Les Gipsy Kings à Singapour

Têtes d'affiche de la première soirée du festival Timbre Rock and Roots (26-27 mars) à Singapour, avec The Fray, Buddy Guy et Buena Vista Social Club, les Gipsy Kings n'ont pas failli devant les 5000 personnes qui les attendaient pour leur unique date en Asie.

L'éternel été en tournée

Têtes d'affiche de la première soirée du festival Timbre Rock and Roots (26-27 mars) à Singapour, avec The Fray, Buddy Guy et Buena Vista Social Club, les Gipsy Kings n'ont pas failli devant les 5000 personnes qui les attendaient pour leur unique date en Asie.

Rumba Tec et Djobi Djoba pour se mettre en jambes, La Negra, Un Amor, Cuba, Ati Ati, A Tu Vera, Pharaon, Caminando por la calle, Tampa – rare extrait de l'album du retour aux sources Roots -, Pena Penita pour mesurer le chemin parcouru depuis Allegria (1982), Sabroso et les solos, l'increvable Bamboleo, olare en rappel, imparable. Les Gipsy Kings se produisent ce 26 mars sur la scène du festival Timbre Rock and Roots.

Il est plus de minuit, les bras levés, chantant les refrains en chœur devant la scène, un pack serré d'ados de tous les âges danse sans discontinuer depuis le début du concert. Derrière, des couples chaloupent, le public assis regarde les écrans géants en dodelinant de la tête. Le fond de l'air est chaud, presque trente degrés, le vendeur de glace sert des "passion fruit cream" et des "banana peanu"'. Autour de Marina Bay, les grues se sont arrêtées, il ne reste plus que l'eau paisible, les silhouettes éteintes des hôtels géants en construction et accrochées à la nuit, les balises rouges des gratte-ciels de la City.

Il y a comme un parfum d'éternel été ce vendredi soir à Singapour. "Les Gipsy Kings, ça me rappelle mes années au collège, il y a sept ans", raconte Fajrin. Pour Rafina, c'est la découverte: "les Gipsy Kings sont très connus en Indonésie, ils passent souvent à la radio mais je ne les avais encore jamais vus en concert". Tous les deux ont fait le voyage depuis Jakarta pour voir leur groupe star, Gugun & Blues Shelter qui doivent jouer le lendemain, et les Gipsy Kings, qui se sont produits plusieurs fois dans la capitale indonésienne.

Imperturbable face à la foule agitée, un œil en coin, un garde de sécurité, âgé d'une vingtaine d'années, ne perd pas une miette du spectacle derrière lui : "J'écoutais les CDs de mon oncle quand j'étais petit, c'était un fan des Gipsy Kings... et je les vois là dans ma ville, à Singapour !". La cinquantaine robuste, John est plus mélancolique. Le concert de ce soir lui rappelle cette folle nuit de décembre 1994 à Papeete, quand les Gipsy Kings avaient joué jusqu'à 4 heures du matin sur la scène minuscule du Rétro. Il a réveillé ses enfants pour qu'ils soient de cette fête unique...et se fabriquent des souvenirs. Mais pour Suurjiyt, ce concert est un rêve à moitié réalisé : "J'ai acheté leur disque en 1989 quand mon bateau faisait escale en Australie, je suis fan depuis toujours, sans les avoir vus. Et maintenant, je suis un peu déçu, je ne retrouve pas sur scène ce soir l'énergie que je sentais dans leurs chansons".

Toute la force des Gipsy Kings est là, universelle, recette de leur succès planétaire depuis plus de vingt ans – 18 millions d'albums vendus et des centaines de dates, du Japon aux USA : chaque chanson ouvre la boîte à souvenirs, leur musique festive a la saveur des voyages en Espagne avec les parents – pour les plus jeunes - ou avec les potes – pour les plus grands -, des kilomètres de route pour arriver au bar de la plage, où, enfin libres, la "fiesta gitana" est permise.

Un Amor devient la bande-son d'un moment, d'une vie. Comme le dit Nicolas, le chanteur principal du groupe, "les gens ont besoin de se retrouver, ils ont besoin de chaleur".

Le lendemain, à l'aube, les rois gitans partiront en Australie pour y terminer l'été.

Interview avec Nicolas et André Reyes des Gipsy Kings

RFI Musique : Combien de générations de Gipsy Kings tournent ensemble autour du monde aujourd'hui ? Quel est le ciment entre les générations?
Nicolas : Deux générations tournent ensemble: celle des débuts, celle que vous connaissez, ce soir il y a André, Pablo, Tonino, Paco et moi. Et depuis quelques années, nous emmenons en tournée les enfants, Georges, mon fils et Mickael, le fils de Tonino. Les Gipsy Kings vont continuer, on sera derrière les enfants pour les aider. Le ciment, c'est l'amitié, le respect des gens, garder la source gitane.

Est-ce que vous sentez une différence entre les publics en Asie, en Europe, aux Etats-Unis ? Qu'est-ce qui rend la musique des Gipsy Kings populaire partout ?
Nicolas
: Non, il n'y a pas de changement entre les publics. Ils aiment tous notre musique... L'amour, la joie, la paix, la chaleur du cœur...c'est universel. Les gens ont besoin de se retrouver, ils ont besoin de chaleur, l'époque est difficile, les gens viennent pour oublier leur vie de tous les jours. 

Qu'est ce qui a changé dans la musique des Gipsy Kings entre Allegria en 1982 et Pasajero en 2006 ?
Nicolas
: Allegria c'était le pur Gipsy Kings, c'est à dire les guitares, avec les palmas et une basse. Ensuite on a voulu marier notre musique avec de l'accordéon, des trompettes et on a vu que ce n'était pas notre genre. On s'est dit qu'il y a déjà des groupes qui font de la musique avec de la trompette et des synthétiseurs. On a voulu rester tel qu'on est. Les gens nous ont connus avec l'acoustique, alors on préfère rester à l'acoustique.
André : Roots [en 2004] était un retour au flamenco. Mais le style Gipsy Kings, c'est la rumba-flamenca. Notre public aime danser, il aime les morceaux qui ont la patate. Le prochain album, qui devrait sortir à l'été, sera dans l'esprit des premiers albums, Bamboleo, Mosaique, Este Mundo, de la rumba flamenca. On va l'enregistrer au studio des Beatles, à Abbey Road !

Vous n'êtes pas lassés de jouer Bamboleo à tous les concerts ?
N
icolas : Non, Bamboleo est un mythe, une chanson porte-bonheur... moi, je n'y croyais pas trop à l'époque !