L’utopie musicale de Toan

Au pays des hommes intègres est un mini-album à but humanitaire initié par Toan et sa sœur Olivia Blanc, mieux connue sous son nom d’artiste, Olivia Ruiz. Explication d’une belle aventure musicale avec des rappeurs du Burkina Faso.

Un rappeur intègre au Burkina

Au pays des hommes intègres est un mini-album à but humanitaire initié par Toan et sa sœur Olivia Blanc, mieux connue sous son nom d’artiste, Olivia Ruiz. Explication d’une belle aventure musicale avec des rappeurs du Burkina Faso.

Anthony, alias Toan, est le frère de la chanteuse Olivia Ruiz, mais il n’a pas attendu le succès de sa grande sœur pour faire des choses : suite à un voyage de quatre mois au Burkina Faso, ce baroudeur branché humanitaire rencontre des dizaines d’artistes locaux et découvre le rap burkinabé, plus humaniste et positif que celui de l'Hexagone brutal et égoïste. Il revient en France avec l’idée de faire un disque, mais aussi un projet concret : à Diapaga, minuscule village perdu dans la brousse à des heures de route de la capitale Ouagadougou, Toan se lie d’amitié avec les habitants et constate avec amertume que l’école locale est en ruine.

C’est ainsi que naît l’idée de ce mini-album, Au pays des hommes intègres, qui rassemble cinq titres signés par des rappeurs du Burkina, connus ou inconnus. Les 15000 euros rassemblés par Olivia, Universal et Sony Ericsson (initiateurs du projet) serviront à reconstruire cette école, et les enregistrements effectués au Burkina sont désormais disponibles sur le web, ainsi que le documentaire en forme de carnet de route réalisé par Didier Varrod.

Pour aider à la production et au mix, le rappeur français Dernier Pro (qui a grandi dans la même petite ville qu’Olivia, Marseillette), est venu en renfort. "J’avais écouté une partie des sons ramenés par Anthony, et il y avait une ambiance qui se dégageait. Je me suis plongé dans cette ambiance-là. C’est un métissage, on n’a rien cherché, juste ressorti ce qu’on avait en nous et ce qu’ils avaient en eux, naturellement. Les rappeurs burkinabés pourraient, de par ce qu’ils vivent, avoir plus de révolte dans leur discours, mais on ne ressent pas ça chez eux", observe Dernier Pro.

Leçon d’humilité

"Ils ont un discours positif, plein d’espoir, ils n’oublient pas la pauvreté qu’il y a autour mais ça n’est pas de la plainte, c’est l’envie de construire. C’est une différence majeure avec la France, où les rappeurs les plus médiatisés sont devenus des mecs qui développent le sensationnel avec des grosses voitures, des meufs à poil, des séjours en prison et des chaînes en or. A la base, le hip hop, ça n’est pas ça. J’ai grandi avec ce que j’estime être le vrai rap, un rap conscient qui donne des messages construits avec une certaine intelligence. Je me suis senti plus proche de ces mecs-là que de certains rappeurs français. C’est une belle leçon d’humilité de les voir évoluer dans le pays où ils vivent avec le discours qu’ils ont. Cela mérite d’être entendu par beaucoup de rappeurs français qui pensent que, quand ils vivent dans une cité, ils sont dans le ghetto des ghettos alors qu’il y a quand même moyen de faire pas mal de choses. Surtout par rapport à là-bas où les moyens sont dérisoires."

Smockey, Faso Kombat, Obscur Jaffar, Négroïdes, Taama J : ces fines plumes du rap burkinabé bénéficient ici d’un son pro qui tranche avec la sécheresse des productions locales. Et la présence discrète d’Olivia dans les chœurs du titre de Taama J Akilito Bouroudjoula amène une touche pop féminine bienvenue. Pour une fois que l’humanitaire donne des résultats musicalement probants, il est conseillé de tendre l’oreille.

Trois questions à… Olivia Ruiz

Du chocolat au Burkina

Comment est né le projet ?
Quand mon frère est revenu de son voyage au Burkina, il avait enregistré plein de chanteurs, de rappeurs, de slammers. On a réécouté ça, c’était inutilisable mais je lui ai proposé d’aller jusqu’au bout du projet, de retourner là-bas, d’en choisir cinq et de les enregistrer dans des bonnes conditions. On les a recontactés, on est repartis là-bas. Je suis productrice des bandes, pour que les jeunes du Burkina qui voudraient s’en servir pour un album à eux ne soient pas obligés de demander l’autorisation à Sony Ericsson. J’avais donné à Sony Ericsson mon album en espagnol sorti uniquement en Espagne, qui s’appelle La Chica Chocolate et qui est un mélange des deux albums plus quelques reprises et inédits. En échange de ça, ils m’ont soutenu sur le projet du Burkina.

Comment s’est fait le choix des intervenants ?
Il y a des personnes qui sont tout de suite sorties du lot comme Obscur Jaffar, mais c’est avant tout Toan qui est maître de ce projet et qui a fait les choix principaux. Dernier Pro était là pour l’assister à la production, moi pour le reste. On n’était pas dans une logique de casting. Il y avait des vieux conteurs qui étaient craquants mais on ne comprenait rien au niveau de la diction, et à un moment il faut être entendu en France avant tout. C’était vachement beau mais il fallait bien réfléchir à quelque chose de plus adapté.

Pourquoi juste cinq titres ?
Il nous fallait un jour par morceau, et on n’a pas eu le temps d’en enregistrer plus. J’avais envie de faire les choses convenablement, que les artistes burkinabés soient payés normalement. Même si, par rapport aux salaires locaux, ils touchaient l’équivalent d’un mois de travail pour un titre, je ne me voyais pas leur filer moins.

 Ecoutez un extrait de

par Tamaa J

Titres et documentaire disponibles sur : http://fasoburkina.artistes.universalmusic.fr/