Justin Adams, ex-punk converti à l’Afrique

Le Britannique Justin Adams réitère son dialogue musical avec le musicien traditionnel gambien Juldeh Camara sur l’album Tell no Lies. Attiré depuis longtemps par les musiques d’Afrique et du Maghreb, le rockeur revient avec RFI Musique sur ses différentes collaborations anglo-africaines.

Métissage de cordes

Le Britannique Justin Adams réitère son dialogue musical avec le musicien traditionnel gambien Juldeh Camara sur l’album Tell no Lies. Attiré depuis longtemps par les musiques d’Afrique et du Maghreb, le rockeur revient avec RFI Musique sur ses différentes collaborations anglo-africaines.

RFI Musique : Quand votre attrait pour les musiques d’Afrique a-t-il commencé ?
Justin Adams :
Tout cela remonte à mon enfance. J’ai vécu en Jordanie, puis en Egypte. J’y ai découvert des sons, des rythmes qui m’ont plu. Ensuite, au cours de la période post-punk des années 1980, j’ai découvert beaucoup de musiciens d’Afrique et du Maghreb qui venaient  jouer en Angleterre. J’ai commencé à cette époque à intégrer dans ma musique des éléments mélodiques ou rythmiques du monde arabe.

Outre votre second disque avec Juldeh Camara, 2009 restera également marquée par une rencontre avec la chanteuse berbère marocaine Najat Aatabou, sur la scène du festival Rio Loco, à Toulouse. Comment l’avez-vous connue ?
Je venais de découvrir le premier disque de Khaled quand un ami m’a donné une cassette enregistrée sur une radio à Paris. C’était une voix incroyable. J’ai écouté cette cassette pendant des années sans savoir qui chantait. Un jour, j’ai su : Najat Aatabou ! Notre rencontre, organisée grâce au festival Rio Loco, a été précédée par une courte résidence à Fès, au Maroc. J’ai abordé cet échange comme un étudiant. Je suis un guitariste un peu punk, pas très instruit en musique. Avec Najat et ses musiciens, j’ai appris à me glisser dans un répertoire qui n’était pas le mien. C’était un challenge. J’avais ajouté des frettes sur ma guitare pour pouvoir jouer les quarts de ton.

A part Najat Aatabou, quelles découvertes avez-vous faites au Maroc ?
Je suis impressionné par la richesse des propositions musicales du Maghreb et j’ai découvert énormément au Maroc. Le style ahwah par exemple, un genre traditionnel du Sud. J’étais au pied d’une montagne à Tafraout, un petit village berbère de l’Anti-Atlas. Une soixantaine de femmes assises en rond chantaient en s’accompagnant de percussions. J'ai mangé là le meilleur tajine de ma vie, en buvant du thé à la menthe. Ça a été une expérience incroyable. Pour tous les sens. 

Vous avez produit les disques du groupe touareg Tinariwen, vous travaillez avec un musicien traditionnel gambien et vous introduisez votre guitare dans le répertoire d’une chanteuse berbère. Ces projets musicaux avec des artistes du continent africain peuvent-ils se lire comme un éloge du métissage ?
Pour moi, cette démarche a un sens très naturel. Toute la musique est métissage. Chacun le fait à sa façon. Quand j’écoute Elvis Presley, j’y entends de la musique noire, du blues, du country and western, dans lequel je perçois des caractères musicaux d’Ecosse, d’Irlande, d’autres endroits d’Europe. Dans chaque musique, on peut trouver des éléments d'ailleurs.

Pourquoi ce goût pour l’Afrique, que l’on retrouve également chez pas mal de vos collègues de la galaxie rock ?
Il s’y exprime sans doute un besoin de retrouver du sens dans les racines, pour inventer une nouvelle identité. Mais attention, cela ne marche pas toujours. C’est comme la cuisine : on mélange des ingrédients. Parfois c’est trop salé, trop sucré ou bien trop cuit.

 Ecoutez un extrait de

Justin Adams & Juldeh Camara Tell no Lies (Real World Records / Indigo / Harmonia Mundi) 2009

En concert le 19 septembre 2009 au festival Zic Zac d’Aix-en-Provence.

 Lire la chronique de l'album
Justin Adams
& Juldeh Camara
Tell no lies