Lokua Kanza, doux baladin

Lokua Kanza ne renonce ni à l'amour, ni à la légèreté. Même s'il glisse dans Nkolo, son nouvel album à la beauté délicate et singulière, un titre évoquant les émigrés qui rêvent toujours de rentrer un jour au pays, il ne change pas de vocabulaire. Il croit en l'humain et à la douceur. Dans des atmosphères d’une intimité paisible, il le dit d'une voix limpide et câline et compose de grisantes ballades.

Nouvel album, Nkolo

Lokua Kanza ne renonce ni à l'amour, ni à la légèreté. Même s'il glisse dans Nkolo, son nouvel album à la beauté délicate et singulière, un titre évoquant les émigrés qui rêvent toujours de rentrer un jour au pays, il ne change pas de vocabulaire. Il croit en l'humain et à la douceur. Dans des atmosphères d’une intimité paisible, il le dit d'une voix limpide et câline et compose de grisantes ballades.

RFI Musique : Si l’on en croit le thème récurrent dans la plupart de vos chansons, vous semblez être un  grand sentimental. Vous revendiquez-vous comme tel ?
Lokua Kanza : Ma musique, c’est d’abord une musique pour l’humain, pour l’émotion, ce dénominateur commun qui nous rassemble tous. Même si on refuse de le croire, au plus profond de chaque être humain, il existe un besoin vital d’aimer et d’être aimé. L’amour, je pense que c’est ce dont nous avons le plus besoin. Il y a tellement de violence dans ce monde… J’essaie à ma manière et à travers mes chansons d’apporter un peu de légèreté, de faire du bien.

Bien que vous ayez commencé votre carrière à Kinshasa en jouant de la musique destinée à faire danser, depuis votre premier album, en 1993, vous jouez la carte de la sobriété et ciselez des ambiances intimistes. Pourquoi ce penchant récurrent ?
C’est là où je me sens le mieux, je crois. La musique qui me fait le plus vibrer, c’est la musique douce et mélancolique.  Je suis comme un poisson dans l’eau dans ce genre d’univers. D’ailleurs, j’ai remarqué qu’avec cet album, je n’ai pas eu à faire d’efforts. Quasiment toutes les chansons ont été enregistrées en une prise.

Dans votre dernier album, on entend un chœur d’enfant, une sanza, un harmonica, une cuica, des ondes Martenot et du cristal Baschet qui participent à donner une physionomie métissée à votre musique…
Dès le départ, le métissage est inscrit dans mes veines. Mon père est mongo, ma mère tutsie. J’ai donc en moi deux cultures qui se croisent et se parlent. J’ai appris à chanter dans les chorales des églises et joué de la rumba. J’étais tout gosse passionné de musique traditionnelle mais j’ai aussi étudié le classique, le jazz, fréquenté le Conservatoire de Kinshasa.

Dans quelles langues chantez-vous ?
J’utilise ma langue natale, le lingala, le swahili, le français, une langue inventée et puis le portugais. Je suis installé au Brésil depuis un an et demi.

A quand remonte votre rencontre avec le Brésil ?
La première personne qui m’y a amené, c’est Djavan. Après avoir écouté mon disque Wapi Yo, sorti en 1995, il m’a invité. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé à chanter là-bas avec lui et Al Jarreau. Le concert a été magnifique. Après, j’ai commencé à faire des allers et retours entre la France et le Brésil. Cela faisait des années que je songeais à m’y poser.

Ce nouveau disque arrive cinq ans après le précédent, Plus vivant. C’est le Brésil qui vous rend paresseux ?
Bon, je suis un peu lent. Cet album, mon sixième, cela fait trois ans que j’ai commencé à travailler dessus. Mais, c’est vrai qu’au Brésil, je me suis retrouvé à écrire pour plusieurs artistes après que Gal Costa ait repris en portugais trois titres de mon album en français Plus Vivant, dont un est entré dans la telenovela de 20h (le rêve de tout compositeur paraît-il !). Par exemple, Ney Matogrosso m’a demandé de lui écrire quelque chose, ou bien encore Vanessa da Mata. Cela dit, je retourne régulièrement à Kinshasa où j’ai d’ailleurs l’intention de faire un concert fin mai pour lancer mon album. J'ai également le projet d’ouvrir une école de musique.

Le public de Kin, friand de ndombolo  n’est pas déconcerté par la musique que vous lui proposez ?
Si j’ai décidé de lancer, pour la première fois, mon album là-bas, c’est qu’il y a une raison. A Kinshasa, aujourd’hui, dans les théâtres, les cinémas, des pubs, on entend ma musique.  Le public congolais n’est pas seulement friand de musiques pour danser, il aime également écouter. Et puis il faut des musiques lentes aussi, pour les dragueurs. Sortir mon disque au Congo (auquel j’ai rajouté un ndombolo sur la version africaine, dans lequel jouent le batteur de Werason et le guitariste de JB Mpiana), pour moi, c’est très important. J’ai fait un duo récemment avec Koffi Olomidé sur son dernier album. Ça a fait un carton là-bas. C’est bon signe.

Lokua Kanza Nkolo (World Village / Harmonia Mundi) 2010

Concerts à Paris (Européen) les 6 et 7 mai.