Daby Balde, l’autre Sénégal

Avec son album Le Marigot Club Dakar, c’est une image acoustique de la musique sénégalaise que Daby Balde cherche à véhiculer. Révélé sur le circuit international des musiques du monde en 2005, le chanteur casamançais, qui fut longtemps chauffeur de taxi, apporte de nouvelles nuances dans un registre déjà pratiqué et popularisé par certains de ses compatriotes.

La nouvelle voix de la Casamance

Avec son album Le Marigot Club Dakar, c’est une image acoustique de la musique sénégalaise que Daby Balde cherche à véhiculer. Révélé sur le circuit international des musiques du monde en 2005, le chanteur casamançais, qui fut longtemps chauffeur de taxi, apporte de nouvelles nuances dans un registre déjà pratiqué et popularisé par certains de ses compatriotes.

RFI Musique : Quand vous avez préparé ce nouveau disque, quelle idée principale aviez-vous en tête ?
Daby Balde : Faire découvrir nos coutumes et cultures du Sénégal. Le public européen connaît le mbalax pur et dur mais nous amenons une alternance dans la musique sénégalaise, une autre couleur. Je suis de la Casamance, et ce qu’on a l’habitude d’entendre là-bas, ce sont les chants traditionnels sur la gamme pentatonique. Blues. Au nord, c’est très différent. Moi, j’essaie de métisser, que chaque ethnie puisse se reconnaître dans cette musique : que ce soit les Maliens, les Burkinabé, les Nigériens... J’ai voulu faire une fusion. C’était mon objectif : me faire entendre en tant que musicien africain et pas seulement en tant que musicien sénégalais. Les Touré Kunda sont les premiers à avoir représenté la Casamance. Aujourd’hui, nous sommes la relève.

Aviez-vous déjà commercialisé des albums localement avant vos débuts internationaux en 2005 avec Introducing Daby Balde ?
Il y a d’abord eu des cassettes au Sénégal. On a sorti en CD sur le marché local, la combinaison des deux premières cassettes, et par la suite j’ai eu le contact de la maison de disques World Music Network qui a sorti à l’international l’album Introducing Daby Balde sur lequel nous avons ajouté quelques titres que nous avons refaits en studio. Il fallait se faire une petite place auprès des Sénégalais avant de traverser les frontières. C’est comme pour attraper un poisson : il faut mettre quelque chose au bout de l’hameçon. On a dû lutter longtemps parce que chez nous, les gens n’avaient pas l’habitude de cette musique. Au départ, il y a même des Sénégalais qui pensaient que j’étais malien !

Faire de la musique, est-ce une tradition familiale pour vous ?
Non. Ici, d’habitude, la musique est exercée par les griots mais ce n’est pas mon cas. Je suis d’une famille pulaar. Mais la musique est devenue mon métier à partir de 1992. Avant d’être musicien, j’étais chauffeur de taxi. Je n’ai pas conduit à Paris, mais j’étais chauffeur de taxi en Casamance, à Dakar et d’abord en Gambie. En fait, tout a démarré là-bas. J’y étais parti pour tenter un peu l’aventure parce que je n’arrivais plus à obtenir ce que je voulais au Sénégal.
Avant, j’avais fait la Guinée Conakry durant six mois, mais ça n’a pas marché alors je suis revenu et parti en Gambie où la chance m’a souri. J’ai commencé à travailler, j’avais un salaire de 300 dalasi par mois, je vivais bien. C’est là où j’ai eu ma première guitare. J’ai eu le temps d’apprendre, de faire des compositions parce que si les mots ne sont pas là, on ne peut pas faire grand-chose.

Vous souvenez- vous du premier texte que vous avez écrit ?
J’ai fait sept ans en Gambie sans retourner au Sénégal, alors ma première composition était très nostalgique. C’était un cri du cœur. L’inspiration est venue du morceau Redemption Song de Bob Marley. Pour moi, il représente beaucoup de choses. Un modèle. Il a apporté beaucoup à la musique moderne.

Qu’est-ce qui vous a décidé à revenir dans votre pays natal ?
Je suis revenu en décembre 1994 lors du coup d’Etat de Yahya Jammeh en Gambie. J’ai passé neuf mois dans mon village natal de Kolda, où je jouais avec l’orchestre régional. Je suis parti pour Dakar le 11 aout 1995 parce qu’en fait, c’est là que tout se passe. Alors il fallait venir pour essayer de trouver des promoteurs. J’ai galéré six ans à Dakar avant de sortir le premier album. Je n’avais pas de connexions et c’était un nouveau style qui n’était pas "consommé" ici. Les producteurs me disaient que la musique était bonne, que je chantais bien mais qu’on ne pouvait pas le vendre au Sénégal. J’ai continué à me battre jusqu’à ce que je rencontre un Français, Florent Disccaciati, qui m’a soutenu pour sortir le premier album.

Les compositions qui figurent sur votre nouvel album Le Marigot Club Dakar sont-elles toutes récentes ou puisez-vous parfois dans un répertoire déjà prêt mais pas encore exploité ?
Il y a un vieux de 61 ans qui est un conseiller pour moi et qui me dit toujours : "la paresse, c’est de reprendre." Aujourd’hui, je suis encore jeune, je peux composer pour l’instant. Le jour où je me sentirai fatigué, je pourrai me tourner vers le passé un petit peu et embellir les choses. Mais présentement, toutes les compositions sont nouvelles, à part Lale Kouma, qui est une chanson populaire de la Casamance, le moment des retrouvailles lors de la circoncision. Elle s’adresse à cette jeunesse qui s’égare carrément de son patrimoine pour lui dire d’écouter, lui rappeler que c’est cela, la Casamance.

Daby Balde Le Marigot Club Dakar (World Music Network/Harmonia Mundi) 2009
Actuellement en tournée en Grande-Bretagne