Sinsemilia, au naturel

Intitulé En quête de sens, le sixième album de Sinsemilia reflète bien l’état d’esprit qui continue d’animer ce groupe français, auteur en 2005 du tube Tout le bonheur du monde. Tout en revenant par moments à un reggae académique qu’ils avaient cessé de pratiquer, les Grenoblois osent aussi s’aventurer sur des terrains musicaux qui leur étaient jusque-là inconnus. Rencontre avec Mike, l’un des chanteurs de cette formation réputée pour ses prestations scéniques.

En quête de sens et en toute liberté

Intitulé En quête de sens, le sixième album de Sinsemilia reflète bien l’état d’esprit qui continue d’animer ce groupe français, auteur en 2005 du tube Tout le bonheur du monde. Tout en revenant par moments à un reggae académique qu’ils avaient cessé de pratiquer, les Grenoblois osent aussi s’aventurer sur des terrains musicaux qui leur étaient jusque-là inconnus. Rencontre avec Mike, l’un des chanteurs de cette formation réputée pour ses prestations scéniques.

RFI Musique : Lors de l’enregistrement de votre nouvel album, votre maître-mot était le plaisir. Comment ça se retranscrit musicalement ?
Mike
 : L’alchimie se crée parce qu’on se retrouve ensemble après un an et demi de break, à faire de la musique ensemble et à prendre du plaisir ensemble. Du coup, ça joue sur le plan musical : on se permet de faire du reggae plus classique par moment. Dans les textes aussi : la notion de plaisir amène à se poser moins de questions. Ça donne une plus grande liberté.

Quand on a connu un tel succès avec Tout le bonheur du monde, est-ce qu’on résiste facilement à l’envie de faire un nouveau titre qui pourrait y ressembler ?
Tu résistes sans problème quand ce n’est pas ton objectif premier. Et si on voulait reproduire le schéma de Tout le bonheur du monde, je crois qu’on n’y arriverait pas. Je suis très content d’avoir fait cette chanson, très content de l’expérience et du plaisir que ça peut apporter d’avoir un titre qui passe autant sur les ondes. C’est quand même un des morceaux français les plus diffusés ces dernières années ! C’est super, on l’a vécu une fois, mais je ne suis pas en manque. Et on sait très bien que ça n’arrivera pas de nouveau à un groupe comme le nôtre.

Comment expliquez-vous l’évolution de votre répertoire qui était très reggae à vos débuts et s’est élargi au fil du temps pour se rapprocher par moments de la chanson ?
A l’époque de Première Récolte, pour nous, tout ce qui n’était pas reggae, c’était nul. Mais très rapidement, on s’est ouvert. Pour les morceaux qui sont plus du registre de la chanson, ou ceux un peu plus étranges – je pense par exemple au Silence sur le nouvel album –, on ne peut pas dire que ça ne nous intéressait pas, mais jusqu’à présent on n’assumait pas : entre ce qu’on se voyait faire et ce qu’on faisait, il y avait un pas qu’on ne franchissait pas. Cette fois, quand un morceau sonnait bien, on l’a fait sans se dire que ça pouvait être très surprenant pour ceux qui nous connaissent.


Ce sont les autres membres du groupe qui vous ont encouragé à utiliser différemment votre voix, chantée ou parlée ?
Riké, Carine et Natty m’ont beaucoup poussé. Laurent Guéneau, qui a réalisé l’album, aussi. Sur C’est déjà ça, ça ne coulait pas de source que je fasse un morceau entièrement parlé. Je l’avais fait plusieurs fois au moment des balances de concerts pendant la tournée de l’été 2008 et j’avais des retours positifs du reste du groupe... C’était en moi depuis un moment, mais bizarrement, je n’ai pas une confiance absolue derrière un micro. Pour écrire, faire de la scène, manager, oui. Mais chanter, c’est autre chose. Je n’ai jamais eu la prétention d’être un grand chanteur – ni même peut-être un chanteur. Ça fait un moment que j’ai dépassé le jugement des autres, mais j’ai besoin de l’approbation de mes proches pour me lancer.

Vous n’hésitez pas à intervenir sur les forums des sites internet fréquentés par les fans de reggae quand il est question de Sinsemilia. Vous ne voulez pas qu’ils se trompent sur vous ?
Je n’ai aucun souci à ce qu’on dise du mal de nous, que la musique de Sinsemilia est pourrie. Mais je veux être jugé sur ce que je suis, pas sur des fantasmes et des interprétations diverses, même si aujourd’hui, je le vis avec énormément plus de détachement qu’il y a sept ou huit ans. Je le dis dans le morceau Règlement de compte : je n’ai plus le temps pour tout ça, je n’écoute plus, ça ne me touche plus. Malgré tout, humainement, c’est difficile de laisser écrire des contre-vérités : qu’on est là pour l’argent, qu’on ne connait rien au reggae, qu’on ne savait pas ce que c’était il y a trois ans. Si je me mets à parler reggae avec celui qui écrit ça, on va voir !

Vous êtes également très présent sur le forum du site internet de Sinsemilia, ce qui n’est pas si fréquent parmi les artistes. Vous avez besoin de garder le contact avec votre public ?
Ce n’est pas une volonté, ça se fait naturellement. De la même manière qu’après les concerts, tu trouves Riké et d’autres membres du groupe dans la salle. On n’a jamais compris pourquoi il devrait y avoir des barrières entre les gens et nous, sous prétexte qu’on fait de la musique. Si Burning Spear avait eu un site internet quand j’avais vingt ans, je serais allé sur son forum, et j’aurais sûrement aimé que le chanteur en question, y participe.

Le nouvel album s’achève sur Le Dernier concert, en piano-voix, qui évoque le jour où Sinsémilia fera ses adieux à la scène. Est-ce une façon de dire qu’En quête de sens pourrait être votre dernier disque ?
C’est exactement la même question qu’on nous posait sur Tout le bonheur du monde qui était le dernier morceau de Debout, les yeux ouverts. Certains pensaient qu’on annonçait la fin de Sinsé. Non. Pour Le Dernier concert, c’est pareil : on sait que cette fin arrivera un jour ou l’autre, que ce soit la vie qui l’impose ou une décision de notre part, et le texte parle juste de ce moment-là : qu’est-ce que j’emporterai, qu’est-ce qui me restera ? Mais ce n’est pas du tout d’actualité. Il n’y a aucun message caché.

 Ecoutez un extrait de

Sinsemilia En quête de sens (Epic/Sony) 2009
En tournée française dès le mois de février. En concert à Paris le 10 mars à l'Olympia