Francofolies québécoises : 20 printemps en plein été

De Sylvie Paquette à Pierre Lapointe.

"Une occasion de se lâcher lousse !", recommandait vivement le communiqué de presse de ces 20è Francofolies montréalaises (du 24 juillet au 3 août). On comprend par là que l’on n’a pas tous les jours 20 ans. Au programme donc, de nombreux événements, tel que le concert impliqué, en clôture, de Diane Dufresne, Terre Planète Bleue, la grande fête autour de Félix Leclerc ou 20 ans dans les dents avec la nouvelle génération rock (Karkwa, Malajube…).

Le magasinage musical s’est avéré faste dans les rues du centre-ville montréalais : de l’Haïtienne Tifane, au Sénégal de Musa Dieng Kala, en passant par la Côte d’Ivoire de Tiken Jah Fakoly ou le Maroc de Saïd Mesnaoui & Transe Gnawa, une bonne partie de la francophonie et des genres musicaux étaient une fois de plus représentés.

On note aussi que Laurent Saulnier, vice-président de la programmation, n’a pas oublié de miser sur ses cousins européens, conviant notamment à la fête Catherine Ringer, Camille, Mell, Victoria Abril, Benjamin Biolay ou le jeune Parisien Arman Méliès. On le retrouve le premier soir de notre arrivée au Cabaret Juste Pour Rire… où l’on ne rigole pas, mais où l’on s’émeut de son univers torturé enveloppant. Comme pour faire honneur à son pseudo et en guise de génériques de début et de fin, Méliès fait de son concert un spectacle de magie. Il commence en apparaissant sur un instrumental et disparaît de la même façon à la fin.

Le lendemain, direction, la plus grande scène extérieure où Michel Rivard joue ses chansons accompagné de l’Orchestre symphonique de Montréal … et de nuages gris. Avec dérision, l’ex-voix de Beau Dommage, souligne que son titre Un trou dans les nuages  a fait stopper la pluie. Mais qu’importe, rien n’aurait empêché les milliers de fans présents d’assister à cette représentation unique.

Mercredi dernier, nous voici en haut du boulevard Saint-Laurent, en salle cette fois, où nous retrouvons la chanteuse-guitariste québécoise, Sylvie Paquette. Elle a récemment lancé son album Tam Tam co-réalisé par Daniel Bélanger ("Il m’a amené dans un territoire où je ne serais pas allée sans lui") : des chansons poétiques et romantiques, volontairement fleur bleue parfois, une voix tendre et lascive. A Montréal, le public est acquis. Toute comme pour la Française Daphné, en première partie. Séduite par la très belle expression locale, "tomber en amour", elle lance de sa voix légèrement éraillée : "Ce sera le titre d’un morceau de mon prochain disque…" On vérifiera !

Un peu plus bas, jeudi, toujours sur Saint-Laurent, mais dans un autre club, le Suisse, Stephan Eicher est de retour au Québec après 9 ans d’absence, pour un concept haut en couleurs. Certainement le musicien le plus imaginatif de cette édition. Juste en formule trio, pour faire vivre une troisième dimension à son répertoire, comme si Eicher était entouré de dix musiciens. On se dit alors que le retour à ses débuts, seul avec ses machines, est imminent : "La prochaine tournée se fera à deux, avec Philippe Djian (auteur fétiche de l’artiste) qui lira ses textes et j’improviserai musicalement".

Créé en l’honneur des 20 ans des Francos, Mutantés de Pierre Lapointe était le spectacle 2008 à ne pas manquer. Avec sa voix en constante mutation, le petit prodige québécois a bien choisi l’intitulé de son œuvre. Quatre représentations devant 12.000 personnes au total. Presse et  public québécois ont été transportés par un Lapointe théâtral, mi-chanteur, mi-astronaute. RFI Musique, qui avoue un faible pour le chanteur depuis longtemps, ne comprend pas un tel emballement. On aura eu du mal à rentrer pleinement dans cette quête du bonheur un peu alambiquée ! Malgré de nouvelles compositions (tel le touchant Au bar des suicidés), de somptueux jeux de lumières (l’éclairagiste du Cirque du Soleil), la douzaine de comédiens-choristes-danseurs, des musiciens et des arrangements brillants, plus quelques anciennes chansons magnifiquement revues (Deux par deux rassemblés  a capella).

Hélas, déjà notre mutation pour la France est proche. Les vingt printemps lumineux de ces Francos, laissent présager un été torride… vivement l’édition 2009 !

Festival à suivre sur RFI Musique, le Sakifo sur l’île de La Réunion.

Alain Pilot