Da Silva, de l’intime à l’universel

Pour son troisième opus La Tendresse des Fous, le solitaire Manu Da Silva enveloppe sa signature vocale et sa guitare des talents de réalisateur et d’arrangeur. Une prise de risque qui enveloppe des textes doux amers, mots simples mais non simplistes, qui content l’amour et la vie. En chacun de nous, son chant comme sa personnalité résonnent.

La Tendresse des Fous

Pour son troisième opus La Tendresse des Fous, le solitaire Manu Da Silva enveloppe sa signature vocale et sa guitare des talents de réalisateur et d’arrangeur. Une prise de risque qui enveloppe des textes doux amers, mots simples mais non simplistes, qui content l’amour et la vie. En chacun de nous, son chant comme sa personnalité résonnent.

RFI Musique : Pourquoi avoir appelé cet album La Tendresse des Fous ?
Da Silva :
Je le trouve joli, ce titre ! Il y a une sorte de folie dans le don de la tendresse, des sentiments, de la conscience et de l'intimité, qui consiste à s’offrir à l’autre. Il y a un truc dingue dans ce lâcher-prise, qui met hors sécurité. Il y a le risque de tomber, de se blesser. Pour moi, la "tendresse des fous" équivaut à l’amour ! J’aime aussi le sentiment d’égalité que cette expression suscite. Dans la vie affective, les humains se révèlent tous égaux : il n’y a aucune capitalisation possible, aucun modèle, aucun système. Il y a beaucoup de choses que l’on ne maîtrise pas, aucune promesse que l’on puisse tenir avec certitude… Je trouve cette idée tendre et réconfortante, un peu folle, aussi !

Dans cet album, vous engagez une intimité, qui résonne à l’universel…
La Tendresse des Fous constitue mon disque le plus personnel. Pourtant, les gens s’approprient mes chansons, parviennent à inscrire dans mes textes leurs propres histoires. J’en suis heureux, et je pense que tous se posent les mêmes questions que moi. Au fond, qu’est ce qui nous intéresse vraiment ? Une fois que vous avez fait le tour du fric, que vous vous en foutez car ça ne change la face du monde, une fois que vous avez atteint la gloriole et que ça ne vous fait plus tripper, le seul truc qui vous fait délirer, c’est de kiffer la vie ! Et kiffer la vie, ça veut dire aimer quelqu’un, partager de bons moments avec lui. Le faire aveuglément, cela tient trois semaines ! Mais le faire dans le temps revient à se poser de sérieuses questions… Il n’y a que ces problématiques-là qui me touchent !


Cet opus se situe en rupture par rapport aux précédents, en ce qui concerne la réalisation, les arrangements, l’orchestration…Une prise de risque que vous êtes parvenu à sublimer ?
Auparavant, je travaillais seul, puis je faisais mixer mes albums par Renaud Létang. Là, je n’avais plus envie de me caricaturer, de prolonger mon empreinte déjà fortement marquée par un flow, un grain de voix et une couleur particulière. Je n’arrivais plus à me satisfaire, je tournais en rond. J’ai donc décidé de déléguer et de confier la réalisation de La Tendresse des Fous à Bénédicte Schmitt et Dominique Blanc-Francard, ainsi que les arrangements à Joseph Racaille, qui a contribué à créer un univers riche et ouvert. Alors bien sûr, il y avait une prise de risque. Une fois composée, une chanson dégage, par ses mots, son sens, sa mélodie ou son interprétation, une émotion particulière, un esprit indivisible ! Or, plus vous multipliez le nombre d’acteurs autour d’un thème (réalisateurs, musiciens…), plus vous risquez de diluer le propos. Mais j’ai eu la chance de travailler avec d’excellents musiciens et deux réalisateurs talentueux, qui ont pris le temps de rentrer dans chaque titre, de révéler leur cœur sans le transformer ni le trahir. Tout le monde allait dans le même sens. On n’intellectualisait pas le propos, on fonçait. Une expérience spontanée !

Vous êtes donc heureux de cette évolution ?
Avant, j’étais spectateur. Maintenant je me pose des questions, sans avoir toutefois la prétention d’y répondre. Sur mes autres albums, j’étais également plus dans le "parler" que dans le "chanter", parce que je trouvais certaines réalités trop difficiles à mettre en notes. Là, je crois avoir réussi à concilier le fond et la forme. Surtout, je ne me suis jamais senti aussi proche de moi-même, aussi relié et sincère. Il y a eu un vrai travail de réflexion dans le temps. J’ai gommé des choses, suis revenu sur d’autres, ai donné plus d’air, donc forcément plus de recul, et d’émotion.

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 DaSilva
La Tendresse des fous

Da Silva La Tendresse des fous (Tôt ou tard) 2009