Reinette l'Oranaise en images

Une monographie filmée revient sur un des personnages cultes de la bouillonnante scène algérienne d’avant l’indépendance : la chanteuse Reinette l’Oranaise.

Sortie d'un DVD consacré à la chanteuse

Une monographie filmée revient sur un des personnages cultes de la bouillonnante scène algérienne d’avant l’indépendance : la chanteuse Reinette l’Oranaise.

Avec la terrible Rimitti, Reinette fut au début des années 1990 la plus belle redécouverte pour toute une génération en quête de racines à l’éclosion de la world music, melting-pot qui sonnait un peu trop faux aux oreilles des amateurs d’authentique. Ce n’était pas franchement le style de la dame au parler vrai.

Ainsi, après un silence pesant, elle s’emportait à l’évocation de son possible retour en Algérie : "Il ne fallait pas me poser cette question, à laquelle je ne répondrai pas !" En fait, elle y avait déjà répondu en chanson : "Je fuis un pays qui ne m’appartient plus…" C’est l’un des moments forts de ce documentaire qui retrace le parcours de cette artiste née en 1915, devenue aveugle à l’âge de deux ans.

Elle revient ainsi longuement sur son maître Saoud Médioni, à laquelle était "soumise", et qui lui transmit son savoir avant de la pousser à s’épanouir d’elle-même. Selon ce dernier qui mourra en déportation, elle "voyait tout". Reinette Sultana Daoud devient dès lors une des reines du chaâbi, bravant les tabous en s’accompagnant du luth, un instrument masculin par tradition.

Entre images d’archive et entretiens plus récents, clichés noirs et blancs et extraits d’un concert au New Morning haut en couleurs, on y retrouve tout le parfum exaltant du multiculturalisme propre à Oran, "ville d’éclat et de splendeur, de jour comme de nuit en fête" pour paraphraser une de ses chansons.

On y recouvre la mémoire des origines d’une longue tradition judéo-arabo-andalouse où les complaintes toutes en cordes sensibles (de violon et de piano) alternent avec de plus rythmés hymnes à la joie. Posée sur canapé, le regard fixe derrière des lunettes aussi noires que sa voix était sombre, Reinette parvient à captiver l’attention, malgré un dispositif filmique réduit à sa plus basique expression… Un seul mot, la moindre anecdote, suffit à habiller tout le scénario de celle qui déchante en guise d’introduction : "Mes larmes sont des messagères, suppliant l’humilité et le consentement."

Jacqueline Gozland Reinette l’Oranaise, le port des amours (Arte Editions) 2009