Les accidents de parcours d’Alex Beaupain

César de la meilleure musique pour Les Chansons d'amour, un film de Christophe Honoré, un album personnel et une tournée à suivre : l’année 2008 aura décidément souri au mélancolique Alex Beaupain. A l’occasion de la sortie de 33 Tours, son nouveau disque, le chanteur revient pour RFI Musique sur les moments clés de sa vocation - son amitié avec Christophe Honoré, l’expérience du deuil – et brise, au passage, quelques idées reçues. Portrait.

Naissance d’un chanteur atypique

César de la meilleure musique pour Les Chansons d'amour, un film de Christophe Honoré, un album personnel et une tournée à suivre : l’année 2008 aura décidément souri au mélancolique Alex Beaupain. A l’occasion de la sortie de 33 Tours, son nouveau disque, le chanteur revient pour RFI Musique sur les moments clés de sa vocation - son amitié avec Christophe Honoré, l’expérience du deuil – et brise, au passage, quelques idées reçues. Portrait.

Le phrasé un brin maniéré, Alex Beaupain a cet air un peu aristocratique que l’on prête volontiers aux enfants de la rive gauche. On pourrait songer à son acteur fétiche, ami et interprète Louis Garrel, fils du réalisateur Philippe Garrel. On l’imagine, forcément, issu du sérail comme lui… L’entretien ne fait que débuter et, déjà, première surprise : ce garçon de 33 ans adoubé aux Césars par la grande famille du cinéma n’a pas grandi dans le quartier latin mais à Besançon, dans une famille de la classe moyenne.

Père cheminot et mère institutrice, rien ne destinait donc le jeune homme à un tel futur. Soucieux de rassurer ses parents, mais décidé à fuir sa ville natale, Alex Beaupain s’installe avec sa petite amie à Paris, fait Science-Po par défaut ("les seules études qui n’existaient pas à Besançon") et poursuit jusqu’à l’obtention de son diplôme. La vocation de chanteur est pourtant là, secrètement enfouie. "Je savais depuis longtemps que je voulais être chanteur. Mais j’avais honte des chansons que j’écrivais à l’époque. Et dans mon milieu, envisager une carrière dans la chanson semblait impossible. Je pouvais concevoir l’enseignement, la recherche, mais pas ‘ça’".

Dans la douleur

Le premier déclic viendra de Christophe Honoré, ami intime depuis ses 17 ans et sorte de modèle pour l’ex-étudiant de 23 ans. "Lui aussi débarquait de sa province, et ne venait pas d’un milieu très privilégié. Mais il ne doutait pas, commençait à publier ses premiers livres, courts-métrages. En voyant quelqu’un d’aussi proche oser prendre les devants, je me suis dit : pourquoi pas moi ?". Alex se met à écrire pendant trois ans, "en dilettante", entre deux petits boulots de vendeur de vêtements. "Mes chansons n’étaient pas formidables, j’étais un gentil branleur en quelque sorte."

La révélation de sa vocation survient à l’occasion d’une tragédie, largement évoquée dans les Chansons d’amour. Agé de 26 ans, Alex perd brutalement sa petite amie.Une expérience du deuil qu’il vit presque finalement comme une seconde naissance. "C’est le moment où je me suis beaucoup plus impliqué dans ma carrière de chanteur. J’ai commencé à écrire des chansons que je trouvais importantes, je n’étais pas très volontaire avant, je le suis devenu. C’est terrible à dire, mais cette perte m’a permis, quelque part, de rebondir."

Devenu réalisateur, son ami Christophe Honoré l’engage comme compositeur sur son premier court-métrage, Nous Deux en 2001, puis sur le téléfilm Tout contre Léo l’année suivante. "On est passé du bricolage au professionnalisme", confie le chanteur. Dès lors, l’ascension des deux hommes se fera en parallèle. Premier long-métrage du réalisateur et premier succès critique, 17 fois Cécile Cassard révèle également l’univers musical étrange d’Alex Beaupain, épaulé par le fidèle groupe électro-pop Lily Margot. Aucune rivalité en vue, l’échange est constant, "loyal" : le réalisateur s’inspire du premier album du chanteur, Garçon d’honneur (2005) pour écrire son scénario. Le chanteur, lui, obtient sa première grande récompense, le César de la meilleure musique de film pour Les Chansons d’amour "alors que Christophe n’était même pas nominé", sourit-il.

L’album du renouveau

Au cinéma ou sur disque, les chansons d’amour écorchées et autobiographiques d’Alex Beaupain font rapidement de lui le porte-drapeau d’un romantisme désenchanté, nourri du légendaire spleen parisien. L’image, aujourd’hui, le gêne. "Je suis un peu tombé dans le travers des chanteurs français sur mon premier album, cette forme de niaiserie qui consiste à s’apitoyer sur ses tourments de garçon sensible".

Produit par le très inventif Frédéric Lo (Daniel Darc, Etienne Daho), 33 Tours se veut l’album de la rupture, plus rock, plus varié et souvent plus ludique. "Depuis les Chansons d’amour, je ne doute plus d’intéresser les gens à mes textes introspectifs. Je voudrais les amener maintenant vers plus de musicalité." Une tournée se prépare, avant que la carrière solo de ce chanteur atypique ne soit une nouvelle fois mise entre parenthèses… pour le prochain film de Christophe Honoré.

 Ecoutez un extrait de

Alex Beaupain 33 Tours (Naïve) 2008
En tournée dans toute la France jusqu’en avril 2009…