Cocoon, néo-folk à la française

Malgré son nom, Cocoon, le duo formé par Morgane Imbeaud et Mark Daumail, tissant d'élégantes mélodies acoustiques et de sublimes harmonies folk/pop ne semble pas destiné à rester dans son coin. Découverte du Printemps de Bourges et gagnant du prix CQFD décerné par les Inrockuptibles, auteur d'un premier album My Friends All Died in a Plane Crash (12 titres chantés exclusivement en anglais), le duo débute une tournée française avec une date à Paris le 25 octobre à la Cigale. Rencontre.  

En concert à Paris

Malgré son nom, Cocoon, le duo formé par Morgane Imbeaud et Mark Daumail, tissant d'élégantes mélodies acoustiques et de sublimes harmonies folk/pop ne semble pas destiné à rester dans son coin. Découverte du Printemps de Bourges et gagnant du prix CQFD décerné par les Inrockuptibles, auteur d'un premier album My Friends All Died in a Plane Crash (12 titres chantés exclusivement en anglais), le duo débute une tournée française avec une date à Paris le 25 octobre à la Cigale. Rencontre.  

RFI Musique : Comment vous êtes vous rencontrés ?Morgane : On s'est rencontrés il y a trois ans. En octobre 2005, Mark avait commencé à faire des maquettes - déjà sous le nom de Cocoon - et il avait mis ses chansons sur internet avec une annonce comme quoi il cherchait une chanteuse. J'ai simplement répondu présente. Et voilà l'histoire d'amour a commencé à ce moment-là…Mark : J'ai rencontré plusieurs filles grâce à l'annonce. Je cherchais vraiment un duo fille/garçon avec cette formule piano/guitare/voix. Je voulais absolument que le duo soit axé sur le mariage des voix. Ce qui a fonctionné entre nous, c'est le mariage entre nos deux voix qui était plus fort qu'avec d'autres filles que j'avais testées pendant mon casting. A mon avis, c'est la clé de Cocoon. Nos deux voix sont très complémentaires au niveau du grain, des fréquences et de la sensibilité…Dans ce que j'ai écouté - à part peut-être Simon et Garfunkel – je n'ai jamais entendu deux voix aussi faites pour être ensemble !

Quelles sont vos influences musicales ? Votre album rappelle beaucoup des artistes américains néo-folk tels Sufjan Stevens, Elvis Perkins…Mark : Depuis mon adolescence, j'écoute beaucoup, beaucoup de folk. A une période, j'ai même fait une espèce de travail d'archéologue en remontant de 2008 à 1920/1930 aux racines de la folk irlandaise. Ensuite, j'ai fouillé dans le blues et tout ce mouvement qui a donné la musique folklorique américaine. Notre inspiration s'étend des vieux groupes comme Pentangle et Fairport Convention jusqu'au nouveau folk du début des années 2000, des artistes comme Cocorosie, Devendra Banhart, Sufjan Stevens… On a adoré l'album d'Elvis Perkins l'année dernière et cette année, on adore Bon Iver, Fleet Foxes, des choses comme ça… Mais nos influences ne sont pas seulement musicales, elles sont aussi cinématographiques - Jim Jarmusch, Sofia Coppola, Abel Ferrara - et littéraires - Jack London, Conrad. C'est peut-être pour ça qu'on chante en anglais d'ailleurs.

Justement, pourquoi ce parti pris d'enregistrer un album exclusivement en anglais. Il y a un vrai débat linguistique en ce moment, certains critiques français prétendant qu'il y a trop d'artistes français qui chantent en anglais…Morgane : On ne s'est jamais posé la question s'il fallait chanter dans une langue ou dans une autre. C'est venu tout naturellement. On a un véritable amour de cette langue, de la culture anglo-saxonne…Mark : C'est vrai que ce débat-là fait fureur en ce moment. Il y a toujours les "Ayatollahs" de la chanson française qui sont là. Mais moi, je préfère dix fois écouter un Moriarty qu'un Christophe Maé ou un Christophe Willem. Ceci dit, il y a un public pour chacun. Des artistes français qui chantent en anglais, ce n'est pas nouveau. On peut remonter aux Thugs jusqu'à Syd Matters qui était un des premiers il y a huit ans. Lui, il n'avait pas de chance parce que les gens ne voulaient pas passer ces chansons en radio. Tandis que nous, notre chance, c'est qu'aujourd'hui, ces mêmes radios sont moins frileuses. D'accord, les quotas* sont toujours là, mais on arrive enfin à rivaliser avec les Anglo-Saxons et parfois peut-être passer avant eux. Cette année, notre chanson On My Way a été l'une des plus jouées sur les radios françaises. Maintenant, il y a aussi un certain effet de mode. Aaron a marché, Yaël Naim a marché. Du coup les maisons de disques cherchent leur propre Yaël, leur propre Cocoon.

Vous avez réussi à faire un album entier an anglais… Mark : C'était très dur de le maîtriser du début à la fin. Pour l'écriture, j'arrive à me mettre dans une situation proche du yoga, dans un état de concentration tel que j'arrive à penser en anglais, à penser comme un Anglo-Saxon. J'ai même parfois des expressions qui viennent dans ma tête qui n'ont rien à voir avec le français, comme "to be under the weather." C'est assez dingue !… J'ai vécu un an à Londres pour des études mais à part ça, je n'ai pas passé beaucoup de temps dans les pays anglo-saxons. Là, il y a eu des gens qui m'ont dit que certaines des chansons de Cocoon leur évoquent le Midwest américain. Je pense que justement si on avait été là-bas, nos chansons seraient forcément moins jolies, parce qu'on aurait vu ce qu'est vraiment le Midwest. Là, c'est du pur fantasme. En fait, j'ai peur d'aller aux Etats-Unis, j'ai peur de perdre mon mythe d'enfance des grandes plaines, des cabanes en bois au milieu des forêts enneigées… Moi, mon rêve c'est de faire comme le mec dans Into The Wild** et partir faire un album en tuant les chevreuils pour manger…

Il y a un certain décalage entre le titre de votre premier album, assez noir et morbide, et la musique de Cocoon qui est plutôt lumineuse… Mark : J'avais écrit une chanson qui s'appelle Take Off (le titre qui ouvre l'album) ou il y a cette ligne qui m'est venue "All my friends died in a plane crash" ("tous mes copains sont morts dans un accident d'avion"). En fait, je venais de perdre beaucoup de gens très proches qui sont décédés ou partis. C'était tellement soudain, tellement violent que pour moi, cette image d'accident d'avion résume bien le sentiment que j'avais à ce moment-là. Cette perte a engendré une volonté de faire un deuil et de l'exprimer à travers onze autres chansons sur l'album. Le contraste entre la perte de ces gens chers et la perte de l'enfance, rentrer dans l'âge adulte d'une façon tellement violente, on était obligé de faire un album pour que ça se passe bien. 

* quotas de chansons francophones à la radio française : selon la loi du 30 septembre 1986, les stations de radio sont tenues de diffuser une certaine proportion de chansons francophones.** Into the Wild, film de Sean Penn, adaptation de l'histoire vraie de Christopher McCandless, un jeune américain idéaliste qui va chercher le bonheur en Alaska.

 Ecoutez un extrait de

My Friends All Died In a Plane Crash (Sober & Gentle/Discographie) 2007En concert à Paris le 25 octobre à la Cigale, e 18 novembre et 12 janvier 2009 à l'Olympia (Paris).