Le nouveau tour de Thomas Fersen

Après la nourriture et les fous, Thomas Fersen se penche sur un nouveau thème pour son septième album : la valise ! En s’inspirant de cet objet usuel, quasi anodin, le chanteur nous trace une saga de grandes chansons, à la fois drôles, décalées et émouvantes. Réalisé de bric et de broc à l’aide de ukulélé et de pedal steel, Trois petits tours propose une folk ébouriffante aux accents reggae, country ou polynésien. La boîte à malice de Fersen n’en finit pas de séduire.

Une ode aux valises !

Après la nourriture et les fous, Thomas Fersen se penche sur un nouveau thème pour son septième album : la valise ! En s’inspirant de cet objet usuel, quasi anodin, le chanteur nous trace une saga de grandes chansons, à la fois drôles, décalées et émouvantes. Réalisé de bric et de broc à l’aide de ukulélé et de pedal steel, Trois petits tours propose une folk ébouriffante aux accents reggae, country ou polynésien. La boîte à malice de Fersen n’en finit pas de séduire.

RFI Musique : Comment avez-vous connu Fred Fortin, le multi-instrumentiste québécois qui a réalisé Trois petits tours ?
Thomas Fersen : Je l’ai découvert sur ses premiers albums personnels qui sont très folk. Dès qu’on me les a fait écouter, j’ai reconnu quelqu’un de ma famille musicale. Ça ne m’est pas arrivé souvent ! Je l’ai rencontré lorsqu’il est venu jouer en France au printemps 2007 avec le groupe Galaxie. Puis je l’ai revu au mois d’août, je lui ai alors demandé s’il voulait bien faire les arrangements et la réalisation de mon disque, dans l’esprit de ses premiers enregistrements.

Ça vient de qui cette orchestration très atypique de l’album, de vous ou de lui?
C’est Fred Fortin, complètement. Je lui ai amené mes chansons au ukulélé, très simples, très dépouillées. Il avait carte blanche pour les arrangements. Quand on le voit lui et son équipe au travail, c’est un spectacle permanent. Ils sont tout le temps en train de chercher quelque chose d’amusant à faire. On dit toujours ça sur les albums studio, ça ressemble à un poncif mais ils font des trucs étonnants, comme mettre une couverture sur une batterie, scotcher un piano ou jouer avec un sac de chaussures de ski rempli de balles ... Et jouer en place avec un sac, ce n’est pas évident !

Plus les albums passent et plus vos pochettes deviennent décalées.
C’est vrai, il y a une surenchère avec Jean-Baptiste Mondino (le photographe, ndlr). Pour que le plaisir soit renouvelé, il faut mettre plus de moutarde sinon la langue s’habitue ! Il m’avait dit à une époque qu’il me verrait bien avec une robe. Là, je le lui ai rappelé. Parce que me déguiser, j’ai toujours aimé ça. Ma mère me cousait des déguisements quand j’étais enfant. Elle a peut être éveillé ce goût là. Et puis, avec la fumée, les serpentins et les ballons, il y a aussi un côté prestidigitateur. A la limite, on pourrait imaginer un lapin à l’intérieur du chapeau haut-de-forme. Ce côté magicien, le type qui vient faire son petit numéro d’illusions avec ses artifices et qui disparaît, c’est ça aussi Trois petits tours.

Sur cette pochette, on voit aussi une valise, c’est celle qui s’appelle Germaine ?
Non, celle qu’on voit appartenait à une grande tante qui n’est plus de ce monde depuis très longtemps mais qui a en partie élevé mon papa. Donc ça me faisait plaisir que cet objet apparaisse sur une pochette de disque. C’est encore une fois une façon de raconter le folklore familial. Mais Germaine, c’est une autre valise que mon père a sortie d’un placard quand j’ai commencé à tourner en 1993. J’avais besoin d’un rangement pour mettre mon costume. Lui qui travaillait dans une banque avait ce genre de valise de fonctionnaire. Je l’ai transportée partout. Elle a acquis une personnalité avec le temps. Germaine, c’est la première chanson que j’ai écrite et en l’écrivant, d’autres idées sont venues, puis d’autres. Ce n’était plus une chanson, c’était plusieurs. Il fallait les séparer, les ranger selon leur ton et finalement, elles ont constitué les deux tiers du disque. C’est souvent comme ça chez moi. Il y a un thème qui s’est imposé pendant deux ans et qui est devenu central. Pour Le Pavillon des fous, c’était les fous, pour Pièce montée des grands jours, c’était la nourriture. C’est de plus en plus comme ça. A travers la valise, je raconte plein de choses : mon fétichisme, la vie solitaire, le contact avec le douanier…

Ça a l’air d’être un traumatisme pour vous le passage des douanes ?
C’est quand même un moment de déshumanisation assez fort. C’est violent. On n’est pas bien, on sert un peu les fesses. Quand ma valise passe le portique et qu’on voit à travers qu’il y a un instrument de musique. Elle est systématiquement ouverte et il faut que j’explique ce que c’est. Ce n’est pas méchant non plus mais c’est pour ça que j’ai écrit cette chanson Ukulélé. Je raconte des voyages, mais vus de l’intérieur. Je ne parle ni des paysages ni des destinations. C’est aussi une façon de parler de soi.

Elle a fini comment Germaine, explosée comme dans la chanson ?
Elle n’a pas terminé avec autant de panache ! La fermeture Eclair a cassé l’année dernière. Cette chanson va être une épitaphe. Elle a fini son voyage. Je l’ai gardée mais elle ne ressemble plus à rien. Elle fait même un peu honte maintenant. Comme quoi, elle a une personnalité !

Dans Maharajah, un recueil du dessinateur Joann Sfar, vous décrivez votre métier comme : rester couché toute la journée à lire des bouquins et parfois écrire quelques chansons. Ça donne envie !
Mon métier d’interprète me sort de mon plumard et m’oblige à aller me confronter au monde, mais la vie d’auteur-compositeur, c’est celle d’un reclus. Ce n’est pas désagréable mais dangereux car, en s’isolant du monde, on ne sait plus écrire de chansons. C’est pour ça que le métier d’interprète, même s’il me prend tout mon temps, me fruste suffisamment pour me donner envie de faire de nouvelles chansons. Ça me pousse à raconter autre chose. Tout ça est inconfortable mais c’est comme cela que ça se fait.

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Thomas Fersen Trois petits tours (Tôt ou tard / Warner) 2008
En tournée en France à partir du 7 novembre 2008, avec cinq concerts aux Folies Bergère, à Paris, du 24 au 28 novembre.