. Et même au niveau des orchestrations, on sentait cette progression du fantasme vers ma propre identité. Alors j’ai coupé en deux Varsovie pour faire Alhambra, qui est plus orchestré, et les trois CDs fonctionnent mieux.

Vous aviez sorti vos trois premiers albums chez Universal. Celui-ci paraît chez Cinq 7, label du distributeur indépendant Wagram. Pourquoi ?
Après mon départ d’Universal, j’ai rencontré des gens de Virgin. Mais pourquoi quitter une major pour aller chez l’autre ? Dans mon cas, une major a aujourd’hui plus d’inconvénients que d’avantages, même si j’ai commencé chez eux, et avec un tube.

Les médias vous font une réputation de personnalité difficile, voire de "chanteur énervant", comme disait Renaud. Comment prenez-vous tout cela ?
Sincèrement, ça n’a pas la moindre importance. Je ne fais pas les choses par rapport aux gens qui les lisent et qui les écoutent, ce que je n’oblige personne à faire. Je ne pense pas être parmi ceux qui vont le plus vers le matraquage marketing ou qui donnent leur avis à tort et à travers. J’ai plutôt l’impression de me cacher plutôt que de me montrer.

 

Savez-vous quelle est la prochaine étape, après Varsovie-L’Alhambra-Paris et les concerts de cet été ?
Il y a un album en anglais qui va sortir à la rentrée, sur lequel j’ai beaucoup travaillé. J’ai mis un an à écrire les textes avec une traductrice de poésie puis j’ai produit le disque. Comment j’avais mis un an et demi à entrer dans l’anglais, je me suis trouvé tellement frustré de la langue française qu’en revenant de New York j’avais beaucoup à dire – et j’ai écrit Varsovie-L’Alhambra-Paris.

Un triple CD, un disque en anglais… Vous ne faites rien comme d’habitude...
L’embourgeoisement n’aide pas à se remettre en cause. Et quand je parle d’embourgeoisement, je ne parle pas du nombre de mètres carrés dans lesquels on vit. L’embourgeoisement, ce sont des habitudes, le train-train, l’absence de mise en danger. Or, il faut quand même se mettre des coups de pied dans le cul. C’est ce que j’essaie de faire.

 Ecoutez un extrait de

Saez Varsovie-L’Alhambra-Paris, 3 CD (Cinq 7-Wagram). Paris existe aussi en CD simple.

Les 25 et 26 juin à Paris (Bouffes du Nord), le 18 juillet à Gemenos, le 19 à Sète, le 15 à Arles…