Panorama world 2008

Cette année encore, les musiques d’Afrique, des Caraïbes et de l’Océan indien ont su faire avantageusement parler d’elles. Retour partiel et subjectif sur un agenda bien rempli au fil des mois par du plaisir musical en abondance, malgré quelques sujets de tristesse.

De Belo à Wasis Diop

Cette année encore, les musiques d’Afrique, des Caraïbes et de l’Océan indien ont su faire avantageusement parler d’elles. Retour partiel et subjectif sur un agenda bien rempli au fil des mois par du plaisir musical en abondance, malgré quelques sujets de tristesse.

Crise, guerres et remous divers ont beau faire, il restera toujours de belles musiques pour tenir le coup, envers et contre tout. Notamment celles qui font voyager, inventent des microclimats, suggèrent des promesses de dépaysement, toutes ces musiques dites "du monde". Dans le climat de catastrophisme ambiant, côté ventes de disques, la world résiste plutôt bien. D’après les derniers chiffres publiés par l’Observatoire de la Musique, au troisième trimestre, les ventes de ce secteur ont baissé de 3,3 %, contre 10% pour la variété internationale, 19,2 pour le jazz et le blues, 21,5 % pour le classique.

Le premier trimestre a été marqué par le retour au disque de l’

, avec Alik (Soudani / Wagram). Un retour réussi pour le réjouissant collectif franco-maghrébin dont le troisième album se faisait attendre depuis Poulina, paru en 1999. Une pépite pour les oreilles, le cœur et l’âme a surgi dans l’hiver finissant, The Mandé Variations (World Circuit-Harmonia Mundi), l’envol magnifique en solitaire de

, le grand maître malien de la kora.

Côté surprises et découvertes, on retiendra en début d’année le Burkinabé

, révélé par ici à 45 ans avec son premier album (chez Makasound), après 30 ans de carrière en Afrique. Egalement nouveau, le groupe toulousain Le Tigre des Platanes, "relecteur" futé de la musique éthiopienne, qui s’est associé à la chanteuse azmari Eténèsh Wassié pour enregistrer Zèraf (EthioSonic-Buda Musique).

L’ouverture du second trimestre est marquée par la remise en question d’un fameux dicton. On avait toutes les raisons de se découvrir en avril pour danser jusqu’à ce que sueur s’ensuive avec le premier album de

, guerrier de l’afro-beat, qui a repris avec panache le flambeau de son illustre papa Fela (Many Things, chez Tôt ou tard).

Le printemps renaissant a amené avec lui les albums de

, Prix Découvertes RFI en 2007 (album chez Marabi), de la voix des Comores Nawal (Aman, distribué par Dom). Des notes cristallines sculptant le silence, une musique limpide et envoûtante offrant l’hospitalité au rêve, c’est ce qu’offre avec ses cordes (oud, kora et valiha) le trio

de Driss El Maloumi, Ballaké Sissoko et Rajery (album paru chez Contrejour-Harmonia Mundi).

L’élégant gentleman sénégalais

, qui était revenu dans le paysage l’année dernière en assurant la direction artistique et musicale d’un opéra africain (Bintou Wéré, présenté au Théâtre du Châtelet, à Paris) propose un nouvel album tressé d’une mélancolie raffinée.  Musique sobre et délicate, voix chaleureusement enveloppante (Judu Bék / ThinkZik ! / Pias).

Autre écho chantant de la diaspora musicale sénégalaise,

, groupe pionnier de la vague africaine des années 1980, vient en mai rappeler qu’il n’a pas dit son dernier mot (Santhiaba, album bien troussé, chez Wagram). Ce même mois sort le disque de Larbi Dida (chez S Records / EMI Music), l’une des grandes voix arabes de Paris, qui s’est révélée au sein de l’ONB.

Et puis enfin, il y a le nouveau pari stylistique de

qui amène la musique malienne vers des inventions captivantes (Tchamantché, Universal Jazz).

Juste avant le bel été, voici l’Haïtien

, Prix Découvertes de RFI en 2006 (Référence, Aztec Musique) et   Mario Lucio, épatant créateur de musique du Cap-Vert, une musique qui a des racines et des ailes (Badyo, Lusafrica / Sony BMG).

La saison d’été apporte son cortège de festivals, de moments de belle aisance, où la musique se joue et s’écoute à l’air libre. Pas pour tout le monde. Konono n°1, que Björk a invité sur son nouvel album, le groupe congolais le plus en vue de l’époque, nominé aux Grammy Awards 2008, se voit interdit de tourner en Europe pour cause de refus de visas.

En septembre paraissent les albums de la chanteuse et joueuse de mbira du Zimbabwe Chiwoniso (chez Cumbacha), celui du Réunionnais

(Kabar, Up Music) et la nouvelle œuvre fédératrice du guerrier moderne mandingue

(Sabaly, Universal Jazz).

Outre par la voix de Sicard, l’Océan Indien fait également entendre son chant grâce au Comorien

(Yelela, Marabi / Harmonia Mundi). Des musiciens aventureux lancent des ponts entre l’Afrique et le jazz (Lansine Kouyaté et David Neerman, chez No Format,

chez Obliqsound, le Kora Jazz Trio, chez Rue Stendhal) ou l’Afrique et la musique électro (le joueur de kamalé n’goni Issa Bagayogo, avec le très réussi Mali Koura, sur Six Degrees).

Côté valeurs sûres (artistique ou marchande),

(Day by Day, Label maison / Pias), Bonga (Bairo, Lusafrica),

(Vérité d’Afrique, Lusafrica),

(Welcome To Mali) déboulent sur la même période, juste avant que l’hiver ne se croit tout permis question températures.  

Au delà de ces multiples propositions qui ont donné du goût musical à l’année, 2008 restera marqué par la disparition d’une icône du continent noir, d’une voix forte et guerrière. Dans la nuit du 9 au 10 novembre,

, Mama Afrika, est décédée brutalement en Italie. La chanteuse y livrait encore un de ces combats qui ont donnaient du sens à sa vie. Elle chantait en soutien à l'écrivain italien Roberto Saviano, menacé de mort par la mafia.

 Le coup de cœur 2008 de Rokia Traoré

The Mande Variations de Toumani Diabaté
Au delà de sa virtuosité à la kora, Toumani fait preuve d'une grande intelligence musicale. A mon sens, elle lui permet de faire de sa connaissance de la culture ancestrale de griot joueur de kora un concept exploité de manière totalement moderne. Avec, en plus, cette sensation de l'absence de limites à cet instrument. Ce jeu unique de Toumani me donne l'impression d'une musique malienne, africaine, qui vient de loin mais est vivace, actuelle, en mouvement.