Malavoi et Ralph Thamar

Après avoir boudé les studios pendant dix ans, Malavoi, fleuron de l’identité musicale de la Martinique, revient avec un nouvel enregistrement (Pèp la) et du sang neuf dans sa section de cordes. Rencontre avec Ralph Thamar, son légendaire crooner qui a pris le large une vingtaine d’années avant de relancer cette belle affaire fin 2006.

Retrouvailles

Après avoir boudé les studios pendant dix ans, Malavoi, fleuron de l’identité musicale de la Martinique, revient avec un nouvel enregistrement (Pèp la) et du sang neuf dans sa section de cordes. Rencontre avec Ralph Thamar, son légendaire crooner qui a pris le large une vingtaine d’années avant de relancer cette belle affaire fin 2006.


RFI Musique : Vous êtes là quasiment au début de l’aventure (1972), vous participez au premier album en 1978, et puis un beau jour vous partez. Que s’est-il passé ?
Ralph Thamar : En 1986, nous avons commencé à avoir des divergences quant à l’idée de professionnalisation [tous les musiciens exerçaient un autre métier à côté de la musique]. Le groupe recueillait un tel écho qu’à mon sens, il n’était plus possible de fonctionner comme cela, de conserver ce statut amateur. Les autres ont souhaité garder leur emploi. Moi, j’ai fait un autre choix et j’ai quitté la Martinique.

Vous avez développé votre propre carrière, enregistré plusieurs albums, à la suite du premier, Exil, en 1987, l’année de la rupture avec Malavoi,  puis vous revenez vingt ans plus tard. Quel est le sens de ce retour ?
J’avais envie d’entendre la suite de Malavoi. Ce groupe est important pour la Martinique. Il ne faut pas que cette histoire s'étiole, elle doit perdurer. Je  regrette seulement que Mano Césaire ne soit pas de la partie [neveu d’Aimé Césaire, ce violoniste à été à l’initiative du groupe, avec quelques copains du quartier  de Terres-Sainvilles, à Fort-de-France, dont Jean-Paul Soïme, également violoniste, décédé en 2007]. Mano m‘a dit qu’il ne se sentait pas suffisamment "actuel". J’espère le ramener.

L’album contient un titre (Pa Pléré) dont les paroles sont signées Gérard La Viny, qui vient dé décéder. Surnommé "l’Ambassadeur de la biguine", il a écrit Sans chemise, sans pantalon et Ban moin un ti bo. Des tubes doudouistes* ?
Faut en finir avec ça et arrêter de jeter la pierre aux gens comme lui. On l'a accusé de véhiculer une image doudouiste des Antilles. Je ne comprends pas pourquoi. C’est un type important.

En quoi est-il important ?
Pour moi, Gérard est un auteur compositeur majeur. J’ai, par le passé, fait un disque avec uniquement des compositions de lui, La Marseillaise Noire, en 1996, l’année où l’on célébrait les 150 ans de l’abolition de l’esclavage. La Viny, c’est le catalogue le plus imposant de la musique antillaise. On lui doit plein de choses que les gens ignorent. Par exemple, le texte de Porgy & Bess en version française, c’est lui. Il avait travaillé avec Henri Salvador… Sa Biguine pour Giscard l’a sans doute un peu écarté du cœur des Antillais. La première fois où les gens s’étaient fâchés avec lui, c’est surtout quand il avait repris une vieille chanson chantée par les militaires pendant la guerre de 14-18, Les Noirs ont de mauvaises habitudes. Il avait un caractère taquin, un peu provocateur. Voulant faire de l’humour, il a chanté ça en Guadeloupe. Il a failli se faire lyncher.

Que signifie le titre Pa Pléré ?
C’est un message optimiste adressé par un père à son enfant. Il lui dit "N’aie pas peur de l’avenir, je serai toujours à tes côtés."

"Si tu veux savoir quelle vie nous menons, demande à ce peuple / si tu veux savoir de quel amour nous brûlons, demande à ce peuple / si tu veux savoir quels outils sont les nôtres, demande à ce peuple" écrit Roland Brival dans Pèp la, la chanson donnant son titre à l’album. A qui s’adresse ce message insistant ?
A tout le monde. Elle a été écrite avant les événements de février mais elle porte des pensées qui ont été exprimées à ce moment-là. Il faut écouter la sagesse du peuple me fait dire Brival.  Si l’on veut recevoir un écho juste de la chose à faire et d’une pensée à avoir, il faut demander au peuple, le prendre à témoin. C’est lui le guide.

Quel est le rythme utilisé dans ce morceau ?
C’est un grand bèlè, composé par Nicole Bernard, notre percussionniste et directeur artistique. Le bèlè est revenu dans l’air du temps en Martinique. Il y a partout des soirées qui attirent du monde de toutes les générations. La sagesse du peuple, c’est aussi cela. Revenir aux musiques authentiques, aux fondamentaux. Un peuple qui oublie son passé se perd. Les racines, c’est d’une richesse et d’une utilité absolue, ça permet d’être bien en place.

Après votre retour dans Malavoi, qu’en est-il de votre carrière solo ?
J’ai un projet de CD voix et piano, en compagnie de Mario Canonge et d’Alain Jean-Marie. Avec soit un, soit deux pianos.

* qui proposent une image exotique, réductrice, donc dévalorisante des Antilles

Malavoi & Ralph Thamar Pèp la (Aztec Musique/Rue Stendhal) 2009

Concerts : Du 4 au 6 décembre à Paris (New Morning), le 8 à Savigny Le Temple, le 10 à Marseille (Espace Julien), le 11 à Lyon (Espace Nyn Kasi), le 12 aux Mureaux.