Femi Kuti toujours vivant

Femi Kuti, porte-voix de l’afro-beat, l’intense musique en fusion inventée par son illustre père défunt Fela Kuti, présente son cinquième album intitulé Day By day. Un disque excitant et original. Rencontre.

Musicien et guerrier

Femi Kuti, porte-voix de l’afro-beat, l’intense musique en fusion inventée par son illustre père défunt Fela Kuti, présente son cinquième album intitulé Day By day. Un disque excitant et original. Rencontre.

Enregistré à Paris, et réalisé par Sodi, producteur français (Négresses Vertes, IAM, Têtes Raides, Fela…) fidèle à Femi depuis son album Shoki Shoki (1998), Day By Day propose une musique infernale porteuse de mots à la rage rebelle, des cuivres en folie et une voix agitée d’orages. On y entend également du swing, de la douceur et des invités dont la présence participe à l’originalité du projet : Seb Martel (guitare), Patrick Goraguer (clavier), les chanteuses Camille et Julia Sarr, Keziah Jones.


RFI Musique : Toujours en colère, Femi ?
Femi Kuti :
Tout ce que j’ai dénoncé et prédit il y a 10 ans, à l’époque de mon disque Shoki Shoki, a empiré. Obasanjo [président du Nigéria jusqu’en 2007] a détruit le pays. Il n’y a pas de démocratie en Afrique. Quant à l’Europe et aux Etats-Unis, ils étaient hypocrites lorsqu’ils promettaient d’investir sur le continent africain, pour aider au développement. Les combats à mener aujourd’hui sont les mêmes qu’hier.

Que dénoncez-vous dans Day By Day, la chanson-titre de l’album ?
Je dis ce que tous les gens de la terre expriment. Jour après jour, ils luttent pour travailler, sortir du désespoir et de la misère. Jour après jour, ils espèrent la paix.

Voyez-vous, quelque part sur le continent, un homme providentiel qui pourrait inverser le cours des choses, être donné comme un exemple ?
Il faut se rendre à l’évidence, il n’y a aucun visionnaire, parmi les gens au pouvoir qui a l’inspiration pour lutter contre la corruption, amener plus de justice.

Une solution pour l’avenir ?
Quand l’homme africain pourra s’asseoir à l’ONU comme un seul peuple, alors là, le cours des choses pourra commencer à changer.

Vos idées panafricanistes étaient aussi celles de Fela, votre père, dont vous citez le nom dans Do You know, un des titres de l’album…
Je suis conscient de tout ce que je lui dois et suis fier de parler de lui. C’est grâce à sa musique que je connais certaines choses et c’est grâce à la musique que mon fils aura encore un plus grand savoir. La musique est bien l’arme du futur, comme le disait Fela. L’histoire entre un père et son fils est toujours très importante, surtout en Afrique.  Quand Fela est mort, la presse au Nigeria a commencé à m’attaquer. Ils disaient que je ne lui ressemblais pas, que ma mère, une métisse anglaise, était blanche, donc que je n étais pas légitimé à être son héritier… La presse nigériane a constamment été agressive avec moi. Cette presse qui a tenté de créer une polémique entre mon frère Seun et moi, a aussi écrit que Fela jouait du piano, de la trompette et pas moi. Ils critiquaient mes capacités de musicien. En se focalisant sur ce point, cela leur permettait de nier mon côté politique.


Quelle a été votre réponse à leurs attaques sur vos "limites" en tant qu'instrumentiste ?
Je suis passé à d’autres instruments, et cela du coup, leur a laissé moins d’espace pour me critiquer. Mais bon, le but, l’envie première étaient d’abord de me diversifier pour exprimer tout l’énergie musicale que j’avais en moi. Le sax étant acquis, je devais aller plus loin. C’était un nouveau challenge aussi, car apprendre un instrument est plus facile quand on est jeune, ce qui n’est plus tout à fait mon cas [Femi a 46 ans].

Day by Day est semé d’éléments musicaux et mélodiques qui s’éloignent de l’afro-beat. Pourquoi ces inserts hors-cadre et ces digressions ?
Jouer de l’afro-beat traditionnel, je l’ai déjà beaucoup fait. J’ai conduit le groupe de Fela, notamment, quand il était emprisonné. J’ai envie d’aller plus loin, de creuser, de pousser les frontières de cette musique. L’afro-beat que je joue se nourrit de toutes les influences dont je me suis imprégné au fil de mes voyages.

Votre fils intervient sur l’album. La transmission est en marche, comme elle l’a été de Fela à votre frère et vous ?
Je l’espère. Mais il fera ce qu’il veut. Il a, c’est certain, la musique en lui. Je suis musicien, et comme n’importe quel père, je lui ai transmis tout ce que je sais. Donc il joue du saxophone, du piano, de la trompette, des percussions. Il se rend compte aussi de ce qui ne va pas dans le monde. Il a une conscience politique, déjà. Peut-être qu’il a acquis tout cela trop jeune, c’est un peu ma crainte. Il a aussi besoin d’être un enfant (il a 13 ans). Il faut lui laisser le temps de grandir. Mon seul souhait est qu’il soit heureux.

 Ecoutez un extrait de

Femi Kuti Day By Day (Label Maison / Pias) 2008.
>Femi en concert le 12 novembre à Paris au Bataclan, le 13 à Lyon au Transbordeur, le 16 à Toulouse au Bikini, le 18 à Dijon à La Vapeur, le 19 à Florange à la Passerelle, le 21 à Nice au Théâtre Lino Ventura, le 22 à Marseille à l'Espace Julien.