Un style en héritage

Django Reinhardt est le jazz manouche. Il n’y eut pas d’avant, il y aura tant d’après. Comme Miles, son prénom suffit à le nommer, la distinction des plus grands. Comme peu, il a inventé un style, une tradition, des standards repris jusqu’au fin fond des Etats-Unis, mais aussi remis au goût du jour dans nos lucarnes cathodiques. Pas une année sans que son influence ne se fasse entendre sur les fréquences. En versions originelles ou en visions originales. Django mort officiellement en 1953, mais depuis bel et bien vivant, encore et toujours plus grand. Le pléthorique guitariste a semé aux quatre vents, telle une intarissable source d’aspiration. Etat des lieux de sa descendance à l’heure du centenaire de sa naissance.

Etat des lieux

Django Reinhardt est le jazz manouche. Il n’y eut pas d’avant, il y aura tant d’après. Comme Miles, son prénom suffit à le nommer, la distinction des plus grands. Comme peu, il a inventé un style, une tradition, des standards repris jusqu’au fin fond des Etats-Unis, mais aussi remis au goût du jour dans nos lucarnes cathodiques. Pas une année sans que son influence ne se fasse entendre sur les fréquences. En versions originelles ou en visions originales. Django mort officiellement en 1953, mais depuis bel et bien vivant, encore et toujours plus grand. Le pléthorique guitariste a semé aux quatre vents, telle une intarissable source d’aspiration. Etat des lieux de sa descendance à l’heure du centenaire de sa naissance.

Après lui donc, une longue filiation, de sang et d’esprit, une veine qui continue d’irriguer la communauté des nomades en l’âme, la confrérie des curés du jazz aussi. Les premiers en retiennent avant tout un bon sens de l’improvisation, un état d’esprit, une ouverture aux mondes des musiques, un goût pour l’altérité, une rigueur qui rime avec fraîcheur, non sans humour. Pour les autres, les compositions et l’interprétation du maître Jean-Baptiste (son véritable prénom), la figure christique de tout un peuple, raisonnent comme des paroles d’évangile, des textes sacrés qu’il s’agit de reprendre à la virgule près.

Pour tous, le guitariste est un objet de culte, honoré chaque année d’un festival à Samois-sur-Seine où il est enterré. Depuis plus d’un demi-siècle, on ne compte plus les exégètes de celui qui a essaimé au-delà de nos frontières. Woody Allen en fera le sujet d’un film, Accords et désaccords avec Sean Penn. Le Roumain Florin Niculescu publiera Djangophonie en 2005, avec un bel écho. Le succès rencontré par le clarinettiste Evan Christopher, Django à la créole, en est l’un des récents exemples. Un parmi tant.

En ce début 2010, l’Hexagone célèbre donc le tutélaire guitariste, devenu héros de l’identité nationale jazz, bien que né en Belgique le 23 janvier 1910. Le mensuel de référence Jazz Magazine publie un texte d’Yves Salgues, La légende de Django que tout amateur se doit de lire, et passe à la question certains des plus ou moins jeunes héritiers. Et ceux-ci ne manquent pas !

Le véloce Bireli Lagrène, guitariste emblème du swing manouche made in France, en reste le premier de la liste, même si son récent opus marque une pause sur le sujet. "C’est quand même le guitariste qui m’a donné envie de jouer. Grand et profond respect !" L’autre émule qui a beaucoup fait couler d’encre récemment est le Lorrain Dorado Schmidt, qui vient de publier un beau Family sur le même label. Avec à la clef quelques standards du maître dont l’inévitable Nuages, mais aussi un convaincant original intitulé Miro Django en guise d’introduction. Son cousin, le rigoureux Tchavolo Schmitt, né à Paris un an après la mort de Django, "le Mozart du peuple gitan" selon lui, est aussi l’un des plus fidèles légataires de l’héritage.

A ceux-là, il faut ajouter les excellents Stochelo Rosenberg et Samson Schmitt, Christian Escoudé dont le Trio Gitan réinvestit avec ténacité l’univers de Django mais aussi celui d’Angelo Debarre, esthète de l’improvisation, Ninine Garcia qui entend préserver l’héritage de Django tout en s’affirmant comme un sérieux compositeur… Ou encore Boulou Ferré, avec ou sans Elios, sevré depuis tout petit. "Je chantais par cœur des centaines de chorus de Django, mais il m'était interdit de toucher la guitare. C'était la technique de mon père : une question de respect, une façon de faire monter l'envie, jusqu'à ne plus en pouvoir"*. 

Dans la même classe (d’âge), il faut également mettre l’accent sur Romane, Gadjo qui s’est imposé comme l’un de ses meilleurs disciples, loin d’être un simple épigone, sur une scène pourtant fournie en la manière.

"Le jour où j’ai découvert Django Reinhardt, j’ai été foudroyé. J’ai commencé à relever tous les solos à l’oreille, j’ai lu tous les bouquins sur sa vie." Voilà comment Thomas Dutronc, autre gadjo dont la renommée a beaucoup fait pour Django auprès des plus jeunes, est devenu comme un manouche avec guitare. Le fils du grand Jacques ne doit surtout pas masquer une nouvelle génération qui marche à grands pas dans les traces de l’illustre aîné. Des noms ? Le tout jeune Swann Lamberger, formé par son père, qui s’inscrit dans la grande tradition d’une musique rythmée par l’émergence de talents aussi précoces qu’autodidactes.

Dans la famille de tous, on naît guitariste. Il en va ainsi du virtuose Steeve Laffont et du méconnu Samy Daussat, à suivre de près. Remarqué par la presse, le premier disque de Rocky Gresset l’a distingué pour sa technique sans faille. Enfin, "last but not least" de cette liste, David Reinhardt, petit-fils de Django et fils de Babik, anime son propre trio où l’on remarqua il y a quelques années déjà son cousin Noé, pas moins intéressant quand il pose ses doigts sur la fameuse Selmer 607.

* Boulou et Elios ferré, fils de Matelo Ferré, compagnon de route de Django Reinhardt et membre du Quintette du Hot Club de France

 Ecoutez plus de musique de Django Reinhardt

A écouter :
Bireli Lagrène Gipsy Trio (Dreyfus Jazz/Sony Music) 2009
Dorado Schmidt Family (Dreyfus Jazz/Sony Music) 2009
Romane Djangovision (IMP/Harmonia Mundi) 2003
Evan Christopher Django à la créole (Frémeaux & Associés/Socadisc)
Stochelo Rosenberg Live In Samois (Universal) 2003
Florin Niculescu Djangophonie (Le Chant du Monde/Harmonia Mundi) 2004
Compilations Djangologie et Manoir de ses rêves (Le Chant du Monde/Harmonia Mundi).
Compilation Generation Django (Dreyfus Jazz/SonyBMG) 2009
Compilation Django Cent (JMS/Sphinx) 2009

Sur scène : Django 100  le 14 mars, à 17h, au Théâtre des Champs-Elysées, avec Boulou Ferré, Elios Ferré, Romane, Angelo Debarre, Stochelo Rosenberg… et 100 guitaristes amateurs, pour un final sur Minor Swing