Transmusicales de Rennes 2009

Samedi 5 décembre s’est achevée la 31e édition des Transmusicales de Rennes. Durant cinq jours, 50.000 spectateurs ont adhéré à la manifestation et à son esprit prescripteur, à l’affût de nouvelles sonorités. Au programme : GaBlé, Roken is Dodelijk, Slow Joe and The Ginger Accident…et Gaëtan Roussel, le leader de Louise Attaque en solo et en résidence.

Il pleut sur Rennes. Des cordes. Mais l’excitation plane dans l’air, palpable, souffle fiévreux que ne parvient pas à altérer la chape de nuages. En ce vendredi 4 décembre, les Transmusicales, institution bretonne, nationale et planétaire pour tout amateur de sons tous azimuts, battent leur plein depuis le coup d’envoi (2 dec.). Dans les pages du programme, feuilletées plus d’une centaine de fois, le vertige de quelques quatre-vingts noms, pour la plupart inconnus au bataillon, résonnent comme autant de promesses, et une poignée de regrets – impossible de tout voir, entendre, digérer ! Une fois encore, et pour sa 31e édition, les Trans honorent leur réputation : peu de stars, mais un esprit aventureux, dénicheur de pépites. Une prise de risque couronnée d’un succès non démenti – 50.000 spectateurs cette année – due à la passion inextinguible du "patron", Jean-Louis Brossard. Pour se retrouver dans ce dédale, et cette kyrielle de groupes alléchants, mieux vaut se fier à son instinct, et à la rumeur ! Top départ.

GaBLé, haute dose d’inventivité
Tout naturellement, ces deux éléments conduisent aux portes de La Cité, salle mythique et riche d’histoire, en cœur de ville, où se produit GaBLé, groupe multivitaminé, déjà remarqué l’an passé à l’UBU. Le lieu affiche comble. Il faudra donc patienter quelques instants à l’extérieur, avant de jouer des coudes dans une foule compacte. Un parcours du combattant qui vaut son pesant de musique : avec leur pop-électro-on-ne-sait-trop-quoi, ce trio caennais rivalise d’inventivité, d’imagination, de poésie loufoque…Nul superlatif ne serait à la hauteur de leur art foutraque, bidouillages rigolos, fantaisie au kilo, qui renvoient dos-à-dos les sons prémâchés. Sur un fond visuel trippant, ambiance cartoons, ils livrent leur génie, vite rejoints par une chorale locale d’une vingtaine de personnes. Un excellent remède au formatage, qui remet les idées en place. Ou définitivement en vrilles.

Parc Expo en direct
Mais direction la navette, anti-chambre roulante de la fête pour rejoindre le Parc Expo. Après deux jours retrouvés au Liberté, salle mythique du centre-ville, flambant neuve, les Trans réintègrent la périphérie. On patauge dans la boue de ce "woodstock industriel", temple de la galette-saucisse et de la bière, containers gigantesques de up-tempos et de strobos, où l’on navigue, hagards, entre hall 3, 4, 5 et 9. Au Hall 4, justement, ce vendredi, le groupe Chocolate Donuts nous régale de sa recette gourmande pop-normande, à grand gratouillis de ukulélé. Avec 19 ans de moyenne d’âge et une chouette énergie, un bel avenir se prédit aux Flériens. En interludes, le DJ Mr Eleganz, charismatique chanteur du groupe Success, se la pète délicieusement, joue de l’arrogance et des platines, adopte des poses lascives, pour un show aussi glamour que groovy.

Hey Joe : l’Indien crooner
Mais le bouche-à-oreille émet un autre son : Slow Joe and The Ginger Accident se profile. Soit l’histoire d’un coup de foudre musical entre un jeune guitariste lyonnais, prof de maths de 29 ans, et un vieil Indien de 66 ans, Joseph Rocha, crooner invétéré et toxico repenti, dont la nonchalance naturelle lui vaut ce surnom. Les deux se rencontrent à Goa, lors d’un séjour de Cédric de La Chapelle. La complicité se construit aussitôt, pour se traduire par un long échange musical de deux ans. Un travail en allers et retours qui aboutit ce soir même, sur la scène des Trans, avec les embûches administratives que l’aventure comporte : Slow Joe n’avait pas de papiers. Aujourd’hui, il joue pour la première fois avec le groupe hexagonal Ginger Accident. Alors, forcément, il regarde ses partitions, hésite. Mais la voix est là. Le déhanché aussi. Comme ses clins d’œil cabotin d’amateurs de femme, sa chaleur suave et sa sensualité, qui rappelle un Frank Sinatra patiné Motown, doté d’un backing-band façon Doors. Mais Slow Joe ne souffre pas la comparaison. Il est lui-même, avec son timbre particulier, ses poses dandy, et la gratitude infinie qu’il manifeste envers le public rennais…qui le lui rend bien.
 

