Hugues Aufray revisite Bob Dylan

Hugues Aufray revient avec Newyorker. Un disque de duos sur lequel il chante ses fameuses adaptations françaises des classiques de son maître et ami américain en compagnie de Johnny Hallyday, Alain Souchon, Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Eddy Mitchell, Arno et quelques autres.

Récit d’une amitié

Hugues Aufray revient avec Newyorker. Un disque de duos sur lequel il chante ses fameuses adaptations françaises des classiques de son maître et ami américain en compagnie de Johnny Hallyday, Alain Souchon, Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Eddy Mitchell, Arno et quelques autres.

En 1965, Hugues Aufray sortait un premier album d’adaptations françaises de chansons de Bob Dylan – un disque qui faisait découvrir le révolutionnaire de la musique américaine à beaucoup de Français. Avec quelques phrases élogieuses de son ami sur la pochette, il présente maintenant Newyorker, album de duos avec une brochette de sommités de la chanson française.

RFI Musique : Vous n’étiez pas encore une célébrité en France quand vous avez découvert Bob Dylan.
Hugues Aufray : En 1961, après avoir fait quelques disques, je suis invité par Maurice Chevalier pour représenter la France à un gala de bienfaisance à New York. Je découvre la capitale du XXe siècle, je découvre des artistes extraordinaires et je me dis que c’est dans cette musique et dans ce pays que j’ai envie de grandir. Je reviens à la première occasion et c’est là, alors que je fais pendant six mois la première partie de Peter, Paul & Mary au Blue Angel, grand cabaret chic, que je découvre au Gerde’s Folk City, un bouiboui du Village, un jeune garçon avec un harmonica autour du cou, qui chante toutes ces chansons qui vont devenir des légendes. Quand je rentre en France six mois plus tard, j’ai fait le plein de chansons américaines, qui vont devenir à partir de 1962 le fonds de mon répertoire et me donner mes premiers tubes.

L’idée de traduire Bob Dylan vous est venue seulement en 1965 ?
Non, j’en ai eu envie dès que je l’ai découvert à New York. C’est une démarche purement artistique et humaine : j’ai seulement envie de le partager, comme on parle à un ami d’un livre que l’on a lu. Mais en 1962-63, personne à Paris ne connaît Bob Dylan et Eddie Barclay ne veut pas entendre parler d’un tel disque. Par ailleurs, son manager Albert Grossman met presque deux ans à répondre et à me donner l’autorisation d’adapter ses chansons. Mais, pendant cette période, je deviens vedette, je donne deux ou trois cents galas par an, j’enregistre beaucoup. A l’époque, j’ai deux partenaires de chansons : Vline Buggy et Pierre Delanoë. Comme Vline est partie en tournée avec Claude François, j’appelle Pierre et nous partons avec Jean-Pierre Sabar, mon pianiste, nous installer dans trois chambres que j’ai louées à Saint-Rémy-de-Provence. Là, nous faisons douze chansons en quinze jours, ce qui pour moi est une performance – il m’est arrivé de mettre vingt ans à écrire certaines chansons.

A l’époque, quel est l’accueil d’Aufray chante Dylan ?
C’est un succès, mais moindre qu’avec des chansons populaires comme Céline, Stewball  ou Santiano. En revanche, c’est une révolution dans le monde de la chanson française. Des jeunes comme Renaud, qui n’a pas encore commencé à écrire, découvrent Dylan avec ce disque. Quand je chante à l’Olympia, Coquatrix fait écrire sur l’affiche : "Le tournant de la chanson française". Et c’est exactement ça : à partir de ce disque, des jeunes Français vont composer autrement. Ces chansons précèdent et annoncent Mai 68 : "Vous, les pères et les mères de tous les pays/Ne critiquez plus car vous n'avez pas compris/Vos enfants ne sont plus sous votre autorité/Sur vos routes anciennes, les pavés sont usés".

En 1996, vous avez enregistré d’autres chansons de Dylan.
J’avais eu envie d’adapter d’autres chansons, trente ans plus tard. A l’époque, je n’avais plus de maisons de disques (je suis resté dans cette situation pendant vingt-cinq ans, jusqu’en 2005). Aufray Trans Dylan était une marche au-dessus du précédent, avec vingt-quatre chansons dont douze nouvelles. Après les chansons plutôt acoustiques de 1965, il s’agissait de douze titres plus électriques, plus folk rock. Mais ce disque a à peine été diffusé et n’a pas eu de succès.

Qu’est-ce qui vous a amené à reprendre ce chantier une troisième fois ?
Chez Universal, j’ai fait d’abord un disque d’hommage à Félix Leclerc puis un album de chansons nouvelles, Hugh. Ils m’ont suggéré alors de faire un disque de duos sur mes plus grands succès. Je trouvais l’idée un peu réchauffée, après que Michel Delpech, Adamo et quelques autres l’eurent fait. Mais en réfléchissant, je me suis dit que j’apporterais plus avec ces chansons, que je pouvais continuer à faire connaître Dylan à ceux qui ne le connaissent pas en passant par la langue française et en trouvant les interprètes qui conviennent à chaque chanson.

Par laquelle avez-vous commencé ?
Depuis que j’avais écrit l’adaptation de Forever Young, j’avais naturellement l’espoir de la chanter avec Johnny. Qui mieux que lui pour chanter avec moi "puisses-tu vivre jeune à jamais" ? A partir de là, j’ai cherché quelle chanson conviendrait à chaque artiste, quel artiste conviendrait à chaque adaptation.

Quelle était votre feuille de route musicale ?
J’ai voulu faire ressortir les mélodies de Bob Dylan. Actuellement, il les déstructure volontiers sur scène, quitte à décevoir son public. Quelquefois le poète est devant, quelquefois il éclaire, quelquefois il aveugle. Et Dylan n’a jamais apprécié d’être suivi par une meute de gens qui ne le comprennent pas forcément pour ce qu’il est vraiment. Quand Pete Seeger va chercher une hache pour couper le fil de sa guitare électrique au festival de Newport, il n’est pas mécontent de décevoir ceux qui l’ont encensé. Mais je ne peux pas me permettre de démolir ses chansons – lui seul en a le droit. J’ai essayé de les faire réapparaître dans leur musicalité primitive. Alors, avec les musiciens américains qui ont travaillé sur l’album – et qui, pour la plupart, ont travaillé pour Dylan –, j’ai cherché la couleur d’arrangements qui pouvait faire resurgir mélodie, harmonie et cadences poétiques de chaque chanson.

Mais il y a des versions assez surprenantes, comme Tout comme une vraie femme chanté par Jane Birkin…
Quand elle est venue en studio, elle a d’abord eu des problèmes avec la mélodie de la chanson, avec les paroles en français, avec sa voix… A la fin, j’avais un enregistrement dont je ne savais pas quoi penser. Mais quand je l’ai fait écouter à mon entourage, tout le monde m’a dit : "C’est génial, elle se promène dans la chanson avec la même liberté que Dylan lui-même ! "

Hugues Aufray Newyorker (Mercury-Universal) 2009

En concert les 6 et 7 novembre 2009 au Grand Rex à Paris puis en tournée.