L’"Avant Seine" de Rock en Seine

Les 20, 28 et 29 août derniers s’est tenue la sixième édition de Rock en Seine à Saint-Cloud, près de Paris. Outre de grosses pointures comme Rage Against the Machine, Justice ou R.E.M, il a aussi permis au public de découvrir des groupes encore peu connus lors de l’"Avant Seine". Un mini festival au sein du grand pour booster les talents.

Quand le festival joue les défricheurs

Les 20, 28 et 29 août derniers s’est tenue la sixième édition de Rock en Seine à Saint-Cloud, près de Paris. Outre de grosses pointures comme Rage Against the Machine, Justice ou R.E.M, il a aussi permis au public de découvrir des groupes encore peu connus lors de l’"Avant Seine". Un mini festival au sein du grand pour booster les talents.

C’est une habitude depuis les débuts du Rock en Seine, les jeunes groupes ont leur place dans la cour des grands. Défricher les talents et leur donner de la visibilité est aussi la vocation du festival. Lors de la dernière édition, six groupes franciliens ont été sélectionnés puis programmés les deux derniers jours du festival. Regroupés sous le label "Avant Seine", compilés sur un disque distribué gratuitement durant le festival, le passage sur la scène de l’industrie est pour certains l’étape supplémentaire d’un parcours qui s’accélère.

Après un concert remarqué au dernier Printemps de Bourges et portés par un buzz croissant autour de leur premier disque, les quatre membres de The Latitudz ont ouvert jeudi les festivités. Résultat de la rencontre entre un rappeur africain et de trois musiciens venus de la scène reggae/rock, le groupe se définit lui-même comme "trop rock pour le public hip-hop, et inversement". Avec ce décalage assumé, il met les sensations au diapason avec un show tendu. Dès le deuxième morceau, le chanteur quitte même la scène pour se joindre au public et lui tendre le micro. L’énergie entre autres déployée par Edash Quata et son flow imparable prouve les indéniables qualités du groupe. Le plaisir évident est confirmé par l’intéressé à la sortie : "Pour moi c’était un rêve, c’est énorme, je n’oublierai jamais".

Peut-être parce qu’ils ont déjà fréquenté les grosses salles (ils ont notamment faits les premières parties des Français d’Ez3kiel), les quatre membres de Narrow Terence prennent la suite avec décontraction. L’explication sur leur son "transylvanien" est faite avec Arnaud, batteur mais aussi propriétaire d’une impressionnante voix grave: "notre musique est une sorte de valse cabossée avec des mélodies draculesques inspirées du film, Le bal des vampires de Polanski". Délaissant les climats instrumentaux et intimistes, les Narrow Terrence ont posé avec application une folk alternative inspirée par Tom Waits. A suivre.

Folk et machines

Il fait froid ce jeudi après-midi et les feuilles mortes sur les arbres, plutôt que d’annoncer la fin de l’été, invitent au début de l’automne. Partout, le public s’est pourtant étalé sur les pelouses. Jeune, il prouve que le rock continue de traverser les générations aujourd’hui fédérées autour de nouvelles couleurs, la tendance étant aux acidulées pop.

Une bonne poignée de ces "Smartie’s" s’est réunit pour la dernière découverte de la journée : le concert de Da Brasilians. Harmonies douces, ambiances folk, climat mou. Heureusement, le soir même, R.E.M montre la voie pour garder son assistance éveillée.

Dès l’ouverture du dernier jour du festival, vendredi, la question est sur toutes les lèvres : Viendra ? Viendra pas ? La popularité d’Amy Winehouse se compte au nombre de sosies qui sillonnent le parc. Molecule, l’un des artistes programmé pour l’"Avant Seine", est pourtant le premier à nous rassurer : "J’ai bu de l’eau hier avec Amy, elle viendra." C’est sous un soleil radieux que le jeune homme pose ses machines. Deux albums au compteur et un prochain début 2009, il définit ainsi son projet : celui d’"un mec seul qui collabore avec des chanteurs d’horizons très variés sur disque, mais devient un vrai groupe sur scène". Batteur, chanteur et bidouilleur viennent donc tirer les lignes électro-dub, reggae et hip-hop. Une demi-heure, c’est court. Autant donc aller à l’essentiel, "entre hypnotisme et brutalité", résume Molecule. Des vagues dub brisées par des passages frontaux très dance-floor, sans oublier une palette de sons qu’aime modeler le Français. La journée se poursuit avec Fortune et leur single Bully : leur disco-pop est un véritable jackpot à minettes ! Les concerts des découvertes se terminent avec Brooklyn, un jeune groupe poussant une power-pop convenue et surtout bien sage après les guitares crasses du Jon Spencer Blues Explosion.

En début de soirée, alors que la croix lumineuse du duo Justice tient encore la foule en haleine, la nouvelle tombe à l’autre bout du Parc sur les écrans de la grande scène : "Le concert d’Amy Winehouse est annulé". La déception est de taille pour les 25 000 personnes présentes. Les organisateurs ont, depuis, annoncé poursuivre l’artiste britannique en justice et dévoiler les modalités d’un éventuel remboursement sur le site internet du festival.