Eliasse, révélation des Comores

Fidèle à sa volonté de tisser des liens musicaux entre les îles de l’océan Indien, le festival Donia a invité cette année à Madagascar l’artiste comorien Eliasse, auteur d’une prestation remarquable devant le public du stade d’Ambodivonio. Exigeant et novateur, comme le confirme son premier album, l’artiste ne devrait guère tarder à se faire connaître sous d’autres latitudes.

Une synthèse acoustique et énergique

Fidèle à sa volonté de tisser des liens musicaux entre les îles de l’océan Indien, le festival Donia a invité cette année à Madagascar l’artiste comorien Eliasse, auteur d’une prestation remarquable devant le public du stade d’Ambodivonio. Exigeant et novateur, comme le confirme son premier album, l’artiste ne devrait guère tarder à se faire connaître sous d’autres latitudes.

Au Donia, Eliasse est en terrain connu. Si le jeune chanteur guitariste de Moroni se produit cette fois sous son nom et avec son propre répertoire, il a déjà participé à deux reprises à ce festival malgache. D’abord en 2001, lorsqu’il accompagnait son compatriote comorien Maalesh. Puis en 2005, quand il est venu avec Trio Universal, une formation éphémère au sein de laquelle se trouvait également Mounawar, parti ensuite faire carrière à La Réunion.

Lui aussi a quitté la Grande Comore peu de temps après pour s’installer à Mayotte, seule île française de l’archipel. Là-bas, il a aussitôt choisi de se consacrer à son projet personnel : en solo au début, avant de monter un groupe à géométrie variable. Avec cette équipe, qui s’est stabilisée depuis deux ans sous la forme d’un quatuor acoustique, Eliasse a développé le concept du Za N’goma, nom générique trouvé par le l’artiste mahorais Baco pour désigner "tout ce qui vient des percussions". Un moyen habile de fédérer les différentes musiques d’inspiration traditionnelle et leur donner une identité. "A La Réunion, il y a le maloya et le sega. Chez nous, il y a une multitude de styles : le twarab, le mgodro, le shigoma… Et dans chaque chanson, on pioche ici et là", justifie-t-il.

Quand il a commencé à créer ses propres morceaux, il savait tout juste enchaîner deux accords de guitare. L’instrument lui a tout de suite paru familier, bien qu’il l’ait découvert à 19 ans. Trois mois plus tard, Maalesh le sollicitait pour remplacer son percussionniste. "Je me suis enfermé pendant un mois et j’ai tout appris par cœur", sourit-il.

Cette expérience acquise en moins d’une décennie s’entend sur son premier CD intitulé Marahaba, paru en 2008 : "C’était une explosion de tout ce que j’ai vécu dans la musique avec les artistes que j’ai accompagnés, que j’ai écoutés." Soucieux d’optimiser son travail en studio, il s’est envolé pour La Réunion afin de confier le mixage à Yann Costa, musicien de Zong et ingénieur du son réputé. En deux nuits, le travail était fini, et Eliasse reprenait l’avion avec dans son sac à dos, un album plus que convaincant.

Eliasse Marahaba 2008