Joseph d’Anvers

Avec Les Jours Sauvages, Joseph d’Anvers change d’univers, et quitte le dix-huitième arrondissement pour Rio et Los Angeles, sous l’égide de Mario Caldato (producteur de Björk, Beck, Beastie Boys). Money Mark, et la chanteuse de The Rodeo, s’invitent sur cet album mélodique, doté d’une instrumentation hip hop, harmonisée à des paroles poético-mélancoliques. Une bien belle réussite, qui décomplexera les aventureux d’un groove francophone.

Nouvel album Les Jours Sauvages

Avec Les Jours Sauvages, Joseph d’Anvers change d’univers, et quitte le dix-huitième arrondissement pour Rio et Los Angeles, sous l’égide de Mario Caldato (producteur de Björk, Beck, Beastie Boys). Money Mark, et la chanteuse de The Rodeo, s’invitent sur cet album mélodique, doté d’une instrumentation hip hop, harmonisée à des paroles poético-mélancoliques. Une bien belle réussite, qui décomplexera les aventureux d’un groove francophone.

"On entre dans une chanson par la musique, on y reste pour les textes " : l’adage, signé Alain Bashung colle parfaitement au dernier opus de Joseph d’Anvers. Des envolées pop caressent l’oreille, un swing rock exhorte les doigts aux claquements, les instrumentations hip hop et une production léchée invitent à l’évanescence de la danse, apaisée par une voix éthérée. A la troisième écoute seulement, oreilles et cerveau s’attachent aux textes, finement ciselés, sciemment poétisés : des perles en français, groovy. Loin de s’imposer aux notes ou de les subir, les mots s’unissent à elles. Une évidence auditive, un tour de force. Pas facile. 

La complaisance ou la paresse, Joseph les évite. Son premier album, Les choses d’en face, coup de projecteur sur l’une de ses facettes, a fonctionné : succès, éloges médiatiques. Tentation d’utiliser les mêmes recettes, les ficelles d’une chanson folk. Et refus d’y céder. "Mes frères d’arme me tannaient : 'capitalise, Joseph !' Je ne me sentais pourtant pas honnête. Je n’éprouvais plus le plaisir d’exploiter la même veine". Un regard sur sa discothèque et ses galettes de chevet lui apportent les prémisses d’une réponse : ses héros Gorillaz, Damon Albarn, Beastie Boys, Sonic Youth, Wu Tang Clan, The Street, constituent la ligne de tension, l’horizon d’un art futur. "Au lieu de débuter par le texte, j’ai donc lancé basse et batterie, construit des mélodies de voix plus que des paroles. Je souhaitais un disque en français avec un habillage hip hop, qui ne soit pas pour autant du slam".

Producteur de prestige

A projet ambitieux, producteur démesuré. Pourvu de minces illusions, Joseph contacte Mario Caldato (Björk, Beastie Boys, Beck, Jack Johnson). Le lendemain, l’éminence "groove" lui renvoie ce message : "Send more, I love it !". Trois semaines plus tard, l’artiste quitte le dix-huitième arrondissement pour les studios du maître à Rio de Janeiro, avec pour seule injonction : "Amène une guitare, un disque dur, et des idées bien claires !". L’album prend forme, comme par magie, avec une hallucinante spontanéité. "J’hésite toujours sur le chemin à prendre ; je pense louper des éléments importants, lorsque j’exclus un choix. D’une simplicité époustouflante, Mario me disait : 'Let’s play and see. Ne réfléchis pas, la décision que tu prendras aujourd’hui sera la bonne. La chanson n’est ni blanche, ni noire, elle n’existe pas.' Il m’a aidé à dédramatiser ! ". Une gestation en douceur, donc, entourée des meilleurs musiciens brésiliens : Domenico Lancelotti, Kassin, Moreno Veloso, Vanessa da Mata. "Je désirais un son anglais, et parfois, ils s’embarquaient dans un swing brésilien : des pérégrinations pour toucher la juste vibration, qui enrichissaient le tout."

Suite de l’aventure à Los Angeles où Joseph rencontre Money Mark (Beastie Boys), et le convie sur la chanson Kids. Loin, très loin de l’Hexagone, l'artiste mûrit ainsi son disque. A ses comparses brésiliens et américains, il indique le sens de la chanson, mais ne traduit pas les paroles : "Je veux qu’elle fonctionne en elle-même. Les gars, si le titre marche sur vous, juste bougez la tête !". En résulte un disque pour "kiffer", mélodieux, pas trop éloigné de l’univers de Radiohead.

Pessimisme actif

L’auditeur français appréciera pourtant la chance de découvrir des mots poétiques, ouverts aux libres interprétations, qui résonnent en écho au titre énigmatique Les Jours Sauvages. La nostalgie, l’espoir, l’âpreté, la violence, l’indépendance, la liberté, la rage, l’amour : tous les ingrédients s’y retrouvent pour définir les contours d’un "pessimisme actif". " Nous sommes une génération pas très gaie, et nous ne ferons jamais plus la révolution. Le monde ne tourne pas rond, je ne peux pas écrire sur le bonheur et le soleil. Ma seule contribution, c’est de chanter ! "

Plus cieux couverts sertis du relief des nuages, qu’aplat bleu, la musique comme les textes de Joseph d’Anvers offrent donc une dimension contemplative et rêveuse, qui laisse libre court tant à la réflexion qu’à la divagation. Outre la confiance accordée par Mario Caldato, Joseph d’Anvers a aussi collaboré à Bleu Pétrole d’Alain Bashung, et écrit l’intégralité de l’album de Dick Rivers. Trois univers disparates, donc, qui correspondent à sa soif inassouvie de musique, et à son indépendance.

Par delà ses réussites, Joseph reste simple, efficace, s’affirme un peu plus sûr de lui. "Etre dans le vent, c’est une volonté de feuille morte" : il se laisse guider autant qu’il dirige le mât, en toute probité. Une absence de concession, et une intégrité, qui placent à coup sûr le jeune chanteur dans la cour des grands maîtres de la variété française.

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Joseph d'Anvers Les jours sauvages (Atmosphériques) 2008

En concert le 27 septembre à Marseille (Le Poste à galène) et le 7 octobre à Paris (Nouveau Casino)