Les Bantous pleurent Essous

Cofondateur des Bantous de la Capitale et pièce maîtresse de nombreux orchestres sur les deux rives du fleuve Congo, Jean-Serge Essous s’est éteint le 25 novembre dernier à Brazzaville. Agé de 74 ans, ce clarinettiste-saxophoniste a défendu tout au long de sa carrière une rumba aux accents cubains.

Disparition d’un monument de la musique congolaise

Cofondateur des Bantous de la Capitale et pièce maîtresse de nombreux orchestres sur les deux rives du fleuve Congo, Jean-Serge Essous s’est éteint le 25 novembre dernier à Brazzaville. Agé de 74 ans, ce clarinettiste-saxophoniste a défendu tout au long de sa carrière une rumba aux accents cubains.

La soirée avait valeur de symbole : le 12 avril dernier, les Bantous de la Capitale s’offraient l’Olympia, la mythique salle parisienne, pour fêter leur demi-siècle d’existence. "Trois S", comme on surnommait Jean-Serge Essous, était bien sûr de la partie. En 1959, avec quelques amis musiciens venus également travailler à Léopoldville (ancien nom de Kinshasa) et conscients que leur situation deviendrait plus incertaine avec l’indépendance du Congo belge, il s’était décidé à retourner dans son pays natal pour y monter un orchestre. Après six mois de répétitions dans la plus grande discrétion, toute la bande retraversait le fleuve pour donner son premier concert ensemble.

L’aventure des Bantous débute donc officiellement ce 15 août 1959 dans l’un des cabarets les plus réputés de Brazzaville, Chez Faignond. Succès immédiat. Dès l’année suivante, le groupe participe aux cérémonies d’indépendance du Togo et devient l’un des porte-étendards de la rumba sur tout le continent. Plus qu’une musique, c’est un état d’esprit que véhicule cette joyeuse équipe de musiciens. Au verso de la pochette d’un des 45 tours du groupe enregistré en 1963, on peut lire "Essous, Jean-Serge, 28 ans : clarinettiste-saxophoniste, chanteur. C’est l’âme de l’orchestre dont il est le chef. Aime tout ce qui est bien, a horreur des mouches dans une bagnole et a un sacré faible pour… ses cousines, la 2CV et les japonaises."

Né en janvier 1935 à Mossendjo avant de partir vivre avec sa famille à Brazzaville, il découvre la musique chez les scouts où il apprend à jouer du pipeau mais aussi à travers les disques d’artistes latino-américains que son père écoute sur son gramophone. Tout en travaillant comme mécanographe pour IBM, le jeune homme passe de la flûte à la clarinette puis au saxophone et s’entraîne avec ses copains rencontrés sur un terrain de football. Entré dans les rangs du Negro Band, il en part pour accompagner Franco au sein de l’OK Jazz en 1956, avant de continuer sa route avec Rock’a mambo, autre groupe phare de la scène léopoldvilloise.

Lorsqu’il forme les Bantous, il en assure la direction jusqu’en 1966. Après avoir participé au premier Festival des Arts nègres à Dakar, il rejoint Paris et l’Africa Team, avec Manu Dibango. Pendant quelques temps, il vit aux Antilles mais rentre au Congo en 1970 où il poursuit sa carrière, avec différentes formations ou même sous son nom. Désigné Artiste de l’Unesco pour la paix en 2006, Jean-Serge Essous contribue au retour des Bantous sur scène et en studio avec l’album Bakolo Mboka qui paraît en 2007. Une façon, pour ce septuagénaire, de poursuivre un rêve formulé en commun avec ses amis d’enfance.