Birdy Nam Nam, la revanche des DJs

Les quatre DJs de Birdy Nam Nam ont évolué sur scène, prenant une direction nettement plus électronique. S’ils n’ont pas abandonné les platines, ils composent et jouent désormais en numérique. Leur second album, Manual For Successful Rioting, est à l’image de leurs concerts : un véritable ouragan sonore, qui balaye de nombreux genres et époques.

Deuxième album, Manual For Successful Rioting

Les quatre DJs de Birdy Nam Nam ont évolué sur scène, prenant une direction nettement plus électronique. S’ils n’ont pas abandonné les platines, ils composent et jouent désormais en numérique. Leur second album, Manual For Successful Rioting, est à l’image de leurs concerts : un véritable ouragan sonore, qui balaye de nombreux genres et époques.

Il y avait ce défi, un pari fait entre DJs : concevoir tout un album, armés seulement de vinyles et de platines. Pas d’autres instruments. L’un exécute une ligne de basse sur sa platine, l’autre "joue" du clavier avec son vinyle. Un peu une revanche aussi, celle de quatre garçons à l’origine pas vraiment portés sur la guitare ou la flûte à bec. "J'avais 0 en cours de musique." se souvient Crazy B. "Faire de la musique avec des platines, ce n’était pas vraiment un défi, mais la façon la plus évidente pour nous. Ceci dit, je crois que nous ne referons jamais plus un album comme cela." Ce premier opus, paru en 2005, leur demandera six mois de manipulations vinyliques, enfermés dans leur studio, à couper, redécouper, filtrer, scratcher, mettre en boucle tous leurs sons. Sans machine, à la main, à la façon d’artisans DJs.

Les défis, les quatre compères des Birdy Nam Nam aiment cela. À l’origine, ils participent tous à des compétitions de DJs. Le but : montrer sa dextérité et sa rapidité avec platine, vinyles et table de mixage. Des grands-messes pour les vrais fans de hip hop, à une époque (fin des années 90) où les chapelles musicales sont encore un peu enclavées. Dans ces compétitions, on scratchait allègrement le hip hop “préhistorique” (Afrika Bambaataa, Cybotron…), celui qui ne faisait pas encore de différences entre le rap et l’electro. Une influence qui transparaîtra dans leur second album. Les quatre potes ont écouté beaucoup de hip hop, mais aussi d’autres genres, notamment en remontant à l’origine de quelques samples, piqués à tel titre de jazz ou de soul. En équipe, les quatre compères prennent le sobriquet de Birdy Nam Nam, histoire de prendre le contre-pied de tous ces noms de DJs un peu prétentieux.

Un groupe en gestation

"Déjà, en compétition, en 2000, on scratchait des percus, ce qui sonnait comme une batucada brésilienne !" explique DJ Pone. "On trouvait cela original mais nous avions fini quatrièmes. Nous étions dégoutés…" s’amuse Crazy B. Cette versatilité sera l’une des marques de leur premier album, qui s’éloigne du seul hip hop.

"Nous étions encore dans l’esprit des DJs "turntablists", avec la volonté de se démarquer de la scratch music, mais nous n’avions pas encore fait de concerts, seulement des démonstrations comme DJs" explique Need. Le succès vient par la scène, Birdy Nam Nam remplit très vite des salles de concerts de plus de 1000 places et participe à de nombreux festivals comme le Sonar ou Rocksilde, soit début 2009 près de 200 représentations au compteur.

Et puis, une petite révolution technologique s’est produite avant que les quatre DJs ne débutent l’enregistrement de leur second album. Grâce à un logiciel et deux platines, les DJs peuvent désormais mixer des fichiers numériques avec le toucher du vinyle. Birdy Nam Nam passe donc au tout numérique, sur scène comme en studio, en 2007. DJ Pone : "Il y a peut-être moins à voir sur scène mais il y a plus à entendre, et c’est cela qui compte ! Nous avons la possibilité d’en faire musicalement dix fois plus. Mais nous n’abandonnerons pas les platines, c’est ce qui nous relie tous." Les spectateurs ont bien l’impression d’avoir en face d’eux un groupe, où chacun tient son rôle mais pas de guitare ou de batterie. Un petit mot d’explication est parfois nécessaire avant le début du concert.

Yuksek et Justice en renfort

Les adeptes de Crazy B au sein de Raggasonic, de Mike avec Jérémy Chatelain, ou de DJ Pone avec les Svinkels, pourront être surpris par le tournant électro pris par Birdy Nam Nam sur ce second album à la fois sombre et dévastateur. "Sur scène, cette évolution du son est évidente pour ceux qui ont suivi le groupe. Certaines personnes nous disaient avoir été déçues à l’écoute de notre premier album, après avoir vu notre live. Sur le second, nous avons retranscrit l’énergie de nos concerts" justifie Mike.

C’est le producteur rémois Yuksek, qui a assuré le mixage du disque, afin de survitaminer le son. Bumcello au violoncelle et percussions, Justice aux claviers ou encore Philippe Miró à la guitare, démontre que les Birdy Nam Nam sont passés à une autre étape musicale. Ils ne sont plus seulement DJs mais aussi un groupe à part entière et un groupe un peu à part.

 Ecoutez un extrait de

Birdy Nam Nam Manual For Successful Rioting (Jive-Epic/Sony Music) 2009.
En tournée en France et les 6 et 7 mai à l'Olympia à Paris.