La révolte de Boukman Eksperyans

Formation emblématique de la musique rasin d’Haïti et auteur d’un nouvel album intitulé La Révolte des zombies, Boukman Eksperyans défend une conception moderne de la culture vaudou qui lui sert de matière pour faire passer un message à vocation universelle. Entretien avec Lolo Beaubrun, chanteur et cofondateur du groupe.

En quête de réveil spirituel

Formation emblématique de la musique rasin d’Haïti et auteur d’un nouvel album intitulé La Révolte des zombies, Boukman Eksperyans défend une conception moderne de la culture vaudou qui lui sert de matière pour faire passer un message à vocation universelle. Entretien avec Lolo Beaubrun, chanteur et cofondateur du groupe.

RFI Musique : Comment faut-il comprendre le titre de votre nouvel album ?Lolo Beaubrun : Pour Boukman, c’est une habitude d’avoir des titres qui expriment ce que nous sommes et ce que nous vivons. La Révolte des zombies, c’est un réveil spirituel qui amènera aussi un changement social, politique, économique. Je commence l’album en disant "Dictature du marché. Tout est à démarcher. Mais seul l’amour est à bon marché. Nous sommes conditionnés. Sommes-nous tous condamnés à rester zombifiés ? " La zombification dont on parle, c’est l’acceptation de ce système égoïste contre lequel on doit se révolter pour voir la vie d’une autre façon.

Est-ce un thème qui sert ici de fil directeur ?Oui. Il faut que l’on prenne conscience que l’on ne peut pas continuer à vivre ainsi et qu’il faut être plus solidaire. Être vraiment disciple de l’Esprit mais pas matérialiste dans la façon dont nous vivons. Quand Jésus, Bouddha et d’autres grands maîtres sont venus sur terre, ils ne parlaient pas de religion mais de ce contact qu’on appelle l’amour et qui est tellement nécessaire sur cette terre.

Votre discours semble se situer dans le prolongement de celui que tenait Bob Marley. Vous a-t-il influencé ?Quand j’ai découvert Bob Marley en 1976, j’ai été étonné de voir comment il conscientisait les gens. Les musiques étaient très belles mais les paroles étaient extraordinaires. Et lorsque je l’ai vu en juin 1978 au Madison Square Garden (à New York, ndlr), j’ai été ébloui par ce groupe sur scène. Ça a beaucoup compté au moment de former Boukman Eksperyans il y a 31 ans. On se disait que si Marley pouvait faire ça en venant de Jamaïque, on en était aussi capable en Haïti. Utiliser les racines de notre pays en s’ouvrant au rock, au reggae et à d’autres influences. Et quatorze ans plus tard, Chris Blackwell, le producteur de Marley, nous a choisis pour faire trois albums sur son label Island.

Le livret du CD se termine par cette phrase : "Nous n’avons pas besoin d’intermédiaires". Est-ce pour cette raison que vous avez conçu cet album en famille ?Nous sommes devenus esclaves d’intermédiaires. Il y a toujours quelqu’un entre nous et Dieu, on a toujours des gourous, maîtres, prêtres qui nous barrent le chemin de ce contact direct avec l’Esprit. Pour l’album, c’était plutôt les circonstances : je l’ai coproduit avec mon fils Teddy. Mon autre fils Paul joue de la guitare. Il y a aussi ma femme, le cousin de ma femme... Avec ses enfants, on travaille mieux. Plus en symbiose. Ils me comprennent et ils nous ont apporté quelque chose d’original : à côté du rock, du reggae et du vaudou, il y a aussi l’influence du hip hop.

Cette évolution est-elle une façon de se régénérer ?Le Boukman de 2009 n’est pas celui de 1998 ou 2001. Les temps changent et nous aussi. En ce moment, nous aidons à lancer le rapsin, mélange de rap et de musique rasin. Il faut rester au contact de la jeunesse et ça me fait chaud au cœur de voir que le groupe a passé ce cap. Pour moi, c’est important de rester neuf.

 Lire la chronique de l'album Boukman Eksperyans La Révolte des zombies

Boukman Eksperyans La Révolte des zombies (Balenjo music) 2009