Musiques Métisses aux couleurs de la Guinée !

Pour cette 34e édition, le festival Musiques Métisses qui a lieu du 29 mai au 1er juin, a mis à l’honneur la Guinée, toutes générations confondues, avec les enthousiasmants Espoirs de Coronthie et un explosif patriarche musical, le saxophoniste Mamadou Barry !

34e édition du festival d'Angoulême

Pour cette 34e édition, le festival Musiques Métisses qui a lieu du 29 mai au 1er juin, a mis à l’honneur la Guinée, toutes générations confondues, avec les enthousiasmants Espoirs de Coronthie et un explosif patriarche musical, le saxophoniste Mamadou Barry !

Cette année le festival Musiques Métisses a mal démarré. Pour compenser la réduction de certaines subventions, la direction financière du festival a décidé de rendre payant (cinq euros) l’accès au Mandingue, la scène découverte du festival. Du coup, vendredi 29 mai, pas grand monde dans les allées et surtout devant Erik Aliana qui ouvre les festivités, avec sa musique forestière du centre Cameroun. Peu connu en France, il gagnerait à l’être, lui qui tourne aux Etats-Unis et au Japon depuis les années 2000…

Ambiance avec les Espoirs de Coronthie 

Sur la grande scène du festival, la guitare de Justin Adams et le riti (violon) du Gambien Juldeh Camara dessinent les contours d’un séduisant pays imaginaire : un Sahara aux reflets bleus… En même temps, sur la scène du Mandingue, les Espoirs de Coronthie rameutent un public de fans, prêt à payer pour voir LE groupe qui défraie la chronique en Guinée depuis six ans. Originaires du quartier populaire de Coronthie à Conakry, les Espoirs étendent en 2004 leur popularité au-delà des frontières du "jardin vincennes" où ils répètent tous les jours pour devenir un vrai phénomène en Guinée et dans tous les pays de la sous-région !

La recette des Espoirs ? Pour commencer, trois jeunes voix d’exception : Mangué Camara, Aly Sylla et Machété Touré, chacune marquée par ses influences : Sekouba Bambino, Baaba Maal ou Aboubacar Demba Camara, première voix mythique du Bembeya Jazz… Et puis, à la kora, Kandia Kouyate, fils du maître M’Bady Kouyaté, frère et cousin des membres de Ba Cissoko.

Les Espoirs comptent aussi une autre personnalité : Kassa, chorégraphe et ministre autoproclamé de l’ambiance, qui puise son inspiration dans les danses des quatre régions du pays… Les Espoirs jouent les tubes de Dunya Iguiri, leur second disque écoulé à 70.000 exemplaires (!!), et ceux de Tinkhinyi, leur troisième album, sorti en 2008 en Guinée, et tout juste distribué en France. Il est 22 heures : la fête a enfin commencé !

Mamadou Barry : le doyen sur scène

Le lendemain, une annonce se diffuse dans les haut-parleurs : la scène Mandingue n’est désormais plus payante et tous ceux qui avaient acheté leur billet seront remboursés. L’information circule vite et les allées se remplissent…Tant mieux ! La star de la soirée est à nouveau guinéenne : c’est le doyen Mamadou Barry ! Musicien dès la fin des années 50, Mamadou a appris la biguine avec Honoré Copé, la salsa à Cuba et la flûte, le saxophone et la clarinette en Guinée avec des camarades socialistes Coréens du Nord ! Sur scène, il fait vivre les morceaux de Niyo, son premier album, entouré d’excellents musiciens – et notamment l’inénarrable bassiste Papus Diabaté.

A mi-parcours, le doyen invite la jeune Sia Tolno, qui a composé et chanté un titre sur son album… Sa présence sur scène, très lisse, contraste avec la personnalité truculente de la jeune femme, qui a grandi entre la Guinée et la Sierra Leone, s’est faite chanteuse puis commerçante d’huile de palme en Gambie, et sort ces jours-ci un premier album chez Lusafrica. Enfin, le concert reprend de plus belle avec une reprise très libre du Take Five de Dave Brubeck : un Africa Five explosif, qui restera dans les annales de cette 34e édition !

Des Espoirs très attendus…

Avec les Espoirs de Coronthie, c’est l’ambiance des nuits surchauffées de Conakry qui a fait irruption dans la première soirée très calme du 34è festival Musiques métisses…

RFI Musique : Comment les Espoirs de Coronthie sont-ils devenus un phénomène national ?
Aly
: On avait fini de jouer pour le lever de rideau de Baaba Maal et un journaliste de la radio télévision nationale, feu Ali Badara Diakité, nous a nommé "les Espoirs de Coronthie". Avant, il y avait deux groupes : les Ambassadeurs de Coronthie et les Eperons. Chez les Ambassadeurs, un albinos était parti jouer en solo, deux autres musiciens avaient dû arrêter la musique sous la pression de leurs parents. Les autres sont venus aux Eperons…Tout a commencé comme ça ! Et à force de travail, notre musique qui raconte les préoccupations des Guinéens a plu au quartier d’abord et puis à tout le pays ensuite !

Vous sentez-vous héritiers de la période de l’authenticité, la politique culturelle de Sékou Touré ?
Kandia : Bien sûr ! Ce qu’il nous reste de cette période, c’est l’ouverture. Aujourd’hui un Guinéen peut te jouer de la musique camerounaise, sénégalaise, congolaise… A l’époque, presque tous les bons musiciens d’Afrique venaient en Guinée. C’est le cas de mon père M’Bady Kouyate, il était de Guinée-Bissau et est devenu le joueur de kora des Ballets Africains.

La France vient de découvrir votre troisième album, Tinkhinyi, mais il est sorti il y a plus d’un an en Guinée…
Manguè : Certains morceaux comme Tinkhinyi, ont été diffusés dès janvier 2007. Nous étions à Bamako au Mali au moment de la grève générale de 2007 qui a paralysé la Guinée pendant deux mois. Les frontières étaient fermées. On a écrit Tinkhinyi ("la droiture") en une nuit et on l’a enregistré au studio Bogolan. On l’a envoyé à peine maquetté à Conakry, et il s’est diffusé partout, très vite. On chantait la transparence… Torrè ("la Loi") et Forê ("la Pauvreté") incitent aussi chacun à prendre ses responsabilités. La Guinée n’est pas une brousse ! Et on est la preuve qu’on peut faire de belles choses dans notre pays.

Les Espoirs de Coronthie Tinkhinyi  (Wountanara Prod) 2009

 Ecoutez un extrait de

 Ecoutez un extrait de

Mamadou Barry en concert le 2 juin à la Bellevilloise, Paris
Les Espoirs de Coronthie en concert le 5 juin au Studio de l’Ermitage