Nabil Othmani, tel père, quel fils !

Les amateurs de musique du désert n’ont pas oublié la grandeur d’âme du Touareg Baly Othmani. Cinq ans après sa mort, son fils Nabil reprend le micro, en s’inscrivant dans les traces de son aîné tout en décrivant ses propres désirs. Portrait à l’occasion de la parution de deux disques, dont l'un avec le percussionniste Steve Shehan, qui promettent un bel avenir à cet héritier.  

Avec le percussionniste Steve Shehan

Les amateurs de musique du désert n’ont pas oublié la grandeur d’âme du Touareg Baly Othmani. Cinq ans après sa mort, son fils Nabil reprend le micro, en s’inscrivant dans les traces de son aîné tout en décrivant ses propres désirs. Portrait à l’occasion de la parution de deux disques, dont l'un avec le percussionniste Steve Shehan, qui promettent un bel avenir à cet héritier.  

"Steve est mon frère de sang. Au-delà de notre entente, le plus extraordinaire dans cette rencontre est qu’il a retrouvé son indianité grâce à la tradition targuie." En 2003, le luthiste et chanteur touareg Baly Othmani se remémorait sa rencontre au début des années 90 avec le producteur au sang cherokee Steve Shehan, percussionniste et touche-à-tous-les-instruments.

Ensemble, ils vont graver trois disques, à commencer Assouf qui annonçait dès 1994 l’entrée de la musique touarègue dans le grand concert mondial. L’aventure prendra fin avec la mort tragique de Baly en juin 2005, dont le corps sera retrouvé sous les eaux de l’oued de Djanet, sa ville. "C’est lui qui m’a offert le goût pour la musique. Quand je le voyais jouer, je savais qu’il se passait quelque chose de fort. Sa musique est entrée en moi", se souvient son fils Nabil qui enfourcha sa première guitare à treize ans. Il va perpétuer l’œuvre de son père, en enregistrant avec Steve Shehan. Venu en 2007 à Djanet honorer la mémoire de son ami, ce dernier retrouve le fils de Baly. "J’avais laissé un enfant et je découvrais un jeune homme, grand, calme, élégant, inspiré, habité, c’est sûr."

Voyage dans le désert

Steve Shehan, adepte des marches méditatives dans le Sahara, propose donc à ce jeune héritier de 24 ans de faire un bout de chemin discographique, Awalin ("parole" en tamasheq), un doux voyage qui brouille les repères de l’ouïe tout en pénétrant au plus profond de l’âme du désert. Au fil des plages baignées de sable et irriguées du tindé, le jeune Touareg au regard aussi intense que son père, mais à la "voix plus féminine, moins rocailleuse" selon Steve Shehan, y élargit son horizon.

A ses côtés, on croise un flûtiste sibérien, un sarangui indien, le son de la radio égyptienne, la trompette esthète d’Ibrahim Malouf, le duduk de Didier Malherbe, fidèle complice de Shehan au sein du Hadouk Trio… Des chemins détournés qui, au final, ne font que mieux en suggérer la beauté, infinie et essentielle, de ce paysage que Nabil envisage tel un personnage familier. "Le désert est comme un être cher qui occupe beaucoup nos pensées. J’en parle souvent dans mes chansons, comme le faisait mon père." Il a d’ailleurs dédié à ce "compagnon de ma vie" une superbe ballade, traversée d’échos.

"Nabil a une soif de musiques qui me rappelle aussi Baly. Mais contrairement à son père, il joue plus de guitare que du luth", analyse Steve Shehan. Impressions confirmées par le principal intéressé, qui a déjà signé quelques disques dont un avec le groupe Timitar, un nom que l’on peut traduire par "Mémoire", et s’est illustré lors de fêtes traditionnelles.

Guitariste avant tout

"L’instrument que je préfère c’est la guitare, peut-être parce que c’est mon premier instrument. J’aime beaucoup le luth qui était l’instrument privilégié de mon père, mais avec la guitare j’ai l’impression de m’exprimer plus moi-même. J’ai une façon de frapper le oud où on peut sentir que je suis guitariste, et une façon de frapper la guitare où on peut sentir que je joue du oud... J’écoute toutes sortes de musiques : reggae, rock, chanson française, country... mais surtout la musique touarègue et aussi africaine."

Et de citer parmi ses influences majuscules : Ali Farka Touré, Habib Koité, Francis Cabrel… Sans oublier, bien entendu, Tinariwen, dont il reprend l’emblématique thème Imidiwan sur son premier album marqué de son seul nom. On y retrouve aussi un chant de mariage de sa grand-mère et des poésies de son père, mises en musique par ses soins, Sanou Ag Ahmed, le guitariste de Terakaft, et une ode à sa ville Djanet, teintée de reggae. On y découvre surtout un musicien qui, pour être le légataire d’une longue lignée, chante en français et est résolument ouvert au monde des musiques.

Réminiscences flamenca, saturations rock, folk mélancolique et mêmes tentations électroniques… En clair, comme son père avant lui, Nabil est animé par cette curiosité nomade qui est la marque de fabrique des esprits esthètes du Sahara. Pour autant, comme ses aïeuls, le jeune Algérien sait bien d’où il vient : d’une société longtemps matriarcale, où les femmes étaient celles qui chantaient et frappaient les percussions.

Dans sa famille, les femmes sont chanteuses de mère en fille. "Le tindé reste bien sûr essentiel dans ma musique. Parce que ce sont les racines de la chanson touarègue. Comment faire pousser un arbre sans cela ? J’utilise le rythme tindé très souvent dans mes chansons et j’adapte également à la guitare des chants traditionnels de tindé." Ce n’est pas par hasard si le jeune homme a d’ailleurs baptisé son recueil : Tamghart In. Autrement dit, "ma mère" en tamasheq !  

Steve Shehan et Nabil Othmani Awalin (Safar Prod/Naïve) 2009
Nabil Othmani Tamghart In (Reaktion) 2010

Steve Shehan et Nabil  Othmani en concert le 19/3 au New Morning à Paris
Et du 22 au 27/3 résidence à l'Opéra de Lyon avec 3 nuits de concerts