Clarika, chanteuse grave et superficielle

Clarika a toujours eu le chic pour croquer des portraits qui claquent. La chanteuse qui avait fait de l’espièglerie matinée de tendresse une marque de fabrique, s’élance avec Moi en mieux dans une nouvelle aventure musicale. La plume toujours aussi alerte mais le ton moins léger. Rencontre.

Moi en mieux, 5e album majestueux

Clarika a toujours eu le chic pour croquer des portraits qui claquent. La chanteuse qui avait fait de l’espièglerie matinée de tendresse une marque de fabrique, s’élance avec Moi en mieux dans une nouvelle aventure musicale. La plume toujours aussi alerte mais le ton moins léger. Rencontre.

RFI Musique : L’album débute avec Bien mérité, un titre défendant les sans-papiers. Une chanson frontale plutôt inhabituelle dans votre répertoire…
Clarika
: C’est effectivement la première fois que je prends autant parti dans une chanson. Ça ne veut pas dire que je n’avais pas des convictions auparavant mais je les faisais passer de manière détournée, à travers des personnages. J’ai des enfants qui vont à l’école à Belleville [Un des derniers quartiers populaires de Paris, ndr], on côtoie plein de familles qui galèrent parce quelle n’ont pas de papiers. Le sujet me tenait à cœur depuis longtemps. Et comme j’écris proche de ce que je suis, c’était naturel d’en parler. Et puis, il y a cette autre chanson Moi en mieux, qui est son exact contraire. Elle ne donne pas de leçon puisque l’idée, c’est qu’on peut voter écolo et prendre deux bains par jour ! Ça fait un équilibre !

Florent Marchet avait composé un titre sur Joker, votre précédent disque. Là il est carrément devenu co-réalisateur avec votre complice de toujours Jean-Jacques Nyssen. Que vous a-t-il apporté ?
On avait l’idée d’étoffer notre musique, de prendre des libertés dans tous les sens. Ce n’était pas un enregistrement classique où on a fait les prises les unes après les autres. Là, ils ont eu du temps pour chercher. Il y a avait plein d’instruments dans le studio, c’était un peu un laboratoire, ils enregistraient et cherchaient en même temps. Ça a donné cette richesse. On a pu se permettre ces arrangements assez fouillés parce qu’on a travaillé sur la durée.

Du coup, l’ambiance musicale de cet album est un peu plus grave, un peu moins espiègle…
C’est la "maturitude" ! Entre un premier album et un cinquième, il se passe quinze ans, on n’écrit plus les mêmes titres, on change. Je ne me sens pas plus grave mais j’ai déjà beaucoup exploré la légèreté ! J’aime le contraste entre les deux, je peux être très superficielle et avoir de grands moments d’introspections. Et puis je ne voulais pas utiliser les mêmes recettes.

C’est vous qui écrivez les textes mais vous intervenez à quel niveau dans la composition et les arrangements ?
Moi, je suis très forte pour dire ce que je n’aime pas !  Je sais aussi ce que j’aime mais je ne sais pas forcément le traduire musicalement. Je leur ai fait vraiment confiance.

Le disque se clôt sur un titre épique, L’Ennui.
J’ai amené ce texte très long qui faisait cinq pages en disant à Jean-Jacques et Florent : "Il faut tout garder !". Ils ont co-composé cette chanson avec cette idée géniale du western. On s’est lâché. On adore tous les trois les musiques de films. On écoutait beaucoup de John Barry pendant l’enregistrement.

L’ennui est un thème qui semble vous tenir à cœur, puisque vous l’avez déjà abordé en duo avec Tom Poisson.
Avec Tom, c’était sous l’angle amoureux, alors qu’ici je parle de l’ennui comme d’un sentiment de vacuité. Je ne m’ennuie jamais mais je suis capable de ne rien faire. En tant que chanteuse, j’ai souvent ce luxe. Je trouve ça important même pour les enfants, il faut apprendre à ne pas se surcharger. Je suis complètement opposé à cette idéologie "star-académicienne" où la valeur, c’est le travail. Le vrai travail pour moi c’est d’avoir de bonnes idées. J’ai bossé dans un Mac Donald quand j’avais dix-huit ans, et je me souviens très bien d’un manager qui m’avait dit : "Est-ce que tu peux aller passer la serpillière ?" Je lui avais répondu que je venais de le faire, il m’avait alors répondu : "Retournes-y, ça t’évitera de penser !" C’est pour ça qu’on nous propose de travailler plus, c’est pour ne pas réfléchir…

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 Clarika
 Moi en mieux

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- 08/09/2016

Clarika Moi en mieux (ULM – Universal) 2009