Karim Kacel et son Reggiani

A bientôt cinquante ans, Karim Kacel revient sur le répertoire d’un interprète qui l’obsède depuis son adolescence, Serge Reggiani. Phénomène rare, un auteur-compositeur-interprète chante l’œuvre d’un chanteur qui n’a jamais écrit de chansons.

Un spectacle sur l'interprète de l'Italien

A bientôt cinquante ans, Karim Kacel revient sur le répertoire d’un interprète qui l’obsède depuis son adolescence, Serge Reggiani. Phénomène rare, un auteur-compositeur-interprète chante l’œuvre d’un chanteur qui n’a jamais écrit de chansons.

"C’est un projet que j’avais depuis mes seize ans. Je savais que je chanterais un spectacle sur Serge Reggiani. Mais bizarrement, je le repoussais en me disant que je le ferais quand je serais comme Moustaki – habillé de blanc avec les cheveux blancs et une grande barbe. C’était donc très loin. Quand mon producteur Philippe Maillard me l’a proposé, je lui ai dit : 'C’est drôle, je pensais faire un spectacle Reggiani quand je serais vieux.' Il m’a dit : 'Tu es vieux.' Karim Kacel éclate de rire. Il s’est installé pour presque un mois à Kiron Espace, salle du XIe arrondissement de Paris, amie de la chanson, avec une vingtaine de chansons de Serge Reggiani.

A cinquante ans et à peine plus d’un an après la création de son récital Bluesville, qui est une rétrospective de ses propres chansons, il plonge dans l’œuvre d’un artiste qui le fascinait peut-être plus que tout autre quand il a découvert la chanson. "J’ai presque honte quand les journalistes parlent de Brel ou de Brassens dans mon parcours. Bien sûr, je les ai écoutés, bien sûr, ils ont été importants, mais je mettais Reggiani au-dessus de tout. Je n’arrive pas à expliquer pourquoi – la voix, le timbre, l’interprétation, une façon de mettre les mots en avant et de servir les auteurs, une manière d’être présent à chaque chanson dans des choses qui me touchent."

La veine réaliste

Son concert n’est pas composé des grands tubes de Serge Reggiani, mais plutôt, dit-il, "des chansons que j’aurais voulu écrire. Parfois, quand je suis devant ma feuille blanche avec l’envie d’écrire sur un sujet, je me dis que ça a déjà été fait avec génie pour Reggiani par Jacques Datin, par Jean-Loup Dabadie, par Claude Lemesle..." Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour saisir combien la veine réaliste qu’aimait chanter Serge Reggiani a influencé Karim Kacel, auteur des légendaires Banlieue et P’tite Sœur à une époque où personne encore n’avait chanté le désarroi de ces cités peuplées de déracinés mal accueillis sur leur nouvelle terre.

Et, d’ailleurs, son interprétation joue d’une grande simplicité, se révèle moins tentée par le lyrisme et par l’emphase que chez son aîné qui fut, il est vrai, formé par des années de théâtre avant de se lancer dans la chanson. Kacel est même beaucoup plus dépouillé que dans les récitals de ses propres chansons. "J’ai voulu être le plus sobre possible parce que, pour la première fois de ma vie, je suis interprète, seulement interprète. Karim Kacel qui ne parle pas dans un spectacle, c’est très dur pour moi, je peux vous le dire ! A la quatrième chanson, seulement, je raconte une anecdote. Une seule !"

Entouré seulement de son pianiste Angelo Zurzolo et du contrebassiste Tony Ballester, il mène une singulière traversée de l’œuvre de Serge Reggiani. Que l’on n’attende pas une revue exhaustive des plus grands succès. Il ne chante que quatre chanson célèbres, Votre fille a vingt ans, Mensonges d’un père à son fils, L’Absence et, en dernier rappel, L’Italien. "Je chante mon Reggiani, avec les chansons que j’ai toujours chantées pour moi, chez moi, même si la plupart ne sont connues que des aficionados." Il exhume ainsi Chanson de Maglia, texte de Victor Hugo, mis en musique par Serge Gainsbourg, le bouleversant Arabe de Sylvain Lebel et Philippe Sarde, le non moins émouvant Promesses "la chanson très actuelle du mec qui dit qu’il n’est pas fini, que les choses vont changer, qu’il va repartir."

Histoires de tonalités

Toutes ces chansons de l’humaine condition broyée par la vie, toutes ces chansons de destinées malmenées, Karim Kacel les incarne sans mal. "Vocalement, la voix de Reggiani me va très bien. Beaucoup de tonalités n’ont pas bougé. Il y a un moment de sa vie où il est exactement dans ma tonalité, comme pour Mensonges d’un père à son fils. Et il y a d’autres chansons dont on a dû remonter la tonalité par ce qu’il était à la cave, comme pour Rue du Rêve. Mais il fallait faire attention : quand on chante dans la même tonalité que des chansons que l’on a écoutées des milliers de fois, on risque de se transformer en clone."

Après sa série de concerts à Paris, Karim Kacel partira en tournée avec "son" Reggiani – "au moins un an". Mais il continue aussi à se produire avec Bluesville en province quand on le lui demande, c'est-à-dire assez souvent pour lui faire des semaines plus que bien chargées, avec Reggiani à Paris et son autre spectacle ici ou là en province. Le disque ? Il se décidera dans les semaines qui viennent, faisant mine pour l’instant d’hésiter. Mais le travail de Zurzolo et Ballester fait un écrin généreux à ces chansons rares, que l’on a hâte de retrouver sur sa platine.

 Ecoutez un extrait de


 Ecoutez Karim Kacel invité de


 Ecoutez Karim Kacel invité de

Karim Kacel chante Reggiani, Kiron Espace, jusqu’au 7 février, tél. : 01 48 24 16 97.