Staff Benda Bilili, rumba mondialisée

En République Démocratique du Congo, Kinshasa est une mine de talents à ciel ouvert. Staff Benda Bilili, la dernière pépite du label Crammed Discs, propose une vision survitaminée de la rumba congolaise, enrichie d’influences de funk, de reggae mais surtout dopée au rythme infernal des rues de Kin la Belle.

Très très fort !

En République Démocratique du Congo, Kinshasa est une mine de talents à ciel ouvert. Staff Benda Bilili, la dernière pépite du label Crammed Discs, propose une vision survitaminée de la rumba congolaise, enrichie d’influences de funk, de reggae mais surtout dopée au rythme infernal des rues de Kin la Belle.

Voilà le troisième volet de la série de Congotronics du label Crammed. Après s’être baladé du côté de la banlieue des Bazongos de Konono N°1, du quartier Kasaï et de son All Stars, la plongée urbaine et musicale dans Kinshasa continue. Cette fois-ci, direction l’ancienne "ville blanche" de Kinshasa, le centre-ville de toutes les inégalités et de toutes les opportunités.

Entre le siège de la MONUC et l’ancien hôpital, Ricky, Coco et Théo, des paraplégiques ultra-sapés, trônent sur leurs "vélos à bras", mille fois rafistolés. Ces véhicules hautement customisés leur permettent de se déplacer dans la ville et bien au-delà. Ils vendent des cigarettes à l’unité, des bonbons, des allumettes et des sachets d’alcool – gin, whisky, vodka, faites votre choix !

Le jour, le groupe répète au jardin zoologique de Kinshasa, et la nuit, il joue devant des discothèques kinoises ou des bars pour expatriés, pour récolter un peu de monnaie. Leur musique, hybride et délirante, dessine les contours d’une diaspora congolaise essaimée aux quatre coins du monde, dopée au retour par le rythme infernal de Kinshasa.

Import-export

Vincent Kenis, musicien-découvreur et kinois d’adoption rencontre le Staff par le biais de Florent de la Tullaye et Renaud Barret à qui l’on doit le vivifiant documentaire Jupiter’s dance. Leur assistant sur le tournage est Paulin, le bassiste du groupe. Vincent Kenis tombe tout de suite sous le charme de cette bande de musiciens dont le répertoire, déjà bien rôdé, permet à la rumba des anciens de faire le bœuf avec de l’afro-beat, du reggae, et fait revivre le fugace passage de James Brown à Kinshasa, en 1974.

D’ailleurs, les séniors du groupe, Ricky et Coco, y ont peut-être assisté. Ils se sont rencontrés il y a vingt-cinq ans sur le bateau qui fait la navette entre les deux rives du fleuve Congo. Depuis les années 70, les handicapés sont en effet dispensés de taxes, et pratiquent donc souvent l’import-export entre Brazzaville et Kinshasa. Que faire donc de mieux, après une bonne journée de travail, qu’improviser, le temps d’une traversée ? Rien. Il faut chanter et très très fort.

Groove déjanté

En prolongeant ce passe-temps sur la rive, les deux acolytes ont développé un répertoire perméable aux tendances - ils n’ont jamais joué dans un club - et recruté d’autres musiciens dans la rue. Roger était par exemple un "shegué", un enfant qui rôdait autour du Staff sans oser trop s’en approcher. Il a bidouillé le satongué, "le cyclope", une petite guitare funky et suraigüe, à partir d’une boîte familiale de lait en poudre, d’un arc en bois et d’une corde de guitare. Lors d’une des répétitions au zoo, Roger se met à improviser, de loin. Impressionné, Ricky lui apprend quelques rudiments d’accords.

Aujourd’hui, son petit instrument révolutionne avec humour la musique du Staff Benda Bilili et y apporte une couleur unique. Dans Moziki, par exemple, l’histoire d’une arnaque de tontine, où le contributeur déçu décide de placer son argent dans une "big banque, une assurance", seul le groove déjanté du satongué électrifié de Roger apparaît comme une valeur sûre en ce bas monde.

 Ecoutez un extrait de Moziki

Staff Benda Bilili Très très fort (Crammed Discs) 2009