Biréli Lagrène et son Gypsy trio

On connaissait la vélocité virtuose de Biréli Lagrène, guitariste emblème du swing manouche made in France. Avec son nouvel album, Gypsy Trio, on le découvre avant tout fin mélodiste autour d’un répertoire où il reprend aussi bien Singin’ In The Rain qu’il ne compose Sir FD, en hommage à son fidèle producteur, Francis Dreyfus. Explications de ce choix par l’ex-enfant prodige devenu un musicien à la maturité confirmée.

Juste la mélodie juste

On connaissait la vélocité virtuose de Biréli Lagrène, guitariste emblème du swing manouche made in France. Avec son nouvel album, Gypsy Trio, on le découvre avant tout fin mélodiste autour d’un répertoire où il reprend aussi bien Singin’ In The Rain qu’il ne compose Sir FD, en hommage à son fidèle producteur, Francis Dreyfus. Explications de ce choix par l’ex-enfant prodige devenu un musicien à la maturité confirmée.

RFI Musique : En reprenant du Eddie Barclay mais aussi du George Harrison, ce nouvel album fait le pari de l’ouverture vers une certaine pop music, dans le sens populaire…
Biréli Lagrène
: Tout à fait. Je ne voulais pas refaire trop de titres autour de Django, comme c’est le cas depuis quelques années. L’idée était de choisir un répertoire plus ouvert, tout en gardant le fond du swing manouche, ce son typique. Je voulais voir un peu ailleurs, sans oublier d’où je viens et qui je suis. Ce sont des musiques que j’aime aussi : les Beatles, j’ai écouté ça adolescent, comme AC/DC. Mes goûts étaient très variés, j’aimais entre autres le rock. Quant au choix de New York City d’Eddie Barclay, comme le Soir de Loulou Gasté, c’est en référence aux versions de Django qui les avait jouées juste avant sa mort. Mais il s’agit surtout de très beaux thèmes.

Il y a aussi des grands standards du jazz et de Broadway. Cela marque un désir de s’en tenir à la mélodie ?
Oui, plus on avance dans l’âge, plus on recherche la mélodie, et non faire des acrobaties à la guitare ou sur tout autre instrument. D’où cette thématique, qui n’a rien de réellement originale, mais qui témoigne de mon désir de simplicité. Il ne s’agit de me révéler en virtuose de la guitare. J’avais envie d’en revenir à l’essentiel : la mélodie. Et puis, dans cette largeur de choix, je voulais retrouver ce que j’ai fait par le passé, avant de me consacrer à la musique de Django et de Stéphane Grappelli. J’ai toujours été quelqu’un d’éclectique, capable de se promener sur différents styles. Stagner sur un répertoire, aussi beau soit-il, ce n’est pas moi ! La musique est faite pour voyager, pour découvrir d’autres horizons. Dans mon cas, c’est vital.

Derrière toutes ces mélodies, il y a l’idée de la chanson. D’ailleurs dans l’interprétation, vous jouez resserré…
C’était l’intention. Vous savez, Django aussi, ça chantait tout le temps ! On loue souvent ses qualités techniques, mais il ne faut pas oublier qu’il était avant tout un formidable arrangeur et compositeur, même s’il ne savait pas lire la musique. Au-delà d’être un grand guitariste, il est avant tout un grand musicien qui s’est intéressé lui aussi à d’autres musiques, comme Bach et la musique romantique du XIXe siècle. Il se baladait plus loin qu’on ne le croit. Moi aussi, j’aime écouter Ravel, Debussy ou Bach. Ils me font du bien.

D’où l’invitation lancée à Roberto Alagna qui chante le thème final, Be My Love ?
C’est un chanteur que j’apprécie tout particulièrement, notamment pour ce qu’il a fait autour de Luis Mariano. Mais pour tout dire, c’est lui qui m’a invité. Il y a un an et demi, il a dit son désir de jouer à mes côtés lors d’une émission radio. Je suis donc allé le voir, et c’est vrai que cet immense chanteur semblait bien connaître ma musique et ma carrière. Du coup, nous sommes restés en contact, faisant quelques émissions ensemble. Au moment du disque, j’ai donc osé lui demander de venir. Et Roberto a su se libérer malgré son agenda très chargé.

Ce disque semble vous aérer les doigts et la tête ?
C’est sûr !

Comme vous aimez dire : "Django m’a aidé à aller voir ce qui se passe ailleurs."…
Il est essentiel de savoir voler de ses propres ailes, même si je suis le premier à adorer écouter de formidables guitaristes comme Stochelo Rosenberg. Moi, et ce n’est pas nouveau, je n’arrive pas à rester en place : il y a tellement de choses que j’aimerais faire et éprouver. De même, j’ai toujours voulu me démarquer de cette influence, pour pouvoir exister par moi-même. Avoir un son et être identifié pour qui je suis, même si je sais bien que les grands de cette musique ont largement balisé le terrain.

Qu’est-ce qui est le plus dur à jouer : un standard américain, un titre de Django ou une chanson française ?
Franchement, c’est interpréter une chanson populaire française. C’est à la fois facile et difficile à jouer : plus on les joue simple, mieux c’est ! (rires) Cela exige de l’humilité et le respect de la mélodie. Il faut savoir s’abstenir des longues improvisations, qui peuvent tuer le charme.

D’où le recours à la formule du trio manouche ?
Oui, et en même temps, c’est un sacré challenge ! J’ai toujours été habitué à jouer avec d’autres solistes. Là, je me retrouve tout seul avec Diego Imbert à la contrebasse et Hono Winterstein à la guitare rythmique. Ça m’oblige à bosser la guitare ! Mais cela peut faire beaucoup à porter, tout particulièrement en concert. J’ai d’ailleurs conscience que le public peut se lasser et c’est pourquoi je leur laisse la place pour qu’ils prennent des solos.

Biréli Lagrène Gipsy Trio (Dreyfus Jazz/Sony Music) 2009