French Touch : électro, hip hop & soul
Le samedi, dernière escale de la traversée Trans, laisse la part belle à la French touch, avec des shows précis, réglés à la perfection, et hauts en décibels de Mr Oizo et Popof. Du lourd, du massif, à la plus grande joie des teufeurs du Hall 9, qui danseront all night long. Hall 4, ça sonne plus soul avec le groupe Push Up !, combo parisien qui réunit la fine fleur du groove à la française : la remarquable Sandra NKaké, Karl The Voice, le poète Allonymous…Un son qui ne manque pas d’audace, de créativité et de revendication. Mais c’est surtout le collectif hip hop Groove Contrôle qui retiendra notre attention. Ils sont dix, mêlent rap, beat-box, et danse tous styles. Un spectacle haut en couleurs et en dimension artistique.
Au fil de ce riche itinéraire, les Transmusicales ont donc, cette année encore, contribué à façonner les têtes d’affiches de demain. Bravo, merci, et à l’année prochaine ! 

 

 

Gaëtan Roussel, en solo aux Transmusicales
Héros généreux

Tous les soirs des Transmusicales, la salle L’Aire Libre accueillait Gaëtan Roussel. Une résidence qui a permis à l’ex-leader de Louise Attaque et Tarmac, de mûrir une très belle création, entouré d’un tas de copains et d’invités. Un avant-goût réjouissant de son premier album solo.

 

Avec 2,8 millions d’albums vendus par Louise Attaque en 1997, Gaëtan Roussel était bel et bien LA tête d’affiche de ces Transmusicales 2009. Après avoir produit et co-écrit Bleu Pétrol d’Alain Bashung, collaboré avec Rachid Taha (Bonjour, 2009) et Vanessa Paradis (le single Il y a), le chanteur et leader du cultissime groupe hexagonal tente aujourd'hui l’aventure en solitaire.

Comme terrain de jeu et d’expérimentation, il bénéficiait, durant les Transmusicales, d’une résidence à l’Aire Libre : un concert par soir pour laisser mûrir sa création. Sur la petite salle au charme coquet, en périphérie de Rennes, le noir complet laisse filtrer une musique enfantine, épique…Gaëtan Roussel, crâne rasé, s’avance, gratouille un air, chantonne.

Derrière lui, le rideau se lève sur une formation aux allures de big band : pas moins de cinq cuivres, une basse, une batterie, une guitare, des choristes ! Si l’on reconnaît son timbre vocal – des cailloux qui roulent dans l’herbe tendre –, si ça poésie danse toujours avec le quotidien et ses ritournelles avec le vent, sa musique, elle, a pris du coffre. Musclée aux confluents soul, elle gambade sur des étendues transes, s’attaque au funk punchy et au punk flashy, caracole, fanfaronne, électrise et suscite un joyeux bordel.

Entouré d’excellents musiciens – parmi lesquels Daniel Jamet (guitare) et Joseph Dahan (basse), deux anciens de la Mano Negra – Gaëtan assure le show, explore les contours d’une musique qui ne rigole pas, mais s’impose, tissée d’humour. Citons ainsi les explosifs Help Myself et Clap Hands, ou la très jolie ballade Les Belles choses, interprétée le cœur au bord des lèvres.

Deux invités apporteront leur pierre à l’édifice : Renée Scroggins, chanteuse du groupe art-funk ESG (Bronx), et l’Américain Gordon Gano, leader décapant du groupe country-punk Violent Femmes, producteur des deux premiers albums de Louise Attaque. Intense fut l’émotion ce samedi soir-là : poils qui se dressent, larmes qui perlent, fous rires, comme cette énergie inaltérée qui submerge une salle, debout à l’unanimité dès le deuxième titre. Sur les planches, Gaëtan et ses copains jouent de cet ingrédient essentiel, le plaisir, sans négliger la plus vive exigence. Généreux, souriant, il offrira plusieurs rappels avant de disparaître. Un moment fort, partagé, qui donnait un avant-goût de son album à paraître en janvier 2010. Vivement…