Fatoumata Diawara, chanteuse en devenir

On connaissait la Malienne Fatoumata Diawara, 26 ans, en comédienne talentueuse, la voilà devenue chanteuse ! Portrait d’une artiste fonceuse, à la voix et au caractère bien trempés.

Déjà mille et une vies

On connaissait la Malienne Fatoumata Diawara, 26 ans, en comédienne talentueuse, la voilà devenue chanteuse ! Portrait d’une artiste fonceuse, à la voix et au caractère bien trempés.

Sur la petite scène du Musée Dapper, Fatoumata Diawara donne l’un de ses premiers concerts. Nous sommes à Paris en janvier dernier. Elle entame les premiers titres en solo, à la guitare et au chant, un peu hésitante, visiblement émue. Pourtant, Fatoumata Diawara connaît bien la scène. La terrifiante sorcière Karaba dans la comédie musicale Kirikou et Karaba, c’était elle. Plus jeune, elle a joué (entre autres) dans le long-métrage La Genèse de Cheikh Oumar Cissoko, au théâtre aux côtés de Sotigui Kouyaté et tourné six années aux quatre coins du monde avec le Royal Deluxe, une troupe de théâtre de rue internationalement connue. Un CV impressionnant pour une artiste de 26 ans ! Ce soir, la revoilà sur scène, mais dans un autre costume : le sien.

Liberté de créer

Pas facile sans doute, d’amorcer un tel virage. Mais au fur et à mesure du concert, sa personnalité de chanteuse se dessine doucement, mais sûrement. Après le spectacle, elle explique : "Le chant a toujours existé dans ce que je fais. Comme je suis un peu têtue, je n’ai jamais aimé interpréter les morceaux des autres. Dans beaucoup de rôles, on m’a demandé de chanter. Le metteur en scène du Royal Deluxe m’a entendue lors d’une répétition. Du coup il m’a nommé voix de la troupe. Pourtant, je n’ai jamais appris le style Bélédougou, je ne parle même pas la langue !". En effet, elle n’a jamais vécu dans cette région du sud du Mali d’où viennent ses parents et quelques illustres aînées comme Rokia Traoré…

Née en 1982 en Côte d’Ivoire, elle a appris très tôt à danser dans la troupe de son père, maire du quartier d’Abobo, à Abidjan nord. "Je crois qu’il m’a appris la liberté de créer. Quand j’avais cinq ou six ans, il me laissait inventer des pas de danse et toute sa troupe les reprenait. On allait par exemple accueillir le président Houphouët-Boigny à l’aéroport… Je dansais parfois dix heures par jour ! A un moment, mon père s’est rendu compte que la danse avait pris le pas sur tout le reste. Il a décidé de m’éloigner d’Abidjan". Il l’envoie alors à Bamako, au Mali, chez une de ses tantes... comédienne ! Fatoumata l’accompagne sur un tournage, est immédiatement repérée et commence ainsi sa carrière à 16 ans. Et tant pis pour le collège, ce sera l’école de la vie !

Forcer le destin

La danse et la comédie, c’est donc un peu de famille. Mais le chant ? "Les Diawara sont des nobles, pas des griots, je n’étais donc pas destinée à chanter. Mais je crois que j’ai été choisie. J’ai le même nom qu’une de mes tantes qui était chanteuse. Quand j’avais douze ans, lors d’une cérémonie traditionnelle à Bamako, elle m’a montrée du doigt et a dit que j’allais hériter de sa voix. Je n’ai pas compris tout de suite, mais voilà, je chante aujourd’hui !". Hasard ou pas, de toute façon, Fatoumata est plutôt du genre à forcer le destin.

Partie vivre à Paris sans l’aval de ses parents, elle est connue dans sa famille et dans le milieu du spectacle pour avoir un caractère en acier trempé… "C’est une qualité, il faut être forte dans ce milieu, sinon on se perd", explique-t-elle. Elle possède aussi une voix assez grave, peu commune. "Ce qui est original dans ma musique, je pense que c’est le mélange : un peu de soul, de funk, de reggae, de traditionnel. Moi j’appelle ça le folk wassoulou. Mais il y a aussi ma voix, assez grave et modelée par l’accent du Bélédougou" rappelle-t-elle.

Un jour de 2006, à Bamako, alors qu’elle répétait pour l’Opéra du Sahel (pour lequel elle n’a finalement pas été retenue, question de caractère), Cheikh Tidiane Seck l’entend chanter. "Comme beaucoup de Maliens, il me connaissait comme comédienne, il a donc été surpris. Il m’a invitée le soir même à venir faire les chœurs sur l’album d’Oumou Sangaré et puis il m’a aussi proposé de travailler sur le projet Red Earth, avec Dee Dee Bridgewater. J’ai eu la chance de faire la tournée avec eux, en doublon avec Mamani Keita" ! Ce soir, le sorcier mandingue est là et monte sur la scène du Musée Dapper. Il l’accompagne à la calebasse sur un morceau : "C’est mon papa dans la musique !" explique-t-elle. "C’est le seul à me donner des conseils qui me permettent vraiment de m’améliorer".

Si Fatoumata a encore du chemin à faire pour concentrer son énergie sur scène et passer le cap du studio, sa voix laisse cependant entrevoir de belles promesses. En fin de concert, lorsqu’elle entame Tounkan, une scène d’au–revoir entre une épouse et son mari qui émigre vers la France, Fatoumata Diawara fait tanguer toute la salle du Musée Dapper. Avec Bakonoba, le morceau suivant, le public est debout tandis qu’elle lance d’audacieux pas de danse. A suivre !

 Ecoutez un extrait de Bakonoba

En concert le 8 avril au Satellit’ Café