Enzo Enzo, quelqu'un de <i>Têtue</i>

Presque six ans après Paroli, Enzo Enzo sort un nouveau disque de chansons "pour les grands", Têtue. Au générique, Kent, Bertrand Pierre, Julien Clerc, Allain Leprest, Roé, Benoît Carré, Romain Didier… et même Victor Hugo. Ce sont des retrouvailles discographiques, mais elle n’a cessé de travailler : des centaines de concerts, deux disques pour enfants, des créations scéniques de Romain Didier, des contes de Kipling, des participations à des disques collectifs et même des classes de chant… Une nouvelle fois – on aime le répéter ! – rencontre avec quelqu'un de bien.

Des chansons pour les grands

Presque six ans après Paroli, Enzo Enzo sort un nouveau disque de chansons "pour les grands", Têtue. Au générique, Kent, Bertrand Pierre, Julien Clerc, Allain Leprest, Roé, Benoît Carré, Romain Didier… et même Victor Hugo. Ce sont des retrouvailles discographiques, mais elle n’a cessé de travailler : des centaines de concerts, deux disques pour enfants, des créations scéniques de Romain Didier, des contes de Kipling, des participations à des disques collectifs et même des classes de chant… Une nouvelle fois – on aime le répéter ! – rencontre avec quelqu'un de bien.

RFI Musique : Vos précédents albums vous présentaient en général comme une personnalité mélancolique. Ici, vous apparaissez comme une chanteuse plus solaire, même lorsque vous abordez des thématiques sérieuses.
Enzo Enzo : J’ai perdu ma frangine il y a quatre ans. Ça a été triste, mais nous avons vécu un accompagnement fort de sa fin de vie. Et cela m’a contrainte à être heureuse devant la vie. Quand on a la chance de dire au revoir à quelqu'un, on prend de la force de vie. Je suis triste mais j’ai de la chance d’être restée. Je vis avec joie parce que j’ai la vie.

Justement, une chanson comme Les Papayes aborde la question des catastrophes climatiques avec un mélange singulier de gravité et de légèreté…
En général, on ne chante pas ces histoires-là. Quand on écrit sur ces îles au soleil, on chante la beauté et "ma doudou". Bertrand Pierre m’a apporté beaucoup de chansons de cet album, avec son ami, le compositeur et arrangeur Mathias Duplessis. Il y a quelques années, il m’avait invité à enregistrer en duo La Chose la meilleure, sur le texte de Victor Hugo, pour son album. Quand j’ai commencé mes recherches pour Têtue, je me suis demandé pourquoi je ne reprendrais pas cette chanson dans mon disque – une chanson tellement réussie, avec à la fois une fragilité, un sentiment de partage et de béatitude totale qui me transportent. Je l’ai donc rappelé pour qu’on enregistre chez lui, avec l’arrangeur qui travaillait avec lui. Je lui ai demandé aussi s’ils avaient d’autres choses à me proposer et, la première fois que je suis allée chez lui, il m’a proposé Les Papayes, une chanson tout aussi plaisante que La Chose la meilleure, avec ce sujet si surprenant.
Il se trouve que la maison de disques me demandait d’aborder un répertoire plus up tempo. Et, toujours ce premier jour en arrivant chez Bertrand, je lui ai dit : mon fils est parti, je n’ai plus d’enfant à la maison, je ne suis plus maman. J’étais partagée entre la tristesse et le fait que le toit s’était soulevé et que je pouvais enfin me consacrer tout entière à moi-même et à mon métier. A notre rencontre suivante, il m’a fait écouter Quand j’étais mère. Il m’avait écouté parler et il en avait tiré une chanson.

Outre cette complicité nouvelle avec Bertrand Pierre, on retrouve votre vieux complice Kent…
Je n’étais pas sûre que l’on continue à travailler ensemble parce qu’il écrit beaucoup de chansons pour d’autres gens et aussi parce que j’ai la réputation d’être très enquiquinante. Il avait aussi été excédé d’avoir à négocier tout le temps avec moi. Je lui ai quand même demandé et il m’a envoyé Pour une autre, qui est une chanson de rupture tellement originale et belle qu’elle est facile à aimer. Puis il m’a donné Arrêt sur image. Kent a l’art de trouver des sujets dans l’époque et d’écrire sur des personnages qu'il sait que je peux les incarner. Dans ces deux chansons, il pose le regard sur quelque chose qui est tout à fait dans l’air du temps : les femmes libérées d’aujourd’hui qui souvent se retrouvent comme des pauvres toutous et qui doivent travailler sur ce qu’elles sont pour arriver à mettre la tête hors de l’eau. Il a écrit sur l’accueil de soi-même, ce qui est vraiment une grosse question de l’époque. 

C’est aussi un sujet qui vous concerne personnellement...
J’ai cinquante ans et j’ai envie de dire des choses de mon âge. Je suis réaliste mais la naïveté a du bon. Et je revendique d’être de plus en plus naïve, y compris dans ma vie quotidienne. J’aime cette aptitude à s’émerveiller, à s’enjouer pour de petites choses. Je ne m’arrache pas à la réalité mais j'y mets le plus de légèreté possible. Cet album ressemble à cette manière d’approcher les choses : il y a aussi des chansons d’amour béat, comme Cousus ensemble.

Vous avez aussi sorti deux albums pour enfants, des reprises des années 30 à 50 dans Chansons d’une maman et, tout récemment, des chansons de cinéma dans Clap. Comment cela s’articule-t-il avec votre carrière "adulte" ?
J'ai réuni les répertoires des deux disques dans un spectacle jeune public joué du 30 janvier au 14 février au théâtre Antoine-Vitez à Ivry-sur-Seine. Puis nous partirons en tournée avec nos enfants : le fils de mon pianiste Angelo Zurzolo au clavier et mon fils Enzo à la guitare. Et, très vite, je commencerai à faire tourner Têtue, avec, je pense, une mise en scène de Néry. Cette fois-ci, il y aura plusieurs musiciens. Mais je n’ai jamais été aussi heureuse que quand  il a mis en scène le spectacle en duo avec Angelo Zurzolo. Jusque-là, j’ignorais qu’il y avait tant de liberté possible sur scène et je me suis tellement ouverte ! Je pense que je continuerai, de toute manière, à faire des dates avec ce spectacle. De toute façon, je ne veux pas m’arrêter maintenant. Le métier est terriblement malade mais je m’amuse trop !
Nous avons tous beaucoup de mal à rester en lice. On ne gagne plus beaucoup de sous et on a beaucoup moins de moyens pour faire notre métier. Du coup, on redevient des artisans, on doit y mettre plus de vitalité et d’énergie. Et les idées doivent être beaucoup plus fortes.

Enzo Enzo Têtue (Naïve) 2010
Les 9 & 10 mars à l'Européen à Paris