Victor Démé

Auteur d’un second album intitulé Deli, dont se dégage une douce et agréable chaleur mandingue, le chanteur burkinabé Victor Démé confirme cet indéniable talent qui lui a enfin permis de sortir tardivement de l’anonymat dans lequel il est si longtemps resté.

Deli

Auteur d’un second album intitulé Deli, dont se dégage une douce et agréable chaleur mandingue, le chanteur burkinabé Victor Démé confirme cet indéniable talent qui lui a enfin permis de sortir tardivement de l’anonymat dans lequel il est si longtemps resté.

La belle histoire que vit depuis deux ans Victor Démé continue avec l’album Deli, et il y a là quelque chose de rassurant : aujourd’hui, sans le soutien d’une puissante major ni d’un prestigieux parrain, un chanteur burkinabé presque cinquantenaire, méconnu dans son propre pays, peut encore se faire une place sur la scène des musiques du monde, jouer dans des festivals réputés… Voir son talent reconnu à sa juste valeur, tout simplement.

Son premier album éponyme, paru en 2008, n’avait rien d’un coup médiatico-artistique mais l’enthousiasme qu’il a suscité et le (relatif) succès commercial qu’il a rencontré auraient pu gâter l’affaire, donner à la suite éventuelle des événements un gout moins naturel. Victor, le musicien couturier, a su résister, les deux pieds solidement posés sur sa terre d’Afrique. L’expérience est source de sagesse. Si le rêve auquel il avait presque cessé de croire s’est finalement réalisé, il sait aussi la précarité d’une telle situation, que seul le travail peut consolider.

Bien que son statut ait changé, l’homme n’a donc pas bousculé ses habitudes en conservant à ses côtés les mêmes musiciens, en enregistrant dans le même studio à Ouagadougou. Jusqu’à la pochette du nouveau CD, qui semble elle aussi dans une logique de continuité avec le précédent album !

Sur ce second projet baptisé Deli, la majesté du répertoire mandingue s’entend dès Hine Ye Deli Le La. Le morceau d’ouverture donne le ton, tant en terme d’ambiance que de qualité. La voix, les mélodies, les arrangements : le chanteur n’a rien à envier aux stars maliennes ou guinéennes. Chantée en français, Ma belle rappelle avec bonheur l’époque où les artistes africains (dont le Burkinabé Amadou Balake, désormais voix d’Africando) s’étaient mis à la mode latino-cubaine. Le passé de Victor se conjugue aussi au présent avec une version de Maa Gâafora, la chanson qui le lance en 1989 à Bobo-Dioulasso lorsqu’il revient s’installer dans son pays après de nombreuses années passées en Côte d’Ivoire.

Dans ce décor musical souvent d’inspiration traditionnelle, quelques instruments inattendus font ici et là leur apparition : le saxophone du Nigérian Femi Kuti, l’accordéon de Fixi, du groupe français Java, un violon, un harmonica… Avec une discrétion bienvenue, ils enrichissent le propos de Victor Démé de façon harmonique. Sans que cela semble toujours nécessaire. La tentation de vouloir trop bien faire ?

Victor Démé Deli (Chapa Blues Records /Naïve) 2010