Roch Voisine, version country

Trois ans après Sauf si l’amour, Roch Voisine signe son retour avec Americana. Un album dédié au son de Nashville. Au menu, des reprises de classiques indémodables chantés en anglais dans un écrin boisé de guitares country-folk-rock : de I’ll Always Love You, en passant par City Of New Orleans, Suspicious Mind, Crazy ou Always on my mind. Interview…

En route vers Nashville

Trois ans après Sauf si l’amour, Roch Voisine signe son retour avec Americana. Un album dédié au son de Nashville. Au menu, des reprises de classiques indémodables chantés en anglais dans un écrin boisé de guitares country-folk-rock : de I’ll Always Love You, en passant par City Of New Orleans, Suspicious Mind, Crazy ou Always on my mind. Interview…

RFI Musique : Avec ce nouvel album, vous vouliez rendre un hommage au son de Nashville et au courant musical baptisé "Americana" ?
Roch Voisine : Oui. Tout part de là. Cette musique m’a inspiré, donné envie de faire ce métier, d'écrire des chansons et de les chanter avec une simple guitare. Avec l’"Americana", ce mélange de folk, de blues et de country, de bluegrass, je me sens comme un poisson dans l’eau, elle est ma passion depuis mon plus jeune âge. Toutes ces sonorités de guitares, on les a entendues par petites touches dans mes albums précédents, même dans mes disques en langue française. J’ai voulu partager pleinement cet amour avec mes fans en France et je l’espère, au-delà.

Comment s’est effectué le choix des reprises ?
Il fut très difficile. J’aurais pu en sélectionner cent cinquante ou deux cents au minimum. Je pourrais d’ailleurs faire plusieurs volumes dédiés à cette musique. Là, j’ai choisi les grands classiques incontournables pour intéresser le public français pas forcément fan de musique folk ou country.  Même s’il me semble que les Français s’intéressent de plus en plus à ces musiques : les festivals se multiplient, on peut en entendre sur les albums de Francis Cabrel.

Vous reprenez notamment deux grands classiques : City of New Orleans écrit par Willie Nelson et Je t’appartiens, devenue Let It Be Me, de Gilbert Bécaud et Pierre Delanoë…
Je voulais trouver un moyen d’intéresser le public français à ce projet. Je voulais trouver un lien commun, une identification. Beaucoup de standards "Americana" ont été adaptés en français. C’est le cas de Ode To BillyJoe devenu La Marie-Jeanne avec la version de Joe Dassin. Idem pour City of New Orleans, écrite par Willie Nelson et popularisée, là encore par Joe Dassin sous le titre Salut les amoureux ! A l’inverse, Let it be me est une chanson française adaptée en anglais…

A une époque, l’adaptation de chansons françaises par les Anglo-saxons était courante. Aujourd’hui c’est beaucoup moins le cas. Votre explication ?
Je ne sais pas si les chanteurs français sont moins bons. C’est une question de business, avant tout. Les années 50-60, aux USA, c’était l’époque des grandes mélodies, les compositeurs italiens ou français avaient la cote. Aujourd’hui, c’est autre chose : les rythmes, les séquences, le travail sur la sonorité et sa texture dominent. La musique américaine, la pop comme la variété, a été complètement influencée par la soul et le hip hop. C’est aussi bien, mais c’est autre chose.

Il n’est pas trop difficile de chanter autant de classiques déjà interprétés mille fois ?
Au début oui, froidement, comme ça, on se pose beaucoup de questions, surtout quand on écoute la version originale. Il faut trouver un juste milieu, des arrangements, des tonalités qui ne s’éloignent pas trop de l’original et qui nous conviennent. Il faut mettre son grain de sel sans la dénaturer. C’est un vrai travail, et je pense, que justement, il ne faut pas trop se poser de questions.

Enregistrer à Nashville, c’est un passage obligé ?
C’est indispensable, pour le son, les musiciens, l’atmosphère, la chaleur... Il existe des endroits comme ça, incontournables comme Chicago pour le blues ou New York pour le jazz. A Nashville, rien ne sonne comme ailleurs. C’est la Mecque de la musique country, tous les grands noms de la country possèdent une maison à Nashville. Même le chanteur des White Stripes habite là-bas. A Nashville, on trouve toutes les grandes stations de télé et de radio, les grands studios, les meilleurs musiciens. Et puis quand j’enregistre à Nashville, je fais un peu voyager les gens. C’est une grande ville avec des buildings, contrairement au cliché de la petite bourgade cernée par les champs et les cactus, ce n’est pas tout à fait ça…

Dolly Parton disait : "la country ce sont des chansons ordinaires, chantées par des gens ordinaires mais de façon extraordinaire"…
C’est une bonne définition. Toutes ces chansons parlent aussi de l’Amérique, de son histoire, de ses habitants. Ode To Billy Joe est une chanson très dure sur le suicide, qui avait fait polémique à l’époque. Elle raconte comment on peut parler à table de choses très graves mais de façon très banale, du genre : "Oui elle s’est jetée du pont, passe moi les pommes de terre". Quant à City of New Orleans, elle décrit le manque de réseaux ferrés dans le centre des Etats-Unis, un thème qui touchait de près les habitants des zones rurales. C’est la raison pour laquelle ce style de musique souvent ringardisé, connaît un regain d’intérêt. Ces chansons parlent de choses vraies, et le public a besoin d’être rassuré, vu le contexte économique, social, politique, international.

Sur la reprise de Lay Lady Lay de Bob Dylan, votre voix surprend. Beaucoup plus basse, grave et retenue…
Quelque part, il faut se coller au personnage.  Heureusement à l’époque, sa voix était nettement moins nasillarde. Evidemment, Dylan chante comme Dylan et personne ne peut chanter comme Dylan…  Mais c’est ma voix.  En France, on me connait avec une voix haute, mais tout ce que je vous présente, en francophone, ce n’est pas 100% de ce que je peux donner, il suffit de venir me voir en concert.

Le français limite-t-il votre palette vocale ?
La langue française ne se chante pas comme l’anglais. Elle est très différente avec les consonnes, les accents ouverts ou fermés. Le mot limite n’est pas très joli, mais il y a une adaptation à faire, certains ont eu des mots très durs pour le français. Francis Cabrel a souvent dit que le français n'était pas une belle langue à chanter. Moi je n’oserais jamais dire un truc comme ça ! Des styles de musiques passent mieux en anglais qu’en français, et inversement.  Personnellement, j’écris plus facilement en anglais, mais j’ai écrit des chansons en anglais que je préfère interpréter en français.

Malgré votre amour pour cette musique, vous avez connu le succès dans le registre variété-pop grand public. Vous ne vous voyez pas en "poor lonesome songwritter" ?
Oui, en quelque sorte. A mes débuts, je me suis retrouvé devant une route à deux voies : travailler dur pendant vingt ans et peut-être rencontrer le succès… Ou bien ouvrir une autre porte plus facile. Moi je ne voulais pas nécessairement attendre si longtemps, j’écrivais déjà mes chansons, je préférais aller un peu plus vite. Et finalement, c’est allé très, très vite. Bien sûr, c’est une autre carrière, avec une prépondérance de l’image, un phénomène de mode, d’identification de masse, tout le monde aime ça en même temps. Mais je ne regrette rien, c’est juste merveilleux et extraordinaire.

 Ecoutez un extrait de

Roch Voisine Americana (Sony/BMG) 2008