Le big bazar d’Emily Loizeau

Emily Loizeau © V.Passelègue

Le festival du Printemps de Bourges met un point d’honneur chaque année à proposer des créations. Cette fois-ci Emily Loizeau, deux albums remarqués et remarquables à son actif, s’essaie à l’exercice, accompagnée de ses musiciens et de quelques invités de choix, quatre soirées durant.

C’est loin d’être le plus grand gabarit de la chanson française. Une jeune femme frêle, pas très grande, pourrait-on penser. Emily Loizeau même si elle ressemble de loin et "à l’arrêt" à cette rapide description, dégage aujourd’hui un sentiment de force inouïe. Son spectacle présenté au théâtre Jacques-Cœur le mercredi 22 avril démarrait par le set d’un jeune duo féminin français Mansfield Tya qui plus tard la rejoindrait sur scène. Emily Loizeau auteure en février d’un album intitulé Pays Sauvage, a depuis sa précédente tournée, passer un cap. Alors qu’on l’avait vue assise derrière son piano, entourée de son batteur Cyril Avêque et de son violoncelliste Olivier Koundouno, la demoiselle a depuis lors, pris son envol.

Autour du trio, se sont agrégés deux autres musiciens, plutôt guitaristes, mais qui eux aussi changent parfois d’instruments pour intégrer un corps rythmique en mouvement et à dimension variable. Car voila bien le grand bouleversement d’Emily, "du tandem piano/voix, je suis passée au tandem rythmique/voix". De son voyage à la Réunion et de sa rencontre avec Danyel Waro que l’on retrouve sur son dernier disque, elle a rapporté un tambour malbar qui a du mal à passer inaperçu, tant il assène une rythmique forte et solennelle.

Si Emily Loizeau invoque l’esprit forain de l’album lors de la conférence de presse, nous serions plutôt tentés d’évoquer un quasi appel aux esprits dans ce Pays Sauvage, tant ces percussions sont centrales et omniprésentes. La chanteuse débute d’ailleurs ce show avec une chanson en anglais qui la fait presque ressembler à une prêcheuse des rives du Mississipi.

De sa double culture franco-anglaise, elle garde une grande liberté face à l’emploi du français ou de l’anglais, intégrant la tradition du folk américain comme celle de la chanson française. Celle-ci lui permet quelques incursions dans le monde de l’enfance : "avec le langage de l’enfance, on peut dire des choses profondes, parfois brutales" comme elle le souligne. Sur scène, habillée d’une robe néo-hippie, on la croirait tout droit sortie d’un épisode de La Petite maison dans la prairie. Et pourtant…la jeune femme affiche plutôt une image de chef de bande, à la tête d’un "big bazar" qui rassemblait aussi ce soir-là l’Américain Piers Faccini et le Malien Victor Démé. La rencontre avec ce dernier, l’a enthousiasmée : peut être une autre piste pour invoquer d’autres esprits.