Stuck in the Sound, l’adolescence de l’art

Avec le très dense et organique Shoegazing Kids, le quatuor rock parisien, découvert en 2005 avec l’hymne underground ToyBoy, fait mieux que confirmer les espoirs placés en lui depuis trois ans : il signe là un album majeur de la scène rock française, taillé dans le vif, mais conçu pour durer.

Second album du groupe parisien

Avec le très dense et organique Shoegazing Kids, le quatuor rock parisien, découvert en 2005 avec l’hymne underground ToyBoy, fait mieux que confirmer les espoirs placés en lui depuis trois ans : il signe là un album majeur de la scène rock française, taillé dans le vif, mais conçu pour durer.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Nevermind the living dead, leur précédent opus (sorti en 2006), présentait en couverture une jeune fille barbouillée de chocolat. Cette fois, la pochette est ornée d’une photo d’adolescente fan du groupe, les yeux rivés sur ses chaussures. Fin de l’enfance et prémices de l’âge adulte ? Une chose est sûre : après six ans d’existence, Stuck in the Sound vient de franchir un cap décisif avec ce nouvel album. Là où le premier disque exposait poliment les qualités du groupe – l’énergie, le lyrisme rock, des compositions en "montagnes russes" –, Shoegazing Kids en repousse les limites, surprend, impressionne même. "On a tout misé sur l’émotion, l’interprétation des chansons. En comparaison, notre premier album tenait un peu de la démonstration", reconnaît José Reis Fontao, chanteur du groupe.

Une œuvre remarquablement aboutie

A la première écoute, ce nouveau disque frappe d’emblée par une puissance sonore rarement rencontrée dans le rock hexagonal. Le mixage de Nick Sansano y est pour beaucoup : cet ingénieur du son américain de renom – ancien collaborateur de Sonic Youth, Public Enemy ou encore IAM – a su à la fois capter l’énergie brute du groupe en live et en rehausser les subtilités sans trahir le son indie-rock, sec et rugueux, développé par le quatuor. "On avait une idée très précise de notre son avant de travailler avec lui à New-York, une image, une couleur pour chaque morceau. Il a retranscrit cela parfaitement en amenant sa touche personnelle. Le résultat était au-delà de nos attentes, un sorte d’aboutissement après des années de travail acharné" se réjouit José.

Loin d’être une simple collection de chansons, ce nouvel album brille aussi par sa remarquable cohérence : de Zapruder à I Love You Dark, les douze titres s’enchaînent, sans temps mort, pour former un ensemble organique. "Tous les morceaux ont été enregistrés au même endroit, composés sensiblement à la même période, mixés par la même personne. Il y a une vraie unité de lieu et de temps" explique Arno Bordas, bassiste du groupe. "C’est la première fois que nous sommes totalement en phase avec notre création, ajoute José. Le précédent disque était une collection de chansons composées sur presque trois ans. Pour la tournée qui a suivi, certains morceaux avaient déjà vieilli."

Coutumier des hymnes pop-rock à reprendre en chœur – on se souvient de Delicious Dog ou, bien sûr, de l’emblématique ToyBoy –, Stuck in the Sound en livre ici deux : l’efficace Shoot Shoot et l’énigmatique OUAIS, sorte de dance-rock épique de plus de cinq minutes sur lequel José, à la voix tendue et suraiguë, démontre l’étendue impressionnante de ses capacité vocales avec ce qu’il faut de retenue. "J’ai appris à davantage apprivoiser ma voix depuis le premier album, reconnaît-il. J’accepte désormais que ma voix soit un peu plus en retrait, au même niveau que les autres instruments, comme les groupes américains que l’on écoute."

Jeunesse nostalgique

Au jeu des références, on retiendra l’influence des indémodables Pixies et Nirvana, ou des Smiths sur l’irrésistible Dirty Waterfalls et le lyrique Teen Tale, l’un des sommets de l’album. Mais c’est peut-être sur l’introduction et le final du disque – des quasi instrumentaux – que Stuck in the Sound se démarque le plus de ses modèles et, ce faisant, de la concurrence. L’hypnotique Zapruder, sans couplet ni refrain, donne le ton légèrement mélancolique du reste de l’album, et l’atmosphérique I Love You Dark referme le bal dans une brume épaisse. "Comme la couleur de la pochette, il y a une tonalité bleutée sur tout le disque, décrit Arno. Quelque chose de palpable et d’un peu mutant dans les sonorités."

Nostalgique, Shoegazing Kids évoque partout l’adolescence. "Celle des gamins solitaires et mal dans leur peau que nous avons tous été", précise José. Une classe d’âge avec laquelle le groupe entretient depuis leur dernière tournée en 2007 une grande complicité : "Ils sont notre noyau dur de fans, les plus actifs, explique José. J’aurais aimé pouvoir dialoguer avec des artistes que j’aime, à leur âge. Donc on entretient le contact avec eux, en communiquant par myspace, ou en se rencontrant après chaque concert partout en France." Avec un tel disque et un public archi-fidèle, la prochaine tournée s’annonce d’ores et déjà mémorable.  

 Ecoutez un extrait de

Stuck in the Sound Shoegazing Kids (It’s Records/Discograph) 2009
En tournée dans toute la France à partir du 23 janvier, le 6 mai au Bataclan…