1970’s Algerian Proto-Raï Underground

Une sélection d’anthologie, regroupée sur une compilation intitulé 1970’s Algerian Proto-Raï Underground documente la genèse du raï dans l’urbanité de l’Algérie fraîchement indépendante.

Compilation

Une sélection d’anthologie, regroupée sur une compilation intitulé 1970’s Algerian Proto-Raï Underground documente la genèse du raï dans l’urbanité de l’Algérie fraîchement indépendante.

Ce n’est pas la moindre curiosité de cette parution : il aura fallu attendre le travail d’un obscur label de Seattle, Sublime Frequencies, certes loué depuis quelques années déjà par tous les amateurs d’art brut et de sonorités étranges, pour que l’on redécouvre ces faces cachées du raï d’avant le triomphe de Khaled. Celles de 45-tours publiés en Algérie qui témoignent de la cruciale transition entre la tradition rurale des bédouins et l’élaboration d’une bande-son plus en phase avec l’actualité d’alors, incorporant à la façon de Blaoui Houari des instruments exogènes qui vont permettre une radicale modernisation de ce son ancré dans les racines.

Bannis des ondes, ces figures légendaires du proto-raï trouvaient dans les cabarets noctambules le terrain de jeu propice à tous leurs délires où s’entrechoque un global mix, du jazz libre à la pop égyptienne. Emblématique, le génial Messaoud Bellemou fera sonner sa trompette comme une bonne vieille flûte gasba. Nul doute que celui que beaucoup considèrent comme "le parrain du raï moderne", renvoie à l’autre égérie du raï : Rimitti, la "grand-mère" qui puisa inspiration dans les entrailles des cabarets d’après-guerre.

Si cette dernière est absente de cette sélection, Bellemou, associé à Cheikh Benfissa, est quant à lui en pole position. A juste titre, tant son Li Maadounche L’auto est un modèle du genre, le "wahrani sound", un petit bijou de groove oriental et de pop bizarre qui n’a pas pris une ride quarante ans plus tard. Voix éraillée qui déchante et nappes synthétiques qui titubent tout en soul, on croirait entendre une production signée du meilleur Rahid Taha. C’est-à-dire une parfaite introduction rétro-futuriste à tous ceux qui suivent : les transes obsédantes du Groupe El Azhar, qui sera le creuset de Cheb Mami, Boutaiba Sghir et ses terribles complaintes sur le quotidien, et Cheb Zergui dont la guitare électrique et sa fameuse pédale wah-wah irrigue le final Ana Dellali, une espèce de blues transcendantal sur un léger tapis de percussions. Sublime !