JP Nataf, le vagabond de la pop

Après un premier album solo passé injustement inaperçu en 2004, JP Nataf, membre fondateur des Innocents, revient à la charge avec Clair. Un disque où la pop s’entremêle de subtiles influences dub ou hip hop. Rencontre avec un artiste qui a le verbe aussi dru que le poil.

Clair, deuxième album solo de l’ex-Innocents.

Après un premier album solo passé injustement inaperçu en 2004, JP Nataf, membre fondateur des Innocents, revient à la charge avec Clair. Un disque où la pop s’entremêle de subtiles influences dub ou hip hop. Rencontre avec un artiste qui a le verbe aussi dru que le poil.


RFI Musique : On a l’impression que vous avez tout fait tout seul sur cet album ?JP Nataf : Au début, c’était l’idée mais comme je ne suis pas un homme de concept, à un certain moment, ça ne m’a plus amusé d’être tout seul. J’avais bien fait 75% du chemin et il restait un peu de sale boulot ! J’avais besoin d’un éclairage, quelqu’un qui m’aide à faire des choix. Je fais tout seul ce que je pense pouvoir faire mieux. Ce qui ne veut pas dire que je joue mieux que les autres, mais c’est mon horloge. Ce qui m’intéresse, c’est de trouver une justesse.

Avec ses neuf minutes, le titre Seul alone tranche dans l’album !Je crois qu’il y a un défi dans chaque titre. Je sais faire des titres pop mais dans chaque nouvelle chanson, je veux ramener une influence musicale que je n’avais pas encore dans les mains. Parce que sinon, on fait toujours le même disque. En réalité, j’aime énormément de musiques différentes depuis que je suis gamin. Je n’ai pas encore trouvé le moyen de faire une chanson qui retranscrive mon amour pour Kurt Weill. Il y a très peu de musique que j’aime autant que ça. Pour moi, c’est le summum en termes d'écriture de chanson. Après, je suis un fou du rythme, je suis un fan de James Brown, Tinariwen, de la musique éthiopienne, du dub, etc. C’est en laissant ces musiques dormir en soi qu’elles finissent par réapparaître. Avec Seul alone, il y avait une volonté de me plaindre, un fantasme entre le hip hop et Paul Simon.

Comment votre ancien compère des Innocents, Jean-Christophe Urbain s’est-il retrouvé sur cet album ?Ça fait très longtemps qu’on s’est retrouvé. En fait, nous avons seulement été fâchés trois ans. Depuis 2003, on ne s’est plus vraiment lâché. Au moment où je devais terminer Clair, on a dîné ensemble et on cherchait qui pourrait m’aider à finir ce disque. Ça faisait longtemps qu’il n’avait pas écouté mes morceaux. On a bu du rhum et à chaque fois qu’un titre se terminait, il disait un truc plutôt pertinent. Au bout du quatrième, ça m’a semblé une évidence absolue. Il y a des morceaux qu’il a complètement chavirés et d’autres où il n’a rien changé. On peut être dans une même pièce sans avoir à beaucoup se parler. C’est super !


Du coup, une reformation des Innocents est-elle d’actualité ?Oui mais quand, je ne sais pas !

Comment avez-vous vécu la brièveté (12 dates) de la tournée de votre premier album solo, Plus de sucre ? J’avais envie de jouer de la musique et je me suis débrouillé pour en jouer. J’ai fait beaucoup de scène en cinq ans. J’ai même fait une tournée au Chili avec Holden, un truc de dingue : 23 dates en 17 jours et comme je jouais à la fois en premier partie et avec eux, certains soir je montais quatre fois sur scène. J’ai été très occupé pendant cinq ans, je n’en ai pas souffert tant que ça. J’étais frustré au début car j’avais un très bon groupe. Il a fallu inventer. Ça m’a obligé à me lancer dans le bain, à accepter que je puisse faire des concerts seul avec ma guitare. Ce qui m’a fait vachement progresser. Ça s’entend dans l’album : toutes les chansons tiennent la route guitare-voix. Ça m’a aussi aidé à me décomplexer d’un truc : de ne plus m’accrocher à une seule version d’un titre sur scène. Je me suis trimballé avec mes chansons : certains soirs je les jouais seul, d’autres je les jouais avec Albin de la Simone, Bertrand Belin, Bastien Lallement. On est toute une bande et on connaît tous un peu les chansons des uns et des autres. Quelquefois, il y en a qu’on oublie un peu, du coup on les réinvente. Il y a peut-être quelque chose qui est proche de ce que peuvent ressentir les gens qui font du jazz. Un truc de rencontre. J’ai découvert une façon de faire de la musique qui m’était un peu cachée.

 Lire la chronique de l'album JP Nataf Clair

- 08/09/2016

JP Nataf Clair (Tôt ou tard) 2009En concert le 23 novembre à la Boule Noire à Paris

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