Art Mengo, <i>Sujet libre</i> et liberté du sujet

Sujet libre, le nouvel album d'Art Mengo, le chanteur toulousain, le voit aborder des thèmes nouveaux avec son habituelle douceur romantique et pudique. Interview.

Nouvel album

Sujet libre, le nouvel album d'Art Mengo, le chanteur toulousain, le voit aborder des thèmes nouveaux avec son habituelle douceur romantique et pudique. Interview.

RFI musique : C’est un joli titre, Sujet libre. D’où vient-il ? Est-ce un autoportrait ou un énoncé de dissertation ? Art Mengo : Au départ, j’ai voulu faire un album concept, dont je n’ai finalement gardé que trois chansons. Je ne voulais pas changer musicalement – j’ai mon identité, j’ai ma patte, je ne sais pas faire autre chose – mais plutôt changer dans les thèmes évoqués par les chansons. Je voulais raconter la grande Histoire à partir d’historiettes. J’ai commencé avec Ciao-Wiedersehen, sur les femmes tondues à la Libération, en me disant que j’avais le concept. Puis j’ai continué avec Homo sapiens Barnard qui évoque la première transplantation cardiaque, puis une chanson sur mes parents et le passage des Pyrénées, Randonnée en famille. Pour la première fois, j’évoquais autre chose que des relations, des histoires d’amour, des déchirures. Et j’ai donc continué, notamment avec une chanson qui évoquait Hitler à travers ses peintures – des tableaux dans lesquels il n’y a jamais de personnages. Puis on s’est arrêté pendant un mois et j’ai trouvé que c’était pesant, lourd, d’enquiller les chansons historiques. J’ai voulu alléger le disque et j’ai commencé à écrire Bagatelle. Plutôt que de partir vers un autre concept pur, j’ai décidé de réorienter l’album.

Justement, à ce moment-là, Marie Nimier me demande des précisions sur les thèmes que je souhaite aborder dans ce nouvel album. Je lui ai écrit un mail en lui disant que, finalement, c’était sujet libre. Parlez de ce que vous voulez, ce qui était une manière de dire qu’il fallait arrêter de ne parler que de déchirure ou d’amour, une façon de botter en touche en disant : "évoquons d’autres choses". En lui écrivant, je me suis dit que ce serait un bon titre pour l’album. Et alors le disque a vraiment commencé.

Dans les textes que vous écrivez ou que vous demandez à vos auteurs, comme dans votre manière de chanter et dans vos arrangements, l’expression des sentiments est toujours d’une grande pudeur, comme si vous cherchiez à tout montrer sans rien dévoiler. Ça me ressemble. L’impudeur est vulgaire et je n’ai pas envie d’être impudique. Je suis gêné par la souffrance décrite au premier degré, par exemple. Mais ça ne m’empêche pas de parler de la douleur. Ma personnalité de chanteur est de toute manière un paradoxe : ce métier consiste à se mettre en avant alors que je suis plutôt réservé ; il faut livrer son intimité à tout le monde en espérant qu’elle ait quelque chose d’assez universel et ne montre pas trop de soi. Je crois que c’est une éducation de déraciné qui ne veut pas gêner, qui rêve de s’implanter quelque part sans faire de vagues. J’ai toujours – et malgré tout – la sensation d’être accueilli en France comme dans un pays d’emprunt, ce qui explique sans doute cette pudeur dans tous mes comportements.

Vous êtes bientôt en tournée en trio avec l’accordéoniste Lionel Suarez et le batteur Loïc Pontieux. Pourquoi cette formule après la luxuriance des arrangements de l’album Sujet libre ? Il y a une raison économique évidente : je ne peux pas tourner avec l’orchestre de l’album. Mais surtout, avec Lionel et Loïc, nous avons déjà fait une quinzaine de concerts à trois pendant la dernière tournée et j’avais l’impression d’être plus à l’aise, d’avoir la voix plus dégagée. Cela m’oblige à refaire les arrangements de cet album tout en revisitant mes vingt ans de douce présence sur scène.

 Lire la chronique de l'album Art Mengo Sujet Libre

Art Mengo Sujet libre (Le Chant du monde-Harmonia Mundi) 2009