Eric Legnini à la croisée des chemins

Elevé aux sons des trios jazz-funk, le pianiste Eric Legnini est devenu depuis dix ans l’un des personnages clés du jazz parisien… Tout en développant d’autres collaborations, avec entre autres le slammeur Suleymane Diamanka et le chanteur Claude Nougaro. C’est cette dualité de sa personnalité qu’évoque entre les lignes son nouvel album. D’ailleurs, s’il peut s’entendre pour moitié comme un bilan, Trippin’ dresse déjà de nouvelles perspectives. D’où cette rencontre qui à la lecture du présent l’interroge sur son avenir.

 Retrouvez Eric Legnini en live dans l'émission Musiques du monde le 5 mars 2009 sur RFI

Nouvel album Trippin'

Elevé aux sons des trios jazz-funk, le pianiste Eric Legnini est devenu depuis dix ans l’un des personnages clés du jazz parisien… Tout en développant d’autres collaborations, avec entre autres le slammeur Suleymane Diamanka et le chanteur Claude Nougaro. C’est cette dualité de sa personnalité qu’évoque entre les lignes son nouvel album. D’ailleurs, s’il peut s’entendre pour moitié comme un bilan, Trippin’ dresse déjà de nouvelles perspectives. D’où cette rencontre qui à la lecture du présent l’interroge sur son avenir.

 Retrouvez Eric Legnini en live dans l'émission Musiques du monde le 5 mars 2009 sur RFI

RFI Musique : Après Miss Soul et Big Boogallo, ce troisième volume clôt un triptyque autour du trio…Eric Legnini : Oui, j’ai le sentiment que cela termine une histoire débutée il y a quelques années. J’avais besoin de graver ce chapitre et d’écrire cette musique, qui témoigne d’une réelle évolution de la formule, une expérience acquise au fil des concerts. Sur ce format, il est temps de passer à autre chose. Comme par exemple un projet que j’ai envie de développer avec une chanteuse, notamment malienne. Cela me trotte dans les doigts depuis que j’ai eu la chance de faire deux morceaux pour Oumou Sangaré. Il y a une certaine vibe dans cette musique traditionnelle qui m’intéresse, mais avec un côté plus soul-funk actuel. Je m’y essaie sur un modèle harmoniquement simple avec un titre du dernier album : Casa Bamako. L’autre direction serait de pousser beaucoup plus le délire expérimental de ce trio, à travers des jams studio sur lesquelles je pourrais ajouter des cuivres et des orchestrations.

En écoutant ce disque, on a l’impression que vous êtes effectivement entre deux directions : d’un côté, le funk qui se durcit avec l’arrivée du Fender sur plusieurs thèmes et de l’autre un trio jazz plus classique…En fait, ce disque répond au départ à une commande des Japonais (un label : ndlr), qui me demandaient de refaire Big Boogaloo. Je ne voyais pas trop l’intérêt de la redite : ce qui s’est confirmé quand je me suis remis à composer. Je partais ailleurs de cette formule, sauf que les Japonais voulaient le côté plus traditionnel que j’ai aussi en moi. J’ai donc essayé de les satisfaire, mais tout en me laissant emporter vers mes désirs.

Cette ambiguïté résume votre personnalité double depuis vingt ans : d’un côté Eric Legnini, le brillant pianiste de jazz dans toute sa dimension classique, mais de l’autre Moogoo, le musicien branché par les productions funk et hip-hop…Quand j’ai commencé à jouer, à quatorze ans, c’était dans des clubs un peu bizarres de Charleroi ou de Bruxelles. J’étais plus dans les histoires de Moog, de clavinet et de Fender, qu’à m’inscrire à la lettre dans le jazz classique. Simplement, quand j’ai suivi, je me suis fait connaître à Paris avec le quintet bop néo-classique de Stefano Di Battista et Flavio Boltro. Aujourd’hui, j’ai envie d’afficher cette facette de ma personnalité, ce qui n’est pas facile quand tu as eu le succès avec une autre étiquette. Ce disque montre que je suis à la croisée des chemins et indique bien la voie que je vais suivre.

Pour continuer dans la dualité : il y a le Eric Legnini pianiste et l’autre réalisateur de disques comme celui de Kayna Saamet ou du nouvel album de Pierrick Pedron, Omry… Là aussi, Trippin’ affiche plus fortement des prises de position quant aux sons et textures…Cet album est né grâce à cela, à un recul par rapport à la production et au son qui n’est que la conséquence de tout mon travail pour les autres. C’est aussi pour cela que j’ai choisi d’avoir un studio à l’année à Ferber, pour prendre le temps de façonner ma musique. Cela me permet de rendre moins hostile, plus convivial et naturel, l’environnement du studio. Comme un workshop, un work in progress, qui favorise la maturation d’un propos, son affinage… Mon batteur Franck Agulhon et mon bassiste Mathias Allamane ne demandent que cela !

Vous allez bientôt fêter vos quarante ans. Est-il l’heure de s’interroger sur le piano solo, comme une mise au point ? Pour moi, c’est de l’ordre de la psychanalyse. Toi, avec ton truc ! Même si je commence à désirer cela, puisque je me produis parfois en solo, ce que je ne faisais jamais, prétextant que je n’étais pas prêt. Pour l’instant, je me contente d’adapter mon répertoire, en des versions bien différentes. Mais de là à en sortir un disque qui est à mon sens une démarche importante, où il s’agit d’être clair pour laisser une trace qui résiste au temps.

 Ecoutez un extrait de

 Retrouvez Eric Legnini en live dans l'émission Musiques du monde le 5 mars 2009 sur RFI

Eric Legnini Trippin' (B-Flat/Discograph) 2009En concert le 19 février à Alger au centre culturel français, le 21 février à Constantine au centre culturel français et à la Cigale à Paris le 27 mars 2009